C’est un temps que les moins de quarante ans ne peuvent pas connaître. Celui où l’on passait de longues journées d’été en compagnie du Club des cinq (Bibliothèque Rose) ou des Six compagnons (Bibliothèque Verte), les retrouvant avec autant d’émotion au fil de leurs aventures.
Combien nous les avons aimés. Combien nous avons été déçus ensuite de voir les éditeurs restructurer ces romans pour un public de plus en plus réticent à la lecture. Et lequel d’entre nous n’a pas tenté de convaincre sans grand succès ses propres enfants de laisser leurs portables et de suivre leurs traces lors d’un vide-greniers ? Nous voyions nos collections enfantines moisir sur les rayonnages de nos maisons de famille, mais leurs couvertures nous rappelaient que notre jeunesse avait été pure et belle. Hélas, hélas, hélas ! Voici qu’un être s’essuie les pieds sur le gazon de nos vacances et joue de nos souvenirs et de nos émotions dans un ouvrage caricatural. Fabcaro, dont on connaît l’approche toute négative qu’il a de l’humanité, vient de publier Les cinq ami.e.s l’échappent belle in extremis.
Disons-le, tout de suite, si j’ai dû sortir les larmes aux yeux de la librairie dans laquelle j’avais commencé à feuilleter l’ouvrage, c’est parce que je pleurais de rire. On se régale à chaque page. Quand le chien Attila, l’arrière train coincé entre deux roues parce que le père de famille l’a écrasé tente péniblement de suivre ses jeunes amis à la trace. Quand arrivent les cousins qui ont « le teint maladif » car ils vivent en Bretagne. Quand le père, Charles Barral, abonné à Pull sur les épaules Magazine enchaîne les remarques lourdes, ou que la mère, Christine, doit expliquer par des cauchemars ses cris nocturnes.
Il y a bien aventure : Charles se fait voler le dossier secret détaillant la composition de la farce des raviolis en boîte de chez Lidl, mais heureusement tout finira pour le mieux. On regrette seulement que l’auteur n’ait pas envisagé de publier les autres titres évoqués, dont « Les cinq ami.e.s contre les vieux qui passent devant tout le monde comme si de rien n’était à la boulangerie », ou – et tous les lecteurs apprécieront je pense – « Les cinq ami.e.s tentent de joindre l’URSSAF Limousin ». Merci à Fabcaro de nous faire ainsi rire de nous-même autant que des autres, sans rien nous enlever de notre nostalgie.
Fabcaro, Les cinq ami.e.s l’échappent belle in extremis. Éditions 6 pieds sous terre, 2026, 104 p. illustrées, 14 €

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