Non classé
Noël chrétien
Voilà une série de contes qui vise à redonner tout son sens chrétien à cette fête.
Article consultable sur https://politiquemagazine.fr
Entretien avec Thierry Bouclier. Romancier et essayiste aux accents parfois bouillonnants, Michel de Saint-Pierre a marqué par son courage de nombreux combats du XXe siècle : la Résistance, l’Algérie, la messe tridentine et l’école libre.
Après deux romans d’apprentissage, l’écrivain connaît la célébrité avec Les Aristocrates, en 1954, vendu à 600 000 exemplaires et incarné au cinéma par Pierre Fresnay. Ce succès n’empêche pas Michel de Saint-Pierre de se jeter dans un combat à contre-courant pour la messe tridentine, au lendemain du concile Vatican II. Cela donnera le roman Les Nouveaux prêtres qui provoque un tollé chez les catholiques de progrès. Sans se démonter, Michel de Saint-Pierre crée l’association Credo et apporte son soutien à Mgr Lefebvre.
En 1968, il croise le fer avec les étudiants gauchistes à l’Odéon et n’hésite pas ensuite à aller à la rencontre du général de Gaulle. Au mitan des années 1970, il soutient le parti des Forces nouvelles et appelle à voter, in extremis, pour Valéry Giscard d’Estaing. Il continue, en parallèle, la carrière d’un romancier dont l’élan créateur ne semble pas affecté par ses engagements. C’est tous ces épisodes, émaillés de paradoxes, que Thierry Bouclier restitue dans la biographie vivante qui paraît aujourd’hui.
Michel de Saint-Pierre a eu une vie hors du commun. Issu d’une famille aristocrate, parente d’Henry de Montherlant et amie de Jean de La Varende, sa voie était toute tracée. Mais à dix-neuf ans, il abandonne ses études de lettres. Il se fait embaucher comme simple manœuvre aux chantiers navals de Saint-Nazaire, puis s’engage comme matelot dans la Marine nationale. En 1943, il rejoint la Résistance et termine la guerre couvert de décorations. Et c’est au lendemain de la guerre qu’il commence véritablement sa carrière d’écrivain, embrassant tous les styles de la littérature, du roman à l’essai en passant par le pamphlet et la poésie. Un auteur majeur, n’hésitant pas à brandir des idées politiques et des convictions religieuses à contre-courant de celles de son époque.
Oui, mais de manière incomplète. S’il avait une haute considération de l’aristocratie et admirait l’ancienne France, il était également ancré dans la modernité, ne fut-ce que par son goût prononcé pour les voitures de course et la vitesse. Il n’a pas hésité à raser son château pour sauver une gentilhommière ! Il était à l’écoute de la jeunesse et comprenait ses aspirations. En ce qui concerne les problèmes de la justice et la douloureuse question des prisons, comme celle de la place des femmes dans la société, il était presque en avance sur son époque.
Quelques mois avant son décès, il déclarait encore : « Je suis foncièrement et définitivement monarchiste pour des raisons à la fois historiques, politiques et humaines […] La monarchie doit être héréditaire. Je crois à la perpétuation d’une race élevée pour assumer la responsabilité suprême et ceci, depuis l’enfance. Cette responsabilité suprême ne s’improvise pas. » En revanche, il a confessé n’avoir jamais été maurrassien, même s’il reconnaissait de grands mérites à Maurras. Pour s’en tenir aux grandes figures de l’Action française, son cœur battait surtout pour Léon Daudet.
Je ne parlerai pas exactement de contradictions, mais d’un homme démontrant toute la complexité des rapports humains. Il était à mille lieux du manichéisme actuel. Ami des juifs et d’Israël, il était un fervent défenseur du maréchal Pétain. Ancien résistant, il lisait Brasillach et Rebatet. Ami de Léopold Sédar Senghor, il n’a cessé de dénoncer les campagnes de dénigrement menées contre l’Afrique du Sud. Conscient de l’autodestruction de l’Église et des conséquences de Vatican II, admirateur de Mgr Lefebvre, il n’a jamais attaqué Paul VI.
Assurément son combat pour l’Église et la défense de la messe traditionnelle. Avec celui qu’il a mené pour l’amnistie des prisonniers de l’Algérie française, c’est celui pour lequel il s’est le plus investi. Il peut être rapproché de Jean Madiran, même si les deux hommes étaient très différents l’un de l’autre.
Ils s’étaient rencontrés lors de la parution des Nouveaux Prêtres en 1964, alors que Michel de Saint-Pierre était au cœur de la tourmente. Jean Madiran avait connu une campagne de dénigrement similaire, neuf ans plus tôt, avec son livre Ils ne savent pas ce qu’ils font. Ils se sont toujours appréciés, même si Jean Madiran pouvait parfois lui reprocher une certaine candeur.
Beaucoup de jeunes retrouvent la foi catholique, abandonnée par leurs parents, grâce à la messe traditionnelle. Si celle-ci a pu survivre et parvenir jusqu’à nous, c’est en partie grâce à des laïcs engagés comme Michel de Saint-Pierre. Il fait preuve de courage, sans se soucier de sa carrière d’écrivain. Ses livres religieux ne sont pas datés : Les Fumées de Satan ou Le ver est dans le fruit sont même d’une cruelle actualité. Certains ecclésiastiques donnent le sentiment que rien n’a changé depuis Les Nouveaux Prêtres.
Comme il l’a lui-même écrit dans son essai Sainte Colère, il doit beaucoup à Charles Péguy, Georges Bernanos, Simone Weil, Gustave Thibon, Saint-Exupéry et Léon Bloy, ainsi qu’à Albert Camus. Sur le plan strictement romanesque, Henry de Montherlant et Jean de La Varende l’ont encouragé dès ses premiers écrits.
J’en retiens quatre : La Mer à boire, le roman du refus de la vie bourgeoise et de la recherche de la vie dangereuse ; Les Nouveaux prêtres et La Passion de l’abbé Delance, qui décrivent magistralement la crise de l’Église et la perte du sens du sacerdoce au sein d’un certain clergé, mais également la beauté de la foi chez les prêtres l’ayant gardée intacte ; L’Accusée, œuvre pudique sur le drame d’une épouse bafouée, devenue criminelle, et confrontée à la dureté du monde de la justice et de l’univers carcéral.

Politique Magazine existe uniquement car il est payé intégralement par ses lecteurs, sans aucun financement public. Dans la situation financière de la France, alors que tous les prix explosent, face à la concurrence des titres subventionnés par l’État républicain (des millions et des millions à des titres comme Libération, Le Monde, Télérama…), Politique Magazine, comme tous les médias dissidents, ne peut continuer à publier que grâce aux abonnements et aux dons de ses lecteurs, si modestes soient-ils. La rédaction vous remercie par avance.