France
Notre joie, notre avenir
D’un côté Emmanuel Macron, de l’autre Léon XIV. À ma gauche un boxeur amateur plus doué pour la pose que pour le combat, à ma droite un joueur de tennis qui ne recherche pas les caméras.
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Enfin une France catholique fière de sa foi a pu s’exprimer dans une libre ferveur le temps du voyage apostolique de Léon XIV en France. Qu’il en soit infiniment remercié ! Voici qu’est venu chez nous le chef visible de l’Église, qui représente ici-bas Jésus-Christ Lui-même, le chef immortel du royaume de Dieu, toujours vivant mais, selon sa volonté, avant son retour dans la gloire, invisible.
La charge dont Léon XIV est investie fait de lui le vicaire de ce Roi des rois, ce Fils de Dieu, fils de Marie, parfaitement homme, parfaitement Dieu. C’est ainsi que le pape est d’abord perçu et donc reçu ; c’est son titre essentiel, son caractère premier que personne ne peut lui dénier. Et il est là. En tant que tel ! Pas un voyageur incognito, pas un quidam de passage plus ou moins important !
Alors, la foule vient à lui. Elle accourt. C’est plus fort que tout, c’est comme une procession des Rameaux, un accueil royal. Le peuple fidèle clame sa joie, élève ses cris et ses chants de bénédiction, tend les mains, applaudit, offre ses enfants aux regards compatissants et aux mains bénissantes de celui qui hic et nunc est l’image de l’Homme-Dieu. Spectacle qui enchante les âmes des croyants, qui sidère les impies qui n’en croient pas leurs yeux – c’est le cas de le dire – et qui sont forcés de les croire, qui jette le doute voire l’effroi et sème l’envie jalouse chez les autorités constituées qui se demandent comment un tel succès est possible alors qu’ils n’ont à leur service que des sbires intéressés et des fanatiques sans charisme. Eh oui, les pierres crient ! Ah, celui-là, mais comment fait-il ? Car il est là, si simple, sans recherche de gloire, sans ambition politique de domination, avec son visage qui respire l’humilité et la sincérité. Il déambule, il bénit – et c’est très important et significatif qu’il bénisse et singulièrement les enfants, les bébés, les malades, les petits –, il parle, il ne hurle pas, il s’adresse aux personnes comme à des responsables et non à des masses excitées ; il prie et le silence s’établit presque irréel ; il officie avec dignité et piété. Il prêche d’une voix douce et insistante ; il console et il encourage. La foule catholique se presse à sa rencontre, s’assemble en groupe serré sur son passage, répond à sa prière et à son invitation. Voici des centaines de milliers de personnes sur son parcours ; des centaines d’évêques et de prêtres, de diacres et de religieux et religieuses qui se forment en ch?ur autour de lui pour célébrer le Dieu vivant, trine, et unique ; des cérémonies liturgiques d’une grande tenue sans esbrouffe ni vulgarité ; des jeunes, plus de 80 000, réunis dans le stade de France, sans un incident, unis sous le signe et sous le charme envahissant de l’Esprit-Saint, des jeunes Français qui se plaisent à retracer devant lui l’histoire sainte de leur pays si favorisé de Dieu et qui écoutent les réponses d’un vrai pasteur à leurs interrogations et inquiétudes face à un monde hostile. Voici une messe en plein air sur la place la plus prestigieuse et l’avenue la plus célèbre du monde, là même, ou presque, où roula la tête du roi Louis XVI qui fut le plus grand crime de l’histoire de France, à la fois régicide, parricide et déicide dans son intention profonde, telle une sorte de réparation non-dite mais certaine dans l’esprit de beaucoup ; une assemblée qui ne pouvait se compter allant jusqu’à l’avenue de la Grande-Armée, à laquelle il convient d’ajouter les millions de téléspectateurs, tous unis dans la même prière de louange, exaltés dans le même culte divin, attentifs dans la même écoute du même pasteur qui ne leur parlait que de leur Dieu et Seigneur, sublimés et transformés dans la même communion sacrificielle et réparatrice. C’était si beau que les larmes coulaient sur tous les visages dans une pudique et surnaturelle effusion. Une grâce immense passait qui se déversait sur tous et atteignait chacun des cœurs.
Il en fut de même à Lourdes, la ville sainte de Marie, l’Immaculée Conception, ainsi qu’elle se nomma elle-même, que la France par le serment de ses Rois se donna comme patronne principale, au titre de son Assomption, ces dogmes mariaux qui ornent de leur couronne de gloire sa Maternité divine et sa Virginité perpétuelle. Le pape manifesta longuement avec la discrétion requise sa dévotion personnelle que sa prédication rendit publique et que sa prière éleva en communion nationale française, oui, française, et en témoignage de foi universelle. Quelle émotion de voir le Souverain Pontife, le cierge à la main, processionner en tête derrière la statue de la Vierge, au milieu de centaines de milliers de flambeaux, brandis en rythme régulier à chaque Ave Maria. Inondation de joie qui submergeait toutes les âmes indistinctement. Et comment ne pas se réjouir encore en entendant le pape souligner dans sa péroraison finale les traits singuliers qui distinguent la Vierge Marie de toutes les créatures, elle la plus humble et la plus glorieuse, qui seule peut revendiquer par association parfaite avec son Fils, notre rédempteur commun, une participation singulière et unique à son œuvre rédemptrice, elle qui fut par avance rachetée en vertu des mérites de Jésus-Christ de sorte que jamais le péché ne l’atteignit. Ce qui rend sa perfection dans la grâce incomparable, grâce unique et complète qui déborde sur toute l’humanité.
Presque mot à mot – et très heureusement – la prière du pape était le contraire du texte du décret Mater populi fidelis, publié il y a un an maintenant par le préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la foi, le cardinal Fernandez, et qu’il réussit, au motif de vain œcuménisme, à faire signer par Léon XIV. Ah, ce Fernandez, avec ses doctrines toutes pourries, combien de temps va-t-il rester à une telle charge ? C’est un scandale incompréhensible quand on sait ce qu’il a écrit et ce qu’il a fait. C’est aussi une souffrance de le voir dominer l’Église du haut de sa chaire infestée, à l’ombre malheureusement d’un pape dont la pureté ne devrait pas supporter une pareille infamie. C’est bien là toute l’ambiguïté de la situation de l’Église. À Metz incontestablement il y eut jusqu’au bout la même ferveur qui s’est sentie en particulier lors de la messe à la cathédrale. La vérité est simple à énoncer : lorsque le pape s’adresse aux fidèles catholiques, il leur dit les paroles qu’ils attendent de lui et qui les incitent au courage de la Foi et de la Charité dans l’Espérance d’un vrai salut, comme il l’a dit à Lourdes, dans la vie éternelle – et non ici-bas. Son « au revoir » à Metz à tant de catholiques fidèles était marqué du même esprit.
Il est vrai qu’il est impossible de ne pas s’interroger sur d’autres paroles et d’autres discours empreints d’un autre esprit. Il ne peut pas faire autrement, diront les gens bien intentionnés. Certes. Et, même dans ces domaines, il essaye de rappeler quelques vérités. « Ce qui est légal n’est pas nécessairement moral », a-t-il affirmé devant les médecins de Lourdes. Rien de plus juste, surtout à l’heure actuelle. Jean-Paul II et Benoît XVI l’avaient eux aussi rappelé. Mais toute âme droite ne pouvait que ressentir un malaise en voyant l’homme en blanc qui a la garde de la doctrine du salut, assis à côté de l’homme qui revendique comme un droit suprême l’assassinat, en dix ans au bas mot, de deux millions d’enfants et dans des conditions abominables, aussi bien pour le petit être vivant disséqué que pour la pauvre mère souvent abandonnée. C’est ce même homme qui a fait passer quasi de force la loi du suicide assisté et de l’euthanasie : combien de morts programmées ? Il y a là quelque chose de littéralement insupportable. Certes, le pape a rappelé le vrai droit et a invoqué la vraie justice. Comme pour l’éducation religieuse et pour une saine laïcité. Mais quelle hypocrisie dans cette salle de l’Élysée devant ce parterre où à peine quelques personnes portent une attention réelle à ce pape qui évoque les sources chrétiennes de l’histoire de France ! Mais ils connaissent tous cette histoire. Bon nombre sortent des bons collèges. La République les oblige : l’institution les lie à des programmes meurtriers pour les âmes et pour les corps. Pauvre France, trompée, dénaturée. Alors pourquoi essayer d’assimiler la liberté chrétienne à la liberté républicaine ? La justice chrétienne à l’égalité républicaine ? La charité à la fraternité ? Tous ces maîtres du régime applaudissent pour se faire bien voir et uniquement pour ce qui va dans leur sens. Pas un seul ne changera d’avis ni ne parlera en vérité après une telle séance. Oui, quelle hypocrisie ! Encore heureux que le Vatican ait avec fermeté repoussé tout le programme macronien qui ne visait en fait qu’à rendre Léon XIV complice et associé du président de la République.
Et le discours à l’UNESCO est entaché des mêmes équivoques. Là aussi, il rappelle des vérités naturelles, mais en les insérant dans un cadre qui n’a plus rien à voir avec une vraie philosophie et, bien sûr, une saine théologie. Tant de propos et pour quel résultat ? Jésus-Christ est exclusif. La « Vérité » est une, le reste est vain. C’est la première et grande leçon de l’Évangile. Faut-il le rappeler au pape ? « Sans moi, vous ne pouvez rien faire ». La douce et forte vérité évangélique n’a rien à voir avec les programmes humanitaires, même s’il est concevable que le Souverain Pontife, en tant que tel, ?uvre de toutes ses forces pour la paix entre les peuples et entre tous les hommes. L’Europe de Schumann n’est rien d’autre que celle de Monnet, qui aboutit à la monstruosité actuelle qui renie Jésus-Christ et qui nie les nations.
Mais voilà : depuis plus de cinquante ans un certain magistère, humanitaire et plus ou moins social-démocrate, s’est substitué à la révélation divine. À force de répéter indéfiniment des propositions purement humaines, pacifico-libéralo-socialo-démocratiques, l’autorité magistérielle les élève au rang d’enseignement authentique qu’on revêt du caractère ordinaire et qu’on assimile ainsi peu à peu à un donné révélé. Il y a là un subterfuge qui risque de dénaturer le caractère propre de la révélation divine à laquelle le magistère est ordonné. Et non l’inverse ! Par exemple, il y aurait beaucoup à préciser sur le caractère absolu, en quelque sorte ontologique, de la dignité de la personne humaine et des droits de l’Homme. Et la paix peut-elle s’établir sur le reniement de la foi, la capitulation de l’intelligence, le sacrifice de l’honneur ? Jamais le Dieu de paix qui est aussi le Seigneur des Armées n’a voulu un tel renoncement. Dieu, c’est dans l’Évangile, Jésus-Christ nommément, n’hésitera pas à juger et à condamner qui de droit, comme à récompenser les âmes qui ont eu foi en son unique salut. C’est ainsi. C’est la révélation divine et Il est descendu sur terre pour nous l’enseigner et nous donner sa grâce sans laquelle nul ne peut être sauvé. Faut-il répéter ces vérités élémentaires ? Et la doctrine des fins dernières qui est toujours occultée ?
Reste que le catholicisme français profond, vrai, solide, a pu rendre à l’occasion du voyage du pape « son beau témoignage » pour parler comme l’Apôtre. Sans peur et sans reproche, comme se le doit son caractère chevaleresque, il représente l’âme historique et véritable de la nation privilégiée entre toutes que les souverains pontifes depuis plus d’un millénaire nomment « la fille aînée de l’Église ». C’est-à-dire de la foi que cette Église catholique, et donc romaine, doit, dans la suite des Apôtres, manifester au monde pour l’honneur de Jésus-Christ. Aujourd’hui, France et Église ont affaire à forte partie. Car l’Adversaire mène sa bataille, et, sous couvert de paix, il est même capable de désarmer la foi des catholiques. Jésus apporte sa paix, mais c’est aux siens. Sinon, comme Il l’a dit, Il n’est pas venu apporter la paix, mais le glaive. Son royaume de paix, Il le conquiert sur l’Ennemi du genre humain qui tient beaucoup de ressorts en ce monde. Il ne faut pas s’y tromper. Surtout en nos temps. La Vierge Marie d’où découlent tant de grâces, n’a pas peur de la bataille. Elle est la plus belle, comme le chante l’Écriture, la Reine de la Paix, oui, mais elle est redoutable comme une armée rangée en bataille : « Terribilis ut castrorum acies ordinata. »
Illustration : Le vicaire du Christ dans l’exercice de sa sainte fonction.
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