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Robert Schuman, un saint pour L’UE ?

Une Europe riche en saints patrons. Quel miracle pour Robert Schuman. De Pétain à la présidence de l’Assemblée européenne. L’ombre de Jean Monnet, et donc de la CIA. L’hydre fédéraliste. Le millénarisme démocrate-chrétien. L’Union européenne, sainte étape vers la mondialisation. Pas de Cité de Dieu terrestre.

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Robert Schuman, un saint pour L’UE ?

L’Europe, qui n’est pas l’UE, a déjà son contingent de saints : ils sont six saints patrons de l’Europe, dont saint Benoît de Nursie, fondateur du monachisme occidental au VIe siècle, proclamé patron principal par le pape Paul VI en 1964, et saints Cyrille et Méthode, apôtres des Slaves et créateurs de l’alphabet slavon, déclarés co-patrons par le pape Jean-Paul II en 1980. On aura compris que, dans ce registre, la Russie est « européenne ».

Robert Schuman vénérable ?

Le 28 septembre 2026, à Metz, Léon XIV a honoré la mémoire de ce Mosellan dont la béatification est en cours. Le pape Léon XIV a choisi Metz pour porter un message de paix au c?ur de l’Europe. Terre marquée par les guerres, mais aussi par la réconciliation franco-allemande, la Moselle est liée à la figure de Robert Schuman, l’un des fondateurs de l’Union européenne. Le discours de Léon XIV a eu lieu au centre des congrès Robert-Schuman à l’occasion d’une rencontre sur le thème « Aux racines de l’Europe pour la paix et l’unité ». Le pape François avait autorisé, le 19 juin 2021, la promulgation du décret reconnaissant les vertus héroïques de l’homme d’État français. Il était à côté de dix religieuses martyrisées par l’Armée rouge, tuées en Pologne pendant l’occupation soviétique à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Une question se pose comme à l’accoutumée pour toute canonisation : quel miracle pour Robert Schuman ?

Il n’est aucunement question ici de s’en prendre, en pleine guerre aux confins de l’Europe, à la volonté de paix du souverain pontife non plus que de juger l’homme Robert Schuman, « homme de foi humble et généreux » (Vatican news) : seul Dieu sonde les reins et les cœurs. La figure de Robert Schuman est réputée être le modèle de l’engagement du chrétien en politique. Celui d’un élu qui puise dans sa foi catholique l’inspiration de son action. Robert Schuman représente une figure de serviteur en politique, et il est certain que les « serviteurs » se font rares dans la classe politique européenne. La question est de savoir si l’UE, telle qu’elle est devenue et dans ses actions, mérite vraiment d’être aspergée d’eau bénite à travers la figure de Schuman et quelle récupération feront d’une telle action les politiciens européens.

Schuman : une vie dans les confins

Metz, le chef-lieu de la Moselle, fut occupée par l’Allemagne de 1870 à 1918 et de 1940 à 1944. À Metz, on n’est pas loin de Verdun et du Chemin des Dames. La Moselle est un département profondément marqué par les blessures des guerres de 1870-1871, 1914-1918 et 1939-1945. Robert Schuman est né en 1886 au Luxembourg d’un père français de langue maternelle luxembourgeoise, devenu Allemand lors de l’annexion d’une partie de la Lorraine, et d’une mère luxembourgeoise, Allemande par alliance : Robert Schuman est Allemand de naissance. Il étudie dans le Grand-Duché où il apprend la langue française. Après ses études de droit, il s’installe comme avocat à Metz en 1912, est enrôlé dans l’armée allemande. Mais les nombreuses biographies consultées s’abstiennent de mentionner cet épisode, de même omettent-elles aussi de dire que Robert Schuman a été frappé d’indignité nationale à la Libération pour avoir appartenu au premier gouvernement du maréchal Pétain en 1940 et pour avoir voté les pleins pouvoirs à ce dernier, ce qui l’a placé sous le coup de l’inéligibilité automatique prévue par l’ordonnance du 21 avril 1944 sur l’indignité nationale. Il y a là déjà un prurit de sanctification (républicaine pour l’instant) dans l’occultation de ces engagements, au demeurant plutôt respectables si l’on veut bien contextualiser les faits, ce qui reste le devoir de l’historien. Robert Schuman a refusé toute collaboration avec l’occupant nazi, ce qui lui a valu d’être arrêté par la Gestapo et placé en résidence surveillée en Allemagne jusqu’à ce qu’il rejoigne la clandestinité en 1942. À la demande de ses soutiens et après un recours adressé au général de Gaulle en juillet 1945, la mesure d’indignité nationale et d’inéligibilité le frappant a été classée. Il entre au gouvernement en 1946, comme ministre des Finances. En 1947, il est président du Conseil, puis ministre des Affaires étrangères de 1948 à 1952 et garde des Sceaux en 1955. Robert Schuman reste ministre des Affaires Étrangères quatre ans durant, malgré l’instabilité gouvernementale qui caractérise alors la IVe République. Il quitte ce portefeuille pour assumer, de 1958 à 1960, les fonctions de président de l’Assemblée européenne, appelée à devenir par la suite le Parlement européen. Après s’être retiré de la vie publique en 1962, Robert Schuman meurt, le 4 septembre 1963.

Robert Schuman, ministre des Affaires étrangères français, a proposé le 9 mai 1950, dans le fameux discours du salon de l’horloge du quai d’Orsay, la création d’une Communauté européenne du charbon et de l’acier dont les pays membres mettraient en commun leur production de charbon et d’acier. En réalité ce discours fut l’?uvre de Jean Monnet – c’est déjà là que le bât blesse. Jean Monnet, c’est l’homme au service des Américains, bénéficiant de financement de la CIA. Il sera en 1954 à la réunion constitutive du « groupe Bilderberg », ce club qui réunit l’élite des décideurs mondiaux.

Sauver le soldat UE

Pour Léon XIV, se rendre à Metz c’est envoyer un message à tous les citoyens européens. Un effondrement du projet européen serait un échec pour le Vatican aussi, qui l’a encouragé dès les commencements. La plupart des observateurs craignent pour le projet européen, à les entendre, l’action des « extrémismes ». Mais se sont-ils vraiment interrogés sur les origines et surtout sur l’évolution contemporaine du système ? La remise en cause du modèle ne viendrait-elle pas de l’Union européenne elle-même, qui semble aujourd’hui bien éloignée de la vision d’un Schuman ? Plus profondément, peut-on accepter le discours du salon de l’horloge, acte fondateur qui n’était qu’une mise en scène où Jean Monnet laissait transparaître sa vision fédéraliste ? C’est Philippe de Villiers qui, plus tard, a attiré l’attention sur ces origines pour le moins suspectes. « À la fin d’une conversation qui roulait sur la construction européenne, l’ancien ministre des Affaires étrangères du général De Gaulle [il s’agit de Maurice Couve de Murville] qui savait tout sur tout le monde, laissa tomber d’un air entendu : “Philippe, il vous suffira de tirer sur le fil du Mensonge et tout viendra.” ». L’envers de l’Europe est apparu ! Une Europe qui décide « sous les radars ». Les principales propositions politiques d’Ursula von der Leyen ont toutes pour objectif de concentrer un maximum de pouvoirs entre les mains de la Commission européenne. Sa majesté la Commission sortira renforcée dans pratiquement tous les aspects de la vie économique et sociale en Europe

Sécularisation de l’espérance chrétienne ?

L’Union européenne serait-elle sous l’influence d’un millénarisme chrétien-démocrate ? On peut légitimement se le demander. Les chrétiens-démocrates se plaisent à penser en effet que les hommes ne sont pas à l’abri des critiques, ®mais que celle-ci est sainte à l’instar de l’Église, qui l’est en dépit de ses membres. Arrêtons-nous au décret de vénérabilité de Robert Schuman. On y lit d’abord une biographie quelque peu édulcorée où biographie et hagiographie se confondent. Suivent ensuite des prières pour obtenir la glorification de Robert Schuman (approbation ecclésiastique donnée le 5 décembre 1988) dont voici un extrait significatif : « Il a ?uvré à la construction de la première communauté de nations, exprimant ainsi le vœu que “l’Europe préfigure la solidarité universelle de l’avenir” ». En réalité des communautés de nations ont déjà existé dans l’histoire, on a coutume de les appeler les empires. La notion de solidarité universelle de l’avenir est une formule pour le moins creuse. La politique comme « chemin de sainteté » revient souvent dans les 25 pages du document, il faut reconnaître que ce chemin politique n’est pas le plus facile vers ladite sainteté et que, de ce point de vue, Schuman, a sans doute des mérites. Néanmoins, Saint Louis !

Le document comprend neuf jours d’invocations. Le huitième jour mentionne : « L’acte du 9 mai 1950 [discours du salon de l’horloge] posé par Robert Schuman, est éminemment prophétique [sic]. Ainsi, il aspirait à la solidarité universelle dont l’Europe Unie est une étape. » L’UE, étape vers la mondialisation ? On connaît la suite… Au neuvième et dernier jour, c’est l’apothéose : « L’ère communautaire inaugurée par la déclaration du 9 mai 1950 est appelée à étendre au monde entier le bénéfice de ce miracle européen [sic]. Ce sera la grande œuvre du nouveau millénaire ». Ce serait donc là le miracle nécessaire à la canonisation ?

Léon XIV, qui est de culture augustinienne, sait depuis saint Augustin que le bonheur ne relève pas du domaine du politique ou du gouvernement, il est apolitique. Selon lui, ni l’Église ni l’État n’ont vocation à établir une Cité de Dieu terrestre. Et c’est là que gît le vrai problème, dans la question philosophique que soulève Pierre Manent. Dans le chapitre « Force et justice de l’ordre » de son Pascal et la proposition chrétienne, le philosophe insiste : « Le chrétien parfait sait que le bon grain et l’ivraie poussent ensemble et qu’il est pour le moins imprudent, et sans doute impie, de donner à l’homme social mandat pour accomplir cette discrimination qui est réservée à la justice divine. »

 

Illustration : Robert Schuman et la délégation française à la Conférence des Ministres au Conseil de l’Europe.

 

 


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