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Europe : rien ne va plus !

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Europe : rien ne va plus !

Et pendant la Manip pour tous (ou presque) la crise européenne se creuse : perspectives économique pour 2015.

La zone Europe entre en déflation

Depuis le 11 janvier, c’est l’inflation des sentiments et à l’Élysée, à défaut de gouverner, on joue les pères de la nation. Mais la déflation des prix, amorcée depuis plus d’un an, pointe à l’horizon. Les politiques l’avaient nié et particulièrement le président de la BCE qui considérait, comme souhaitable, une dérive des prix de 2%. Le voilà gratifié d’un taux de -0,2% en fin d’année 2014 ! La baisse générale du prix du pétrole y est, certes, pour beaucoup mais l’inflation sous-jacente, celle des prix moins soumis à la conjoncture, est extrêmement faible. Bien sûr, on s’en réjouira pour le pouvoir d’achat mais cela demeure un signe d’anémie économique.

Surtout, puisque les prix baissent, investisseurs comme consommateurs font le calcul fatal d’attendre une nouvelle baisse… Gare aux carnets de commande vides ! Il semble bien que même l’Amérique, dont la croissance a été forte en 2014, soit à son tour menacée par cette langueur des prix. Outre la baisse du prix des hydrocarbures, le pétrole est tombé sous la barre de 50 dollars, ce sont les investissements vers les pays émergents, eux-mêmes en net recul en terme de croissance, qui expliqueraient le ralentissement probable de la croissance Américaine. C’est, en ce début d’année, une très mauvaise nouvelle pour l’Europe, laquelle, plus que jamais, n’est pas gouvernée et aujourd’hui sans doute même plus administrée. Qui le sait, qui le dit ?

Crise de l’euro le retour !

Il ne pouvait en être autrement. Les pays s’endettent et certains sont carrément en faillite. Les dettes sont plus importantes encore qu’au début de la crise des subprimes. La chancelière allemande admet maintenant que la Grèce (220 milliards d’euros de dettes !) peut sortir de l’euro. Après tant de sacrifices, n’aurait-pas mieux valu qu’elle en sorti dès le début de la crise, il y a 7 ans ! Démonstration est ainsi faite que l’euro, loin de créer de la convergence, a, au contraire, souligné les divergences et les a accentuées entre le Nord et le Sud et l’Ouest et l’Est. Dumping fiscal, dumping social et dumping économique font rage dans l’espace économique européen, ce qui n’augure pas d’une survie de cette monnaie, a fortiori si la Grèce en sortait. Mais le traité de Lisbonne (2007), en son article 140, dispose que l’appartenance est irrévocable. Ainsi, la baisse de l’euro qui n’a pas que des inconvénients – nos exportateurs s’en réjouissent ! -, peut s’expliquer par la crainte éprouvée par les marchés face à une possible sortie de l’euro par la Grèce. Mais c’est surtout un précédent redoutable pour d’autres pays. A cela peut s’ajouter la volonté de Mario Draghi de faire du QE à l’américaine, au moment même ou ce pays l’abandonne.

Ce QE est une politique de facilité monétaire par rachat des titres souverains et des titres privés (ABS), et la mutualisation des dettes. La BCE est en train de devenir, sous l’impulsion de « super Mario », une Bad Bank. De plus, sa politique est une incitation à ne pas faire les réformes douloureuses pour les peuples. C’est justement le rêve secret de Valls et de Hollande. Hélas, l’Allemagne refuse cette politique monétaire : si la Grèce veut rester dans l’Europe, elle devra payer et souffrir. Mais si Syriza gagne les élections (gauche radicale) adieu les créances pour les États et les banques dont le Crédit Agricole français très engagé chez les Hellènes. Or, le défaut est hautement probable.

Inflexible Allemagne

Jusqu’à présent, la fourmi n’a pas cédé aux cigales. Elle pratique un ascétisme monétaire d’une rigueur que l’on expliquerait par les souvenirs de l’hyper inflation des années 1921/ 1922. Nouveauté, Angela Merkel veut bien laisser partir la Grèce. Mais que se passera-t-il si l’Italie et la France continuent à ne pas respecter les règles de limitation des déficits ? Tôt ou tard, les marchés attaqueront les dettes de ces deux pays. L’euro sera-t-il toujours irrévocable pour ces deux pays ? Pour l’heure, en dépit des mouvements de menton du Premier ministre français lors du vote de la loi de finance 2015, les contrôleurs de la Commission européenne sont bien à Paris pour en vérifier son exécution (pas celle de Valls, celle du budget). Le gouverneur de la Bundesbank, Jens Weidman, a précisé sans ambages que si la France continue dans le laxisme budgétaire « la crédibilité des règles serait sérieusement entamée ». C’est le moins !

Réforme de l’économie ou économie de la réforme ?

Ceux qui rêvent d’une sortie de l’euro et dont c’est le programme politique ne doivent pas dissimuler qu’ils ne pourront faire l’économie des réformes. Pire que la crédibilité des règles, c’est la guerre au sein des institutions européennes. L’Allemagne ne cédera rien sur la politique monétaire : elle ne veut pas payer pour le reste de l’Europe et on peut le comprendre. La Cour constitutionnelle allemande de Karlsruhe (l’équivalent de notre Conseil constitutionnel) a posé une question préjudicielle auprès de la Cour de Justice européenne sur la compatibilité de la politique de Mario Draghi avec les traités européens. Il faut en effet comprendre que cette politique de rachat massif de dette publique est un transfert de milliards d’euros en risque de solvabilité des créanciers vers les contribuables.

Les minutes du directoire de la BCE sont remplies d’empoignades homériques entre les Allemands et les représentants des autres pays, minutes que les Américains se sont empressés de publier. Tout ce qui peut empêcher l’Europe de la puissance est bon à prendre pour l’oncle Sam ! Bref, le torchon brûle au sein même des grandes instances européennes tandis que le président de la Commission est affaibli par la découverte des avantages fiscaux du Luxembourg qu’il dirigea dans le passé (affaire LuxLeaks). Depuis 2012, le traité budgétaire européen (TSCG) est un carcan pour les gouvernements : c’est la rigueur et l’austérité obligatoire sans aucune issue vers une relance de l’activité! Une pomme de discorde entre rigueur et relance qui écartèle aussi les socialistes français entre Macron et frondeurs… Et un plan de relance par l’investissement de Junker, prévu à hauteur de 315 milliards, mais dont la modeste mise de fond s’élève à 16 milliards ( fournis par la BEI : Banque Européenne d’Investissement). Au total, un système confus qui paraît incapable de faire face aux défis contemporains

L’administration des choses ou le gouvernement des hommes ?

Ainsi donc, non seulement l’euro n’aura pas fait converger les économies mais il divise maintenant les hommes. Dans ces conditions, il apparaît que l’Europe est à un tournant majeur. Ou elle met en place une union de transfert, un impôt européen, des obligations européennes avec péréquation entre riches et moins riches et l’euro peut être sauvé. Mais qui le souhaite encore ? L’Allemagne s’y oppose pour des raisons économiques et les autres pays pour des raisons de souveraineté. C’est donc le problème de la gouvernance européenne, comme l’on dit aujourd’hui, qui est en cause à l’heure ou des foules de réfugiés se ruent sur les côtes méditerranéennes, sur d’improbables navires sans commandant.

L’Europe est, elle aussi, comme un navire sans commandant. Elle a voulu croire à la fin de l’histoire et suivre l’adage de Saint-Simon qui suggérait en 1815, au lendemain des guerres napoléoniennes, que l’on remplaçât désormais le gouvernement des hommes par l’administration des choses. Fukuyama rejoua la même partition avec sa théorie de la fin de l’histoire à la chute de l’empire soviétique. Mais c’est là que le bât blesse. Car, entre doctrine de la fin de l’histoire et choc des civilisations de Samuel Huntington, il faut choisir. Il est plus que temps de revenir au gouvernement des hommes, en Europe comme en France. Mais avec les nains politiques qui nous dirigent cela pourrait en effet être la fin de l’histoire dans l’acception de Spengler (dans Le déclin de l’Occident) et même de Toynbee : « les civilisations meurent par suicide et non par meurtre ».

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