Le PS vient de sortir son programme, manifeste pour un socialisme du XXIe siècle qui sent bon la lutte des classes revue à la sauce bobo : européiste, naïf, gentillet, inconséquent, dispendieux et horrifié par les supposés progrès de l’extrême-droite, c’est un petit monument d’autosatisfaction.
Chloé Ridel vient de rendre sa copie avec un projet socialiste qui, même s’il ne s’agit pas encore du plan final, puisque les militants socialistes ont maintenant devant eux six semaines pour débattre du texte et l’amender, permet de le situer dans une perspective globale comme d’imaginer comment il pourrait, en partie au moins, être pris en compte dans le cadre de la présidentielle à venir.
Rappelons d’abord que, lors de l’élection de 2017, Emmanuel Macron construit son socle électoral sur une part du centre, avec le ralliement d’un Francois Bayrou qui s’estimera par la suite faiseur de roi, mais surtout sur les débris d’un Parti socialiste que le « président normal », François Hollande, a réussi à tuer en l’espace d’un mandat. Le parti semble presque disparaître, nombre de ses membres étant intégrés dans le parti présidentiel, et le candidat du PS, Benoît Hamon, fait 6,36 % à l’élection de 2017, et Anne Hidalgo 1,75 % à celle 2022.
Mais le parti survit pourtant grâce à ses alliances avec les autres partis de gauche, et notamment la locomotive de La France Insoumise, lors des élections législatives. Avec la tripartition de 2024, son actuel premier secrétaire, Olivier Faure, fait même de cette force de 68 députés à l’Assemblée nationale un parti charnière indispensable à Sébastien Lecornu pour éviter le vote des motions de censure sur lesquelles peuvent s’unir les votes de LFI et du RN. Restait quand même à avoir un programme, ce qui vient d’être fait.
Ce projet, qui entend poser rien moins que les bases du « socialisme du XXIe siècle », confirme de manière très classique – on en revient aux fondements marxistes du parti socialiste – la primauté de l’économie sur un politique qui ne serait qu’une superstructure, et la nécessité, pour changer le monde, d’une transformation d’abord économique et sociale. Or quelle est la situation économique ? Le projet constate l’existence d’un capitaliste mondialisé qui, parce qu’il est en crise, dérive vers un système autocratique et une cartellisation dans lesquels la réalité du pouvoir serait celle d’une oligarchie économique et financière. Disons-le, les conservateurs n’ont pas attendu le PS sur ce plan.
Face à ce « capitalisme de prédation », le projet écarte l’option sociale-démocrate – Hollande, Cazeneuve et Glucksmann apprécieront. Elle est présentée comme ayant sans doute eu une utilité après-guerre, lorsqu’elle pouvait se combiner avec un capitalisme national pour établir une protection sociale, mais serait inefficace – trop « politique », trop de compromissions – face à ce nouveau capitalisme. De plus, elle serait passée à côté des trois enjeux essentiels du monde moderne : l’écologie, avec les limites de la planète, le genre, avec les inégalités hommes/femmes, et, bien sûr, les discriminations du racisme systémique.
Les sécurités contre la sécurité
Le projet entend ensuite reprendre deux éléments qui seraient préemptés « par la droite et l’extrême-droite », les notions de liberté et de sécurité. Sur le plan de la liberté d’abord, là encore dans une approche marxiste des droits de l’homme – mais que l’on retrouve chez les catholiques sociaux ou l’anarchisme proudhonien, entre autres –, être libre théoriquement ne veut rien dire si on ne peut l’être pratiquement, disposant pour cela des moyens minimums. Être libre, nous disent les socialistes, c’est… être souverains, pour les individus comme pour les peuples. Mais contrairement à la thèse libertarienne du renard libre dans le poulailler libre, la puissance publique doit intervenir pour réguler entre les différents intérêts – avec les exemples de la presse, du logement, du travail ou de la sécurité.
Là encore, considérer que l’équilibre social ne vient pas uniquement de la main invisible du marché ne semble pas vraiment une spécificité de la pensée socialiste ni une nouveauté. On ne peut être qu’être surpris par contre quand, après avoir défendu la souveraineté des peuples, le texte vante… la souveraineté européenne, présentée sans rire comme un rempart contre le « nouvel ordre impérial ». Sur le plan de la sécurité ensuite, il suffirait, pour le dégager de l’extrême droite, d’en parler au pluriel et d’envisager d’autres sécurités nécessaires à l’individu (environnementale, sociale, médicale…). On remarquera ici l’absence de cette sécurité identitaire pourtant demandée par nos concitoyens.
Populaire, social et satisfait
On trouve encore un certain nombre de lieux communs. La France va mal, et il faut une réconciliation nationale autour de la justice sociale. Il s’agit surtout ici d’écarter la notion de « Nouvelle France » défendue par Jean-Luc Mélenchon et de se différencier du projet de LFI et de sa communautarisation. Il faudrait aussi « pacifier le monde », et pour cela permettre dialogue et respect du droit international. Il ne manque plus que tous les gars du monde qui fassent une ronde, et on pourrait considérer que le PS, aux réunions duquel les militants doivent se rendre en casque lourd et gilets pare-balles tant la tension est forte entre Olivier Faure et Boris Vallaud, devrait commencer par pacifier ses instances.
Pour le reste, l’école de demain aura 19 élèves par classe, le salaire minimum sera à 1690 €, la question de l’immigration résolue par l’intégration de ceux qui travaillent, la réforme des retraites abrogée, l’énergie propre entre nucléaire et renouvelable… Comment financer cela ? par exemple avec la taxe Zucman (2 % au-delà de 100 millions d’euros de patrimoine) et un impôt sur les « grandes successions ».
Ce projet est destiné à séduire, nous dit-on, les « quartiers populaires » – une formule dont on sait le sens communautariste – mais aussi, pour sortir de l’approche mélenchoniste, et se trouver un autre électorat potentiel, les habitants des campagnes délaissées et la jeunesse. La « parité sociale » – soit le développement de politique de quotas à d’autres domaines que celui des sexes – comme une plus grande place accordée au référendum – sous contrôle du Conseil constitutionnel garant de l’État de droit – et un meilleur contrôle « de l’indépendance des médias » devraient permettre au monde nouveau d’advenir. À bien y regarder, on a quand même l’impression que tout est sous contrôle d’une petite caste qui pense le Vrai, le Juste et le Beau. Un socialisme qui, quand il n’enfonce pas les portes ouvertes par d’autres, et quoi qu’il en ait, a des relents de déjà-vu. On peut penser qu’il aura bien du mal à trouver son public.
Illustration : Boris Vallaud, député socialiste des Landes, vous explique pourquoi vous pensez mal.
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