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1er mai et syndicalisme : jurassique parc à la française

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1er mai et syndicalisme : jurassique parc à la française

Les sondages font apparaître que les Français ne font plus confiance à leurs syndicats et les jugent même inutiles. Enfin ! pourrions nous dire, tant cette vérité est avérée depuis des lustres.

Mais, en France, la résistance au changement n’est pas le moindre des paradoxes de son peuple réputé, par ailleurs, prompt à la révolution. A dire vrai, la contradiction n’est qu’apparente tant l’incapacité à changer est telle qu’il ne reste plus, à la fin, que la solution révolutionnaire ou, en l’occurrence, la solution contre révolutionnaire. Car, bien entendu, il faut des syndicats mais pas de type dinosaurien soviétoïde.

Triste 1er mai sous la pluie, mais la fête est surtout gâchée par la triste réalité syndicale dont nous allons voir qu’elle n’est pas dans la dispersion des obédiences. La presse feint, en effet, de croire que c’est le problème, en nous inventant un scénario d’opposition entre réformistes et contestataires face à un « patronat-de-plus-en plus-inflexible ». Grotesque mise en scène dont la presse se fait complice, parce qu’elle est aussi dans la même logique oligarchique.

Si la fête du travail est reconnue dans beaucoup de nations, la particularité syndicale française n’est guère copiée… sauf peut-être au Mexique. Et l’on sait que ce pays eut, longtemps, un parti « révolutionnaire institutionnel » (PRI). Le syndicalisme y joue le rôle de contrôle social, comme en France dans une large mesure, puisque les véritables revendications – chômage, charges sociales accablantes, bureaucratie et normes – ne font jamais jour. En quelque sorte, il occupe la fonction de couvercle sur une marmite sociale en ébullition. En Suisse, la fête existe mais n’est pas chômée. En France, c’est Pétain qui en fit du 1er mai un jour chômé, événement supprimé à la Libération puis rapidement rétabli en 1947.

Cette fête du 1er mai tire aussi, partiellement, ses origines du Moyen Age européen chrétien mais également de la tradition ouvrière américaine. En réalité, si la charge symbolique du 1er mai est en train de s’affaiblir, c’est pour une autre raison : la sociologie du travail se modifie profondément dans une société atomisée par le marché (liberté égalité super marché !) et devenue très individualiste. Mais en dehors de ce facteur, en France, ce sont bien les syndicats qui portent la responsabilité de son effacement.

L’oligopole syndical un hybride singulier

Cet oligopole fait partie de l’exception française, exception dont le pays pourrait bien se passer ! Les soi-disant partenaires sociaux ne sont guère représentatifs et ne portent pas l’intérêt général. Pire, ils ne représentent même pas 8% des salariés (en Allemagne : 20%) et se trouvent surreprésentés chez ceux qui ont la sécurité de l’emploi : salariés des services publics et des entreprises du même nom. Le droit de grève, tout à fait défendable, est devenu : « le droit de quelques uns à disposer de tous » (G.Elgozy). Les coûts pour la collectivité de cette pratique sont exorbitants. Chaque journée de grève des transports en Île de France équivaut à une perte de production de 400 millions d’euros selon l’Insee. Il est légal d’empêcher les citoyens de se déplacer, mais les faire voyager gratuitement pour gêner la direction est interdit par la loi et considéré comme une faute professionnelle. La récente réforme de la représentativité a profité, une nouvelle fois, à la CGT tandis que les cotisations ne représentent que 4% des ressources des syndicats. Le reste étant payé par les impôts de ceux qu’ils prennent en otage. Une situation véritablement insupportable… dont tout le monde, pourtant, s’en accommode.

Un pactole d’argent public invisible

Le public ignore souvent que les subventions aux syndicats représentent des montants supérieurs au financement des partis politiques – par ailleurs tout à fait critiquables – : 180 millions d’euros ! « Ceux qui contestent le gouvernement dans la rue sont nourris par lui le soir quand ils rentrent à l’écurie » (Michel Godet, Libérez l’emploi, Odile Jacob). En 2011, le député de l’Indre et Loire, Nicolas Perruchot, ex-député du Nouveau Centre, s’est vu interdire la publication du rapport qu’il avait établi sur le financement des syndicats. Au total, l’aide directe aux syndicats s’élève à 4 milliards d’euros en tenant compte des mises à disposition du personnel (30 000 à 40 000) par les entreprises publiques et 14 000 pour la fonction publique sans compter l’utilisation, en limite de légalité, des organismes de gestion paritaire, formation professionnelle, apprentissage et logement.

Et là, comme larrons en foire, syndicats de salariés et de patrons, s’entendent parfaitement pour se partager le gâteau. Michel Godet ne dit pas autre chose : « le dialogue social fonctionne parfaitement lorsqu’il s’agit de prendre part au festin ». Particulièrement emblématique de ce mode de gestion paritaire à caractère mafieux, la formation professionnelle et son gros gâteau de 32 milliards d’euros venant de la taxe d’apprentissage. Les fameux organismes collecteurs agréés (OPCA) gèrent 6 milliards d’euros avec des coûts élevés d’intermédiation – ne pas oublier les camarades ! – comme pour la Sécurité sociale, les URSSAF et le RSI. La Cour des comptes s’en est émue : dépenses de personnel trop généreuses, rémunérations et indemnités confortables, coûts informatiques mal maîtrisés etc. Sans compter, bien sûr, les comités d’entreprise de la SNCF et d’EDF, respectivement 93 et 186 millions d’euros, sans lesquels le Parti communiste n’existerait plus matériellement.

Descendre dans la rue, une démarche institutionnelle ou contestataire ?

L’opinion ignore tout de ce pactole qui produit des actifs peu productifs et pèsent sur la rentabilité générale de notre économie, en plus d’être une hypocrisie doublée d’une injustice. Mutatis mutandis, n’oublions pas qu’en URSS, les syndicats étaient entièrement financés par l’Etat. Pendant ce temps, les chômeurs ne descendent pas dans la rue, question de moyens, et ne défilent pas non plus le 1er mai. Quant aux artisans, commerçants, professions indépendantes ou agriculteurs, tous accablés de charges par l’absurde RSI, s’ils descendent dans la rue ce n’est certes pas sous la bannière des syndicats, mais sous celle du drapeau noir qui flotte sur la marmite. Là git la véritable révolte contre les révolutionnaires institutionnels et les ferments d’une véritable insurrection contre l’oligarchie au pouvoir, qui n’est autre que la noblesse républicaine. Cette situation présente quelque analogie avec 1789 !

Identifier la classe exploiteuse

Les lourdeurs institutionnelles de l’oligopole syndical sont telles, qu’en effet, on peut craindre des bouleversements brutaux. Si une révolte devait apparaître, elle sera dirigée contre l’oligarchie -au sens large du terme-, constituée par la classe politique, les journalistes et le show-biz. Une caste vivant largement d’argent public ! Autre cible : l’appareil syndicalo-bureaucratique des organismes para-publics, oligarchie feutrée et peu visible socialement, en apparence non constituée comme classe opprimante, pourtant véritable oppresseur des Français. Car la nouvelle cour, avec ses courtisans et ses ayants-droits, a eu l’habileté de se dissimuler, comme classe opprimante ou tout au moins dominante, derrière une rhétorique ancienne et bien connue. Celle d’une exploitation par le patronat, les indépendants, les professions libérales et les patrons du CAC 40, voire le capitalisme, le libéralisme et la mondialisation. Alors même qu’elle en tire sa subsistance et son pouvoir ! Suprême habileté de faire détourner le regard à l’opinion qui est, cependant, de moins en moins dupe.

Une solution réformiste

C’est encore Michel Godet qui propose une solution pour sortir de l’impasse syndicale par la généralisation du « chèque syndical », sur le modèle du « chèque éducation ». Déjà en vigueur depuis 20 ans chez Axa, le mécanisme du chèque syndical est simple. L’entreprise donne au salarié un équivalent de chèque d’adhésion au syndicat de son choix. Celui–ci peut l’utiliser ou non. Chez Axa, cette pratique fonctionne : en 2012, la moitié du personnel l’utilisait. Ce chèque, auquel les syndicats étaient hostiles à l’origine, produit de nombreux effets positifs. Les attentes de la base sont prises en compte et le dialogue social est constructif : au delà des slogans politiciens, des solutions opérationnelles sont trouvées. Pour ceux qui n’ont pas donné suite, bien entendu, le chèque est perdu pour eux comme pour le syndicat, mais ils ont fait un choix et le syndicat peut vivre des cotisations de ses adhérents.

Michel Godet propose même d’étendre le dispositif au « chèque citoyenneté », qui serait largement préférable au vote obligatoire proposé par le président de l’Assemblée nationale. Disons-le, lorsque Claude Bartolone formule une telle proposition, cela provoque aussitôt l’envie de ne pas voter ! Et, ce, même au prix d’une sanction, rien que pour le bonheur de se dérober aux injonctions d’un apparatchik plein d’arrières pensées. Dans ces conditions, pourquoi pas un référendum sur le financement public des syndicats ? Gageons que, dans ce cas, la réponse serait claire, vote obligatoire ou pas.

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