Votre livre, Les indésirables – Prolophobie, met en lumière une notion encore peu discutée dans le débat public. Comment définiriez-vous précisément la « prolophobie », et à quel moment avez-vous ressenti la nécessité d’en faire le cœur de votre travail ?
Je qualifie de prolophobie, qu’on pourrait également appeler la « haine des ploucs », le rapport hostile qu’entretiennent ouvertement les élites vis-à-vis du peuple de souche. Le terme de prolophobie et l’envie d’y consacrer un livre me sont venus en même temps, lorsque j’ai pris conscience du caractère systémique de la discrimination subie par le petit peuple de France et de son rejet par ces élites.
Alors que je réfléchissais aux deux poids deux mesures qui semble aujourd’hui régir la justice, et que l’on peut constater dans de nombreux jugements, je m’apercevais qu’en réalité la défaveur réservée aux Français ordinaires se retrouve partout : dans les émissions télévisées, les spectacles humoristiques, les films, jusqu’aux réactions de la classe politique.
Vous employez tour à tour le mot « élites » ou « bourgeois » pour désigner ceux qui pratiquent allègrement le mépris de classe. Qui sont exactement ceux que vous pointez du doigt ?
Le thème de la sécession entre les élites et le peuple est récurrent depuis de nombreuses années. Mais il me semble que trop de gens ont une vision restrictive de ceux qu’ils désignent par élites. Pour ma part, j’y inclus non seulement la classe dirigeante, c’est-à dire l’élite médiatique, politique et intellectuelle – ceux qui expriment leurs opinions sur les plateaux télévisés – mais également le monde de la culture, les hauts fonctionnaires et les cadres des grandes entreprises – une sorte de « majorité silencieuse » au sein même de la minorité bourgeoise. Pour résumer, il s’agit de toute la population diplômée et cosmopolite qui vit dans les grandes agglomérations, et elle représente une part relativement importante de la population, environ 20 %.
Vous décrivez une forme de relégation sociale et symbolique qui touche certains milieux populaires. Selon vous, cette marginalisation est-elle consciente, assumée par certaines élites, ou relève-t-elle d’un phénomène plus diffus, presque inconscient ?
Je pense vraiment qu’elle n’est pas consciente, en tout cas dans l’immense majorité des cas. C’est une atmosphère ambiante dans laquelle on baigne continuellement quand on appartient à ces milieux. Elle doit beaucoup à l’industrie culturelle et du divertissement, dans laquelle le « beauf » ou le « plouc » est devenu la figure du défouloir universel, depuis l’invention du personnage du Beauf par Cabu dans les années 1970. On peut s’en donner à cœur joie et pratiquer ostensiblement le racisme social : on ne risque pas d’être convoqué par la 17e chambre correctionnelle ni la mise au banc médiatique. Mais il y a également, selon moi, un problème éducatif. Je constate, dans beaucoup de familles de la bourgeoisie, l’effacement d’une certaine décence et du respect pour autrui, quel qu’il soit. Le conformisme social, très fort chez les élites, vient parachever l’ensemble.
Vous vous appuyez dans votre essai sur de nombreuses études, mais également sur des témoignages et des observations personnelles. Y a-t-il une rencontre, une parole recueillie, qui vous a particulièrement marquée et qui, d’une certaine manière, imprègne la réflexion de ce livre ?
Je crois que ce qui m’a le plus marqué est le témoignage d’un professeur d’histoire, qui enseigne dans le Nord-Pas de Calais. Ainsi que je le raconte dans mon livre, avant de l’entendre, j’avais une vision assez erronée de la réalité de la vie dans les territoires frappés par une forte désindustrialisation. J’avais bien en tête les fins de mois difficiles, le chômage, l’horizon bouché, les problèmes de santé. Mais j’ai compris en écoutant ce professeur que la précarité était loin d’être uniquement économique. En réalité, ce sont tous les cadres qui ont explosé : la famille traditionnelle, la valeur du travail, l’appartenance nationale, le patrimoine culturel et la religion. D’où une immense précarité culturelle et métaphysique pour beaucoup de Français.
Au sujet de la diffusion du wokisme en France, vous parlez d’un hold-up conceptuel qui aurait été opéré par les élites, pouvez-vous nous en dire plus ?
Le wokisme est un essentialisme anti-Blancs, qui désigne le Blanc comme étant la source du Mal par nature. Or les représentants de la bourgeoisie française ne sont pas eux-mêmes issus de la « diversité » mais de la majorité blanche. Les élites se retrouvent donc dans une situation délicate : comment se conformer au wokisme qui fait office de nouvelle injonction morale, sans pour autant se sacrifier elles-mêmes ? La bourgeoisie a résolu ce dilemme grâce à un tour de maître : elle a détourné la vindicte wokiste contre une partie seulement des Blancs : les classes moyennes et populaires. Ce faisant, les élites se sont extraites elles-mêmes du périmètre des accusés pour se ranger dans le camp des innocents.
Vous posez un jugement assez implacable sur le comportement des élites. Pensez-vous que ce comportement, qui est essentiellement l’exercice d’une violence symbolique, a un réel impact sur la situation politique de la France ?
J’ai écrit ce livre parce que je considère que l’une des causes de nos malheurs, et non des moindres, est précisément la fracture entre les élites et le peuple qui se creuse chaque année davantage. Rien de bon ne peut naître d’une telle division. Je crois que la seule chance pour que la France puisse se relever réside dans la restauration d’un peuple fort, uni et solidaire. Notre pays ne pourra renouer avec son destin que si tous les Français désirent l’écrire à l’unisson. Et pour cela il est impératif que les élites prennent conscience de leurs torts, et opèrent un revirement de leur regard sur le reste des Français.
Diane de Bourguesdon, Les indésirables – Prolophobie. Fayard, 2026, 128 p.,10 €.

Un tour de passe-passe idéologique
« Parmi les différentes revendications wokes, c’est de facto la composante anti-Blancs qui a le plus d’assise dans les institutions, les autres étant bien plus marginales. Or les personnes aux manettes de ces institutions, qui forment d’ailleurs un gros contingent de ce qu’on appelle « les élites », sont elles-mêmes des Français autochtones, sans ascendance migratoire. Ce sont donc, dans leur immense majorité, des Blancs. L’invective woke, qui est, je le rappelle, un essentialisme, vise le groupe majoritaire en Occident, à savoir la population blanche, qui est appréhendée comme un groupe homogène et coupable par nature. C’est là que surgit un paradoxe : comment ces élites, au demeurant éduquées et informées, peuvent-elles souscrire délibérément à une idéologie qui les désigne elles-mêmes comme des cibles à abattre ? Comment peuvent-elles se faire les promotrices d’une cause qui les accable ? […]
Je soupçonne les élites de s’accommoder de cette idéologie grâce à un tour habile de passe-passe, opéré d’une main de maître. Ce dernier leur permet de s’extraire elles-mêmes du camp des oppresseurs, pour s’intégrer dans celui des opprimés. Pour ce faire, elles recourent à deux procédés : d’une part la récitation quotidienne et publique du chapelet wokiste, qui leur vaut l’absolution des grands prêtres, d’autre part la désignation des « vrais » coupables, vers qui elles détournent le regard inquisiteur des clercs. Or, souscrire au wokisme n’est pas compatible avec la remise en question de son totem, à savoir que l’ennemi numéro un est le Blanc : « le binaire Blanc/ non-Blanc est tenu pour indiscutable », rappelle l’essayiste Pierre Valentin. C’est là que les élites révèlent toute leur ingéniosité. Puisque les oppresseurs sont, par essence, les Blancs et que les élites elles-mêmes sont blanches, les véritables coupables sont évidemment les autres Blancs! Les dominateurs, les racistes, les xénophobes, ce sont les autres Français, ceux qui n’appartiennent pas aux élites. En bref, le petit peuple historique. Le sociologue Claude Grignon a mis en évidence cette posture propre aux élites qu’il qualifie « d’ethnocentrisme de classe » ; il pointe leur propension à « renvoyer le phénomène du racisme aux seules classes moyennes et populaires dites “de souche”, aux “petits Blancs” ». » […]
Ce que les élites ont réussi n’est rien de moins qu’un véritable hold-up conceptuel, et cela au nez et à la barbe des wokistes véritables ! Elles sont parvenues, grâce à un procédé sophistiqué d’auto-absolution, à reprendre à leur compte un discours qui leur est au départ hostile. Elles laissent paraître, aux yeux de tous, l’idée qu’elles sont, elles, du côté des opprimés contre les autres Blancs. « Ce n’est pas nous, c’est eux », suggèrent-elles tout en pointant du doigt les petites gens. »
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