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Incendies, un puissant révélateur du pays réel face au pays légal

Face aux incendies, un grand élan de solidarité avec les pompiers et les sinistrés s’est manifesté. La rhétorique du « pays légal » contre le « pays réel », le concept politique popularisé au début du XXe siècle par Charles Maurras, reprend, à cette occasion, une singulière vigueur. Il opposait la France profonde qui travaille à une république artificielle dirigée par des élites coupées du peuple.

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Incendies, un puissant révélateur du pays réel face au pays légal

Force est de constater que cette intuition du maître de Martigues n’a pas vieilli, mieux encore qu’elle a acquis une pertinence supérieure dans les propos des maires. Qu’on en juge, par exemple, avec ceux de Stéphane Arnaud, maire de Seillons dans le Var. Après des jours à protéger terres et villages aux côtés des pompiers, des agriculteurs du Var auraient reçu l’ordre de la sous-préfète de quitter les lieux.

« Je serai maître chez moi et pas le préfet. Je suis un élu du territoire pas un agent de l’État… Chez moi le maître sera le maire, pas le préfet. » Et il n’est pas le seul,écoutons un « petit maire » de Dordogne :  « Petit message avant d’en faire un autre plus long mais à l’attention de Mme la préfète de Gironde. Ce matin, heureuse surprise de voir les forces de l’ordre nous interdire l’accès aux points de ravitaillement en eau pour les pompiers… Si vous étiez avec nous sur le terrain vous auriez entendu, mais peut-être pas écouté ces derniers. Ils nous remerciaient de notre présence pour alimenter les cuves des camions… Que de minutes gagnées. Ce n’est visiblement pas votre problème puisque vous ne voulez plus de nous dans le massif… Madame, avant de faire des annonces, demandez au terrain, vous serez moins ridicule… Sauf si vous voulez sacrifier notre forêt à votre politique… Je pense que vous avez pris un coup de chaud et qu’il est temps de vous reposer. Un petit maire de Dordogne. »

Les analyses de Maurras se retrouvent… à gauche, enfin une certaine gauche plutôt dextrogyre à l’aune de la pensée unique. En 2004, Christophe Guilluy publie son Atlas des nouvelles fractures sociales et, en 2010, Fractures françaises. L’ouvrage qui illustre le mieux la situation étant Les dépossédés. L’instinct de survie des classes populaires, en 2022. Il analyse la France des « territoires », cette France loin des métropoles, victime de la fracture territoriale. Les grandes décisions politiques et économiques se prennent à Paris, loin des réalités locales. Cette France-là a subi la perte des services publics, la fermeture des écoles, des petites gares, des hôpitaux et des bureaux de poste isolés dans les campagnes, l’abandon des petites lignes de train, la dégradation des routes et l’enclavement de nombreuses régions. Et voilà que les gueux révèlent qu’ils sont les forces vives du pays, agriculteurs, chasseurs, artisans, simples citoyens. Au parc des expositions de Bordeaux, les bénévoles redonnent le sourire aux réfugiés des incendies, les aides alimentaires affluent de la France entière. Alexandre Jardin aura le mot juste : « Sublime… Nos Taxis de la Marne surgissent. Alors même que la France les maltraite. » En Gironde, c’est au tour des paysans qui ne veulent pas mourir en silence. Car l’ineffable préfète de Gironde, Sophie Brocas, celle qui veut faire remplir des formulaires aux agriculteurs qui viennent aider les pompiers à éteindre les feux, n’a rien trouvé de mieux que d’interdire aux éleveurs de rentrer leurs récoltes, pour limiter les risques d’incendie ! Une préfète qui ne sait pas combien d’habitants évacuer. Lors d’une conférence de presse donnée le 24 juillet, elle était interrogée sur le nombre de personnes à évacuer face à l’incendie, et s’était mise à bégayer : « Heu, les communes à venir, je ne sais pas, il faut qu’on regarde », puis : « Le nombre d’habitants que je demande d’évacuer ? Vous regarderez sur Wikipedia. Je n’ai pas fait le décompte ».

Le pays légal se vautre dans le mépris et l’arrogance

La démonstration par la préfète : cette dame Brocas a fait carrière au sein du PS, elle est passée par le Sénat, puis à l’Élysée sous Hollande et a été conseillère d’Élisabeth Borne avant de se reconvertir dans l’administration préfectorale. Elle écrit aussi des romans : l’écriture, c’est bien, mais la haute fonction publique paye mieux.

On espère que les entraves mises à l’intervention des gueux par la préfète de la Gironde sont motivées par des raisons de sécurité et non par le souci d’effacer la concurrence du pays réel face au pays légal. Après l’abattage de leurs bêtes, puis le désastreux traité du Mercosur et la police environnementale sur le dos, voilà qu’on refuse aux paysans et aux bénévoles la common decency, concept forgé par Orwell. George Orwell, lui, croyait à l’existence d’un sens moral inné chez les gens ordinaires (ce qui fera qualifier ses idées de populisme moralisateur pour petits-bourgeois). Il les opposait à la fois aux élites dirigeantes traditionnelles – égoïstes et incapables – et aux intellectuels donneurs de leçons. De ces derniers, il écrit dans Le lion et la licorne, ce sont « des gens qui vivent dans le monde des idées et ont très peu de contacts avec la réalité matérielle ».

Et pendant ce temps la ministre de la Transition écologique part en vacances. Monique Barbut a mis en scène une fausse démission après la réautorisation de pesticides par le gouvernement, puis est retournée au ratelier public, tout en annonçant son soutien pour 2027 à Jean-Luc Mélenchon. Elle n’était même pas aux réunions de crise : elle a préféré aller prendre des vacances dans sa villa dans le Var, si l’on en croit Le Canard Enchainé. L’association des Maires du Var lance un appel aux dons afin d’accompagner les territoires touchés par les incendies. Les sommes collectées seront exclusivement consacrées aux conséquences des incendies. Par ces temps de déficit budgétaire et de dette colossale, voilà qui sonne encore comme le glas de la puissance publique.

Un cas emblématique, la commune du Porge

La commune du Porge est le village martyr de l’incendie : 183 habitations anéanties sur 240. Les habitants en sont certains, mais ce n’est pas encore démontré : « Le Porge a été sacrifié sur l’autel de la presqu’île du Cap Ferret », lieu privilégié et hors de prix où se trouvent les villas de célébrités. Ce qui est certain, c’est qu’un collectif de 700 habitants s’est constitué pour déposer plainte, afin d’établir les responsabilités et d’en savoir plus sur leur abandon.

Le Premier ministre Sébastien Lecornu a balayé ces critiques avec dédain, le 1er août, en parlant d’une douleur « instrumentalisée par des complotistes », ajoutant que « c’est irresponsable ». Poser des questions face à l’incurie du gouvernement est « irresponsable » et sera bientôt interdit puisque ce sont des questions populistes… au secours, l’Arcom !

Les écologistes complices

Dans le drame des incendies, le dogmatisme de la protection à tout prix de la nature a joué son rôle pernicieux. On nous annonce que le 30 septembre l’Assemblée nationale accueillera un colloque sur la « libre évolution ». Le principe : ne plus toucher à la nature. Pas de débroussaillage, pas de bandes pare-feu, pas de pistes pour les secours. Soit exactement le contraire de ce que demandent les pompiers. On va nous expliquer, au Palais Bourbon, que les hommes du terrain ont tort. Pas dans un parti ou une revue militante : au cœur du Parlement, porté par le lobbying de nombreuses ONG. Si le colloque est suivi, il faut s’attendre à de nouveaux incendies ravageurs pour les étés à venir. Selon les bons apôtres de l’écologie, prendre l’avion est un péché et il faudra limiter nos déplacements, mais une statistique nous apprend que les mégafeux sont l’une des plus massives sources d’émission de carbone. Les incendies qui ont ravagé le Canada en 2023 ont relâché environ trois milliards de tonnes de CO2 — soit près de quatre fois les émissions annuelles de l’ensemble du trafic aérien mondial. Le pays légal toujours, mais repeint en vert.

Illustration : Sophie Brocas, préfète de la région Nouvelle-Aquitaine, préfète de la zone de défense et de sécurité Sud-Ouest, préfète de la Gironde, a pris ses fonctions le 18 mai 2026. Nous la voyons en train « d’assurer la permanence de l’État et la sécurité des citoyens, la conduite et la cohérence des actions de l’État, la réglementation de l’activité des citoyens et la garantie des libertés publiques », à l’émerveillement de tous.


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