France
Résignés ou royalistes ?
Marine Le Pen, Mélenchon, Édouard Philippe… ou le prince Jean d’Orléans ?
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Nouvelle Énergie. Des figures démonétisées et décrédibilisées. Vierge de tout bilan macronien. Sans le boulet des LR. Des électorats incompatibles ? Le pari d’une grosse campagne aux piètres résultats. Un candidat libéral, une France qui réclame un État protecteur. L’hypothèse d’un bloc de droite face à un bloc central agonisant.
Depuis quelques mois on affirme qu’il pourrait reprendre le flambeau d’une droite fatiguée et divisée qui risque de subir un nouvel échec à la prochaine présidentielle. En effet, depuis 2012, la droite perd systématiquement. Mais surtout, depuis 2017, elle cesse d’être au second tour tout comme son ancien adversaire homothétique, le parti socialiste. Les regards se portent sur David Lisnard, maire de Cannes et président de l’Association des maires de France (AMF). Lisnard s’assume libéral, mais avec une expérience indéniable d’élu local. Mieux : il a créé son espace politique avec son mouvement Nouvelle énergie. Un peu comme Macron en 2016, il a créé sa formation partisane qui lui permet, par exemple, d’agréger des personnes qui n’auraient pas adhéré aux Républicains et qui fuient les partis classiques.
Indépendamment de sa personnalité, l’avantage Lisnard réside dans le fait qu’il est l’un des rares à proposer une candidature nouvelle pour un électorat de droite déboussolé. Comme Zemmour ou Knafo, le maire de Cannes incarne une alternative face à des figures démonétisées ou décrédibilisées. À la différence de Retailleau, Lisnard n’est pas prisonnier du passé et du passif LR qui, il est vrai, a particulièrement zigzagué, notamment depuis 2022. Le président de l’AMF n’a jamais été ministre de Macron et peut s’enorgueillir de ne pas être comptable d’un bilan qui, au fur et à mesure que l’on se rapproche de la prochaine présidentielle, se transforme inéluctablement en dépôt de bilan. Lisnard ne traîne pas non plus les héritages d’une droite qui s’est suicidée depuis les affaires Fillon, puis Sarkozy. On peut donc dire que Lisnard fait neuf. Sur le fond et concernant le personnage, Lisnard n’est pas non plus prisonnier des thématiques classiques et des discours stéréotypés que l’on entend, par exemple, chez Retailleau, qui se sent obligé de faire du Sarkozy à la sauce 2007 ou du Fillon à la sauce 2016-2017 avant le crash final de l’élu sarthois… On n’entend pas le « travailler plus pour gagner plus » ou la ritournelle de la lutte contre l’assistanat encore récemment brandie par Retailleau. Lisnard n’est pas prisonnier de slogans éculés qui n’arrivent même plus à faire recette. Autre aspect : le maire de Cannes incarne une droite décentralisatrice et décentralisée, alors qu’un homme de terroir comme Retailleau verse dans une rhétorique encore plus jacobine. Sur le plan du parti, Lisnard ne traîne pas comme un boulet une formation qui devient un handicap où, à moins de disposer d’un solide socle électoral comme Marine Le Pen ou Mélenchon, il faut disposer de quelque chose de neuf. Sur ce plan, Lisnard, c’est aussi neuf. La machine est même bien en marche, si l’on est attentif à ce qui s’entend et se voit dans différents départements de France. Enfin, Lisnard peut être tranchant sans être clivant, tout en ayant des références. À la différence des figures populistes, Lisnard peut se détacher de ce pli qui consiste à brandir un bouc-émissaire, quel qu’il soit. Lisnard parle plus de ce qu’il est et de ce qu’il veut, de ce qu’il ne veut pas, et cela aussi, c’est un avantage indéniable. Mais le candidat peut aussi lancer des coups de gueule comme sur ce plateau télé dans lequel il a indiqué qu’il n’avait rien à faire de certains événements comme le 17 octobre 1961, que la gauche en mal de repentance et en perte de vitesse aimerait ériger en commémoration à vocation nationale. On concédera que la Guerre d’Algérie a été une guerre sale, avec des procédés peu avouables, mais on reconnaîtra que le page doit être tournée et que la France et l’Algérie sont bien séparées après avoir été unies peut-être pour le meilleur, mais finalement pour le pire…
Mais peut-on être aussi original et indépendant que cela ? Malgré des militants actifs et motivés, Lisnard est encore loin derrière les grands et se trouve même derrière certains petits candidats. Le maire de Cannes reste aux alentours de 6 % et n’est toujours pas en mesure de s’imposer face à Retailleau. Si Retailleau n’entend pas se rallier à Édouard Philippe ou rejoindre le bloc central finissant qui regroupe aussi Attal, c’est en partie parce que leurs électorats ne sont pas fongibles. En revanche, il l’est avec Retailleau, qui pourrait invoquer le vote utile. C’est d’ailleurs ce que l’on pressent du récent rendez-vous entre Retailleau et Lisnard. Ce dernier a certes les moyens d’obtenir des parrainages – et il les a même parce qu’être patron des maires de France, ça rapporte gros, mais une campagne présidentielle reste coûteuse, surtout financièrement. Au bas mot, il faut 20 millions. Lisnard a des réseaux, donc des soutiens possibles, mais le plus grand danger est de faire une grosse campagne pour un piètre résultat. Sur le fond, Lisnard n’est pas non plus libre. Sur l’homicide de Trappes, que Macron a érigé en attaque raciste, mais qui semble plus complexe, Lisnard s’est contenté de suivre la vulgate d’une partie des médias qui ont besoin à tout prix d’entretenir une menace fasciste. Or plus on se rapprochera du mois d’avril 2027, plus il faudra s’attendre à des concessions et à des propos convenus et lissés. Enfin, il y a de grandes inconnues. On entend Lisnard le libéral, le partisan d’un Milei à la française, mais on l’entend peu ou pas du tout sur l’Europe. Enfin, il existe une grande difficulté d’ordre à la fois structurel et idéologique : Lisnard s’affirme libéral, ce qui peut plaire à son électorat, mais la masse des Français ne se retrouve pas dans cette option et réclame un État protecteur avec davantage de services publics. En effet, les deux candidats favoris que sont Le Pen et Mélenchon ne s’inscrivent pas dans la perspective d’un État minimal, même si les inflexions régaliennes de Marine Le Pen peuvent laisser de la place à une France qui entreprend. L’éviction de Bardella n’a pas mis fin à un certain rapprochement avec le patronat et les forces économiques qui redoutent les effets de la chienlit. Or une présidentielle est aussi un second tour où il faut élargir son électorat en parlant à plus de personnes. Or on voit mal Lisnard étendre démesurément son spectre électoral, tant sur le plan géographique (il reste le candidat d’une métropole) qu’idéologique (il pourrait encore parler au centre, mais pas aux électeurs populaires ou déclassés). L’intéressé rêve de créer la surprise, mais prend le risque de se retrouver avec le score fort étroit d’Alain Madelin de 2002 (3,91 %), sans même pouvoir atteindre celui de Raymond Barre de 1988 (16,5 %). Or d’ici la présidentielle de 2027, il pourra se passer beaucoup de choses, même si, pour le moment, Lisnard ne dépasse pas Retailleau. Qu’adviendra-t-il alors ? On peut vraisemblablement penser que le maire de Cannes se ralliera sans difficultés à l’ancien ministre de l’Intérieur, mais sans garantir à ce dernier la qualification au second tour. Cependant, si le bloc central s’effondre et que la gauche non mélenchoniste ne décolle pas avec la candidature de Glucksmann, il y a la possibilité qu’un bloc de droite, certes réduit, se constitue. Sans avoir la possibilité d’accéder au second tour, il pourrait constituer un réservoir de voix appréciable pour le candidat ou la candidate qui affronterait Mélenchon, tout en empêchant la gauche classique et le bloc central de revendiquer la deuxième place au premier tour. Ce qui augurerait d’une recomposition aussi insolite, mais assez vraisemblable si le climat social et politique constaté à la suite du mouvement lycéen venait à se cristalliser, contribuant à discréditer encore plus un bloc central agonisant tout en légitimant la figure qui incarnerait le parti de l’ordre.
Bref, il se passe certainement quelque chose chez Lisnard, chez son entourage et chez ses partisans. Mais une dynamique interne ne suffit pas à entraîner un mouvement massif dans l’opinion. Il y a toujours des phénomènes de bulle qui finissent par se dégonfler parce qu’ils ne vont pas au-delà des convaincus. Un bon meeting galvanise certainement les militants et donne beaucoup de baume au cœur, mais une fois sorti de son parc des expositions on se retrouve avec des électeurs indifférents au microcosme. Lisnard ne serait alors pas le premier à être victime de ce phénomène typique. On se souvient du destin des troisièmes hommes qui ont terminé à la fin de la dizaine de candidats à la présidentielle.
Illustration : Il n’y a que le premier pas qui coûte.
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