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Le salaire de l’orgueil et du mépris

Avis de tempête : quelle effervescence dans le petit monde médiatique, et que de déclarations prétentieuses du type « je vous l’avais bien dit » sur les plateaux télévisés ! Que se passe-t-il dans la tête de Vladimir Poutine ? Est-il devenu fou ? Etc, etc. Comme d’habitude en temps de crise, beaucoup d’experts bardés de titres ronflants… et de vains bavardages.

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Le salaire de l’orgueil et du mépris

Picture shows a graffiti depicting the Russian President Vladimir Putin vandalized with paint, in Belgrade, Serbia, Friday, Jan. 20, 2017. The Cyrillic letters on graffiti read 'Kosovo is Serbia', as Serbia doesn't recognize Kosovo's independence. Trump, the real estate mogul and reality television star who upended American politics and energized voters angry with Washington, will be sworn in Friday as the 45th president of the United States, putting Republicans in control of the White House for the first time in eight years. //TOSKICOKSANA_1515.2650/Credit:OKSANA TOSKIC/SIPA/1701231159

Le Grand Méchant Ours est de retour, et l’Europe, en paix depuis 1945, tremble. À l’heure où j’écris ces lignes, la guerre n’a pas (encore ?) déployé toute son horrible panoplie ; beaucoup d’Ukrainiens restent chez eux, nos journalistes conversent de leur studio parisien avec des mères de familles ukrainiennes francophones, et le président Zelenski a fait le choix de rester à Kiev, ce qui est de nature à renforcer sa légitimité. L’offensive russe nous plonge dans une angoissante attente, l’attente du jour suivant, de l’heure suivante, qui peut être celle d’un mortel déchaînement.

Ce lourd temps de répit soulève deux questions que l’on se pose toujours dans le malheur : « Comment en est-on arrivé là ? Que va-t-il se passer maintenant, tout à l’heure, demain ? » Le passé étant plus lisible que le futur, il est évidemment beaucoup plus facile d’apporter des réponses à la première question qu’à la deuxième !

La guerre juste est une exception, et un conflit ne se déclenche pas tout seul ; rejeton de l’orgueil, il est gonflé de colère, de ressentiments, aggravé de mensonges, de calomnies, de trahisons. Il peut aussi être l’aboutissement de froids calculs visant à pousser l’ennemi à la faute. Ces calculs peuvent être pertinents et précis ; mais ils sont souvent faussés par le mépris de l’autre, qui conduit à sous-estimer ses forces et sa capacité de réaction ; il n’est jamais bon de mépriser ceux que les circonstances peuvent transformer en adversaires résolus, inventifs, héroïques et cruels ; l’histoire fourmille d’exemples des ces erreurs conduisant à l’échec, passant par une violence paroxystique : souvenons-nous de la France napoléonienne en Espagne, de l’URSS en Afghanistan, pour ne citer que ces deux cas.
Si on considère le parti occidental, dirigé stratégiquement par les États-Unis et leur bras armé l’OTAN, le mépris est constant et manifeste ; depuis 1997, en violation des promesses, l’aire d’influence de l’OTAN a progressé de 300 kilomètres vers l’est, ce qui est énorme, compte tenu de la région fort sensible concernée et du contexte géopolitique. La dose d’humiliation est en proportion.

Si on considère la Russie, on est frappé par l’ampleur de l’offensive voulue par Vladimir Poutine, qui indique une longue et minutieuse préparation : cette manœuvre, qui n’est pour l’instant que la menace brandie d’une attaque en règle, vise à faire tomber le gouvernement de Zelinski comme un fruit mûr, pour le remplacer par un pouvoir à sa dévotion. Mais l’image retenue, réelle ou non, est celle d’un inquiétant et dangereux désir de revanche.

Que se passera-t-il si, contre toute attente, Zelenski se maintient, incarnant ainsi la résistance du peuple ukrainien ? Nous voici arrivés à la deuxième question évoquée plus haut qui appartient au futur proche, et qui peut fluctuer selon la volonté des protagonistes, bonne ou moins bonne ; en 1962 la très grave crise des missiles nucléaires installés à Cuba par Khrouchtchev s’est heureusement conclue par un accord, avec le soutien du général de Gaulle ; de quoi donner des idées à un certain Emmanuel Macron…

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