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Retailleau : le candidat foudroyé

La peur d’un troisième échec. Trouver sa place quand elle n’existe pas. Remettre en cause l’État de droit. L’électorat populaire, cible difficile, l’électorat RN, cible impossible. Une vision datée du paysage politique. Le bloc central, moribond mais encore gênant – surtout en cas de ralliement ?

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Retailleau : le candidat foudroyé

Dans les années 1980, alors proche de Philippe de Villiers, on pouvait le considérer comme une figure de la droite de conviction : Bruno Retailleau représente aujourd’hui une formation politique dont, naguère, il était aux marges – il vient du Mouvement pour la France, même si, durant un temps, il avait été à l’UDF. Mais après plusieurs mois de campagne, l’élu vendéen ne décolle pas. Dans les sondages comme auprès des électeurs. La droite modérée ou « de gouvernement », redoute un troisième échec depuis 2017. D’où un scepticisme qui se généralise, même si l’intéressé assure qu’il ira jusqu’au bout. Sur le fond, il martèle qu’il n’est pas du bloc central parce qu’il est de droite. La meilleure manière d’éviter un ralliement au motif que l’on n’est pas dans les mêmes eaux. Sur ce point, l’électorat de Retailleau « se partage » plus qu’il ne « se reporte ». De l’autre côté, le candidat vendéen attaque rudement le RN, trop de gauche à ses yeux, mais qui ne serait pas non plus fiable sur la question du référendum, Retailleau reprenant sur ce plan les arguments du « système » à l’égard de Marine Le Pen, laquelle entend recourir directement au référendum pour changer la Constitution sur le fondement de son article 11. La vulgate est de considérer comme inconstitutionnelle la démarche que fit de Gaulle en 1962 quand il parvint à modifier la Constitution pour imposer l’élection du président de la République au suffrage universel direct, l’ultime verrou dans une refonte des institutions enclenchée quatre ans plus tôt. Ces différentes positions peuvent résumer les difficultés du candidat Retailleau qui se trouve dans une place inconfortable parce que, précisément, il n’y a plus de place.

Le positionnement introuvable du candidat vendéen

La grande difficulté du candidat Retailleau est que tous les créneaux politiques sont occupés. Celui de la droite modérée est préempté par Édouard Philippe qui entend rassembler des conservateurs au centre. Sur le plan de la droite radicale, de la droite antisystème, voire du populisme, Retailleau est également concurrencé par Marine Le Pen, Éric Zemmour ou Sarah Knafo. Qu’est-ce qui, par exemple, le différencie d’Éric Zemmour, hormis le fait de diriger un parti qui dispose de cadres et de l’expérience du pouvoir ? Au mieux, Retailleau serait un Zemmour maniéré disposant d’un parcours ministériel, à défaut d’avoir été un essayiste de plateaux télé. Retailleau s’est livré à une mise en cause de l’État de droit et du juge constitutionnel, qui n’est pas inintéressante en soi, mais qui risque de le mettre en difficulté pour un accès au second tour, car à la différence de Marine et même de Philippe, Retailleau n’est pas en mesure de s’y qualifier. Alors que faire ? Temporiser en multipliant les coups de gueule et les positions tranchées ? Si on écoute le candidat, on constate d’autres difficultés saillantes. Retailleau dénonce fréquemment l’assistanat, comme il l’a fait lors du débat organisé par le MEDEF le 27 août dernier. Sauf que cette complainte a un air de disque rayé. On l’entendait déjà chez Wauquiez dans les années 2010, et même en 2007. Retailleau fait-il du sous-Sarko avec un discours valorisant le travail ? Mais à jouer sur celui qui entend « renverser la table », on prend le risque d’écarter cet électorat populaire, partiellement conservateur, fortement identitaire, mais attaché à la protection sociale. Le meilleur moyen de se priver d’un matelas électoral substantiel qui fait toujours défaut à Retailleau… Retailleau aimerait détacher cet électorat de Marine Le Pen, mais le hic est que ce dernier est l’un des plus monolithiques qui soient. À l’exception de Sarkozy qui y a réussi en 2007, l’électorat RN est l’un des plus soudés à son candidat. Mais on peut aussi déceler une erreur de compas qui tient à la manière dont l’intéressé perçoit la scène politique.

Une droite figée dans les années 1980 ?

Retailleau semble avoir une difficulté majeure qui ne tient plus aux qualités et aux capacités du candidat, mais à son champ de vision. Au rebours de ses adversaires qui lui donnent un aspect archétypal en le rattachant à la droite contre-révolutionnaire (!), on peut rester plus modeste dans les généalogies. Retailleau évoque le Puy-du-Fou ou les couvertures chocs du Figaro magazine des années 1980. Il y a un peu de tout cela chez le Vendéen. Comme son ancien mentor Philippe de Villiers, il reste un homme des années 1980, de cette époque où la droite, dans l’opposition en 1981, s’était radicalisée face à une gauche triomphante. C’était l’époque où même un Chirac regrettait en public d’avoir contribué à faire adopter la loi Veil autorisant le recours à l’avortement. C’est dire. Cette radicalisation avait rendu le retour, certes provisoire, de la droite aux affaires en 1986. Malgré les débuts du FN, il était possible de s’appuyer sur une grande partie de la population hostile à la gauche. C’était encore l’époque où le clivage droite-gauche faisait sens, tout simplement parce qu’il se calquait sur une France faiblement émiettée, sortie d’une fracture qui avait dominé entre 1791 et 1965 et neutralisée par l’arrivée de la gauche dans de nouvelles terres. Mais aujourd’hui, le clivage résiste mal à une France archipélisée qui fait intervenir des facteurs sociogéographiques consistants. Naguère, les partis de gauche et de droite rassemblaient des Français de toutes conditions sociales : il y avait une gauche bourgeoise comme il existait une droite populaire, une gauche rurale versus une droite de villes moyennes et même des grandes villes, etc. Les partis étaient interclassistes : ils ne le sont plus, et même si le RN et LFI mordent au-delà de leurs clientèles respectives, cela reste dans des proportions plus faibles. Aujourd’hui, les électorats sont polarisés et diversifiés : les électeurs des métropoles ont peu d’affinités avec ceux du péri-urbain. Les uns et les autres ne raisonnent pas de la même manière et ne partagent plus les mêmes références. On disait de Villiers qu’il était l’homme d’une seule France, oubliant qu’il y en a plusieurs. Retailleau commet la même erreur : croire que les électeurs peuvent se rassembler dans le cadre d’un axe fort, capable de structurer le paysage politique au motif qu’il y a toujours une gauche et une droite. Mais on pourra rétorquer que l’existence d’une droite n’a jamais empêché cette dernière de s’intégrer dans des configurations qui n’obéissaient précisément pas au clivage droite-gauche comme sous la IVe République où les partis de droite avaient rejoint la « troisième force ». Enfin, le bloc central a beau dépérir, il conserve un atout : sa capacité à mordre sur ses marges de droite de gauche. Or, Retailleau est dans une situation différente : son électorat est aisément dépeçable, aussi bien sur sa droite que sur sa gauche. Plutôt que la tortue romaine, Retailleau évoque le destin du lancier polonais qui, en 1939, accompagnait les troupes mécanisées, sans aucun succès.

Des mois d’agonie avant la chute ?

Quels seront les mois à venir pour Retailleau ? S’il va jusqu’au bout, le risque du résultat dérisoire se profile, faisant renouer la droite avec les infortunes de Valérie Pécresse d’avril 2022. La candidate fraîchement rabibochée avec LR avait été en-dessous du seuil des 5 % des suffrages exprimés, transformant le résultat en mise au pilori. Obtenir 5 et 10 % serait une consolation. Admettons que Retailleau se rallie au bloc central. Les pressions ne manquent pas, certains affirmant que Larcher s’attèlerait à remettre le Vendéen dans l’écurie « centrale ». Un tel ralliement serait peu glorieux et affaiblirait un personnage qui a juré ne rien à avoir à faire avec le bloc central. À ce stade, on pourrait même se demander si ce recentrage ne fragiliserait pas la capacité du candidat Horizons à rassembler sur sa gauche. La chance de Retailleau serait alors un score très limité du candidat « central » et un écart conséquent avec la candidate du RN. Ce qui rendrait risqué le ralliement au candidat du bloc central et ferait de l’élu vendéen un faiseur de roi. L’ultime manœuvre ne serait-elle pas un ralliement au RN comme le fit Ciotti ? Non dans le contexte d’élections législatives, mais dans celui d’un scrutin présidentiel. Ce serait une onde de choc et une explosion supplémentaire pour LR – on ne les compte plus depuis 2017 ! –, mais le moins humiliant des scénarios. L’avantage d’une conflagration générale est qu’elle facilite les démarches individuelles en ôtant leur dimension subjective. 

 

Illustration : Bruno Retailleau : on tend toujours le micro à l’ancien ministre et à l’actuel candidat, mais pour combien de temps ?

 


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