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La communauté nationale : ce qui la menace, ce qu’il faut rebâtir 

La nation est l’horizon indépassable du politique, même en ces temps où elle est contestée. Délimitant des communs et donc fondant une communauté, elle affronte trois risques : elle a besoin d’un peuple, d’une volonté de persévérer et d’une capacité d’autonomie. Il est urgent d’en retrouver le sens.

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La communauté nationale : ce qui la menace, ce qu’il faut rebâtir 

La question du rôle de la nation est la question politique majeure d’aujourd’hui. C’est ce que j’évoque dans un livre, qui vient de paraître aux Editions du Bien commun, La Communauté nationale. Un bien commun irremplaçable.

D’un côté, elle constitue le cadre de référence de la quasi-totalité des pays reconnus sur la planète, même si on peut souvent contester que ce sont bien des nations. Mais par d’autres côtés, elle est remise en cause, du moins dans nos pays : contestée dans sa nature même par le discours de déconstruction, elle est jugée dépassée par ceux qui se situent au niveau européen, ou se veulent cosmopolites. Ou par ceux qui parient sur la montée des empires.

La nation a pourtant toujours de nos jours quatre rôles essentiels, qu’elle est seule à offrir. D’abord, fonder une communauté politique, c’est-à-dire un niveau élevé de confiance mutuelle et d’identification, permettant un niveau tout aussi élevé de coopération et d’action commune. Ensuite, fournir ce qui est nécessaire pour cela et en soi inestimable : un patrimoine commun, et notamment une langue et une culture. Puis, assurer la défense en commun de cette population, notamment militairement : cette question est revenue brutalement au cœur de l’actualité. Enfin, pourvoir à une forme de solidarité, qui va bien au-delà de la sécurité sociale, en offrant autant que possible à chacun une vraie place dans cette communauté. Pour la grande majorité des gens, leur qualité de vie, y compris économiquement, dépend en effet largement de leur appartenance nationale.

Rien de tout cela ne se conçoit actuellement hors du cadre national. Et tout cela se relie directement au fait que la nation est une communauté. Son rôle à ce titre est donc irremplaçable. Dans les sociétés modernes, l’horizon réel des personnes et leur cadre de dépendance sont bien plus grands que dans les communautés locales d’autrefois ; ils supposent un niveau large d’identification, de communication et de solidarité. C’est la nation qui joue ce rôle. Mais au-delà, il n’y a rien d’organisé et de concret.

Pour l’avenir, la question est de savoir dans quelle mesure l’imbrication croissante de l’humanité, et notamment la mondialisation, atténuent ou renforcent cette réalité. Il est évidemment improbable (sauf catastrophe majeure) que cela se fasse par retour à des entités plus petites, malgré certaines utopies. Mais l’évolution pourrait conduire au renouveau de formations politiques plus vastes et pluri-nationales. Donc en réalité d’empires au sens large, et une Europe fédérale serait elle aussi une forme d’empire. Mais cela ferait perdre cet élément essentiel qui caractérise la nation, qui est d’être une communauté.

Personnes et peuple

Que faire alors ? Il y a bien sûr des politiques à mener, sur la longue durée : défense, éducation, recherche scientifique, migrations etc. Elles sont d’une très grande importance en soi. Il y a besoin plus fondamentalement d’un ensemble de références collectives permettant la vie politique commune. Mais tout cela suppose au préalable une ambition : celle de faire vivre une communauté. Ces politiques diverses ne parviendront en effet à rien si la nation n’offre pas la base adéquate, c’est-à-dire une communauté vivante, solidaire et forte.

Une communauté, ce sont des personnes qui, sur la base de références communes majeures, culturelles, historiques et institutionnelles, se reconnaissent comme on l’a dit un degré élevé de solidarité : financière certes, mais aussi humaine voire existentielle, impliquant l’acceptation éventuelle de sacrifices pour la cause commune. Sur cette base peut alors se construire une volonté commune propre, et sa traduction concrète dans ce qu’on appelle souveraineté.

Mais, à son tour, une telle volonté ne suffit pas s’il n’y a pas les bases concrètes permettant à cette communauté d’exister. Or trois d’entre elles sont essentielles. D’abord que ce peuple existe, ce qui veut dire se prolonge dans de nouvelles générations, pour l’essentiel au sein de familles faisant réellement partie de la communauté : c’est la question de la démographie et de la natalité. Sans natalité suffisante, il n’y a pas d’avenir à une communauté humaine. Question brûlante aujourd’hui, avec l’effondrement de la natalité dans la plupart des pays hors Afrique, phénomène largement lié à un individualisme de plus en plus pathologique.

Un cadre commun d’appartenance

Cela suppose ensuite une volonté de se défendre, et donc un esprit de combat, qui ne va pas sans un esprit de sacrifice. Il faut donc que la communauté nationale produise suffisamment de membres animés par cet esprit. À défaut, elle sera incapable de se maintenir sur la durée, non seulement face à des menaces extérieures, mais aussi sur le plan interne, face à des factions utilisant la violence pour imposer leur loi.

Ces deux questions sont vitales, mais peu évoquées dans le débat public, et encore moins en liaison avec la souveraineté. Enfin, d’une façon qui est, elle, plus souvent évoquée, mais rarement sous le bon angle, cela suppose une vue commune des bases économiques et sociales de cette souveraineté et de cette solidarité. Non pas un programme de revendications égalitaires, mais un cadre permettant de donner aux membres de la communauté une vraie possibilité d’appartenance et de valorisation, où en un mot chacun trouve sa place. Et à l’ensemble, les moyens de son autonomie.

Pour illustrer le rôle crucial de ces dimensions par rapport aux autres politiques à mener, il n’y a pas de politique de défense possible sans base économique et sans des gens qui acceptent de se battre et de se sacrifier ; pas d’éducation sans enfants, sans pédagogie et sans moyens ; pas de maîtrise des migrations sans démographie ni volonté de se défendre, etc. Les idées dominantes, mais aussi les pratiques désormais spontanées de la plupart des gens, n’intègrent plus assez ces réalités, quand elles ne vont pas dans la direction contraire. Or elles sont pourtant au fond assez évidentes. Retrouver ce sens de la communauté nationale est donc la priorité absolue.

 

Illustration : Quel destin commun avons-nous réussi à bâtir

Pierre de Lauzun, La Communauté nationale. Un bien commun irremplaçable. Les Éditions du Bien commun, 2026, 160 p., 14,90 €.

 


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