Il pleuvait bien froid, ce soir-là, sur Paris ; il était un peu plus de huit heures du soir lorsque nous approchâmes du portail de Saint-Germain-l’Auxerrois, contents d’être en avance pour le concert, annoncé pour huit heures et demie ; en fait, on conversait par groupes sur le parvis, et l’église bruissait de monde. Public assez mélangé, beaucoup de jeunes, garçons et filles, qui s’accueillaient en souriant : on eût dit un public de parents et d’amis ; l’église, déjà presque pleine, le serait à craquer dix minutes plus tard.
Nous venions écouter Le fou d’Assise, titre indiqué sur un beau livret, du chœur Ephata, « direction Rogatien Despaigne », et Saint François d’Assise en canta-storia, joli mot italien pour dire « histoire chantée ». Il nous annonce 37 choristes de 17 à 24 ans, 18 musiciens dirigés par Rogatien Despaigne, 27 ans, fondateur du chœur en 2017.
Huit heures et demie ; une jeune femme présente en quelques mots le chœur, les musiciens et le déroulement du concert ; dans le silence installé, le chef est face à ses choristes et à ses musiciens, fait ses gestes d’appel, donne le premier signal, et l’enchantement commence avec une brillante et entraînante « bransle » du XVIe siècle.
Et la vie de Saint François d’Assise se déroule pour nous dans un enchaînement de morceaux de musique du grand répertoire et d’autres composés par Rogatien Despaigne, qui soutiennent les textes chantés et composent un récitatif tantôt brillant, tantôt émouvant, douloureux, méditatif ou triomphant. Un écran géant permet de suivre pas à pas le déroulement de cette histoire de fol amour, de délire en Dieu, de déchirante et exaltante configuration au Christ. Nous assistons aux illusions perdues de la jeunesse de François, à sa conversion en rupture avec les plaisirs même permis de la vie ordinaire, et ainsi de suite au long de neuf tableaux, jusqu’au testament et à l’action de grâce finale. Ces tableaux sont composés de textes écrits pour l’œuvre par Paul Despaigne, de psaumes, mis en musique par Rogatien Despaigne ou appuyés sur des compositeurs tels que Claudio Monteverdi, Félix Mendelssohn, Gregorio Allegri, ou encore Gruber et sa Douce nuit, et bien sûr le grand Jean-Sébastien Bach, magnifiquement sollicité.
Tous les tableaux sont beaux, inventifs, captivants ; qu’il soit permis cependant d’en citer ces moments, qui nous ont particulièrement touchés : le Cantique des créatures, les Béatitudes, l’Enfant Jésus avec Douce nuit, le dialogue si poignant avec le sultan d’Egypte, les Stigmates, le Testament avec le psaume 50 et le Miserere d’Allegri…
Un concert réussi, c’est aussi une communion entre les interprètes, choristes, musiciens, et le public. Ce soir là fut un soir de grâce, comme en obéissance à l’injonction christique, adressée à un sourd ! Ephata, ouvre toi ; au-delà de l’élégante simplicité des costumes, de l’agencement savant des projecteurs, du jeu de scène dépouillé, du charisme et de l’enthousiasme sensible du chef, de la joyeuse ferveur visible sur les jeunes visages des choristes et solistes, il y avait autre chose, que nous avons pleinement comprise à la sortie : l’une des choristes, belle jeune fille de vingt-deux ans, nous a dit simplement : « Ce qu’il y a de merveilleux, c’est que pour nous, pendant les répétitions comme pendant les concerts, le chant est une grande joie, et plus encore, une prière ».
Illustration : Saint François d’Assise dans sa tombe par le peintre espagnol Francisco de Zurbarán vers 1630-1634
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