On a beau se dire avec Jacques Bainville que « tout a toujours très mal marché », il n’y a pas vraiment de quoi être rassuré par la conjoncture, qu’elle soit nationale ou internationale ! Et puisque nous en sommes aux citations, appelons à la barre ce bon Shakespeare, dont certains doutent de l’existence mais personne de son génie pertinent : « l’histoire humaine, c’est un récit raconté par un idiot, plein de bruit et de fureur et qui ne signifie rien ».
Il est vrai que si on se reporte à quelques décennies en arrière, le monde n’a cessé de se transformer, de convulsion en convulsion, en passant par des apparences trompeuses de cohérence : à la deuxième guerre mondiale, qui accumula les ingrédients habituels à un taux extrême et y rajouta des types de massacres inédits, a succédé le pseudo-ordre malsain de la guerre froide avec l’enfer des zeks, dénoncé mais toujours impuni. L’effondrement de l’empire soviétique a fait croire un court moment à certains que la fin de l’histoire était arrivée ; Samuel Huntington en a aidé beaucoup à ouvrir les yeux : après le frottement des blocs, le choc des civilisations ; après les conflits de puissances bardées d’idéologie, voici la montée des empires, lesquels, en bons empires, cherchent à étendre leurs possessions, leurs marchés et leur influence ; voici également l’explosion d’un phénomène religieux à l’échelle mondiale, avec l’islam, apparemment multiforme, mais en réalité collectivement en quête de l’oumma, la domination universelle ; l’Islam, qui considère les non-musulmans au mieux comme des futurs convertis, au besoin par force, au pire comme des condamnés à mort, à la rigueur comme futurs dhimmis assujettis à l’humiliation de la jizia, ou encore de l’esclavage, que le Coran autorise. Le tout sur fond de terrorisme, de contrebande d’armes et d’un monstrueux narcotrafic, peste à tous les étages. L’Occident autrefois chrétien ne garde qu’un souvenir affaibli de ses élans d’autrefois ; il est lui-même corrompu, miné par l’atonie religieuse, un matérialisme mâtiné d’hédonisme petit bourgeois ; il en arrive à douter de son sexe, il ne protège plus ses enfants et de moins en moins ses anciens.
Trump ressemble de plus en plus à un épouvantail
Le chaos est-il irrémédiable ? Peut-être pas, mais certainement menaçant ; puisque le mot « chaos » est lâché, il en appelle un autre qui est lourd de malheur humain : le nihilisme, qui est le règne infernal du rien ; est nihiliste ce qui sombre dans le vide politique, intellectuel et spirituel ou à l’opposé, dans l’arbitraire et la contrainte ; l’Union soviétique était nihiliste parce que totalitaire ; l’Oumma serait nihiliste par son conformisme stérilisant et sa négation de la liberté personnelle ; le libéralisme sans frein est nihiliste par l’anarchie, fille de son relativisme dissolvant et de son individualisme exacerbé.
Mais, direz-vous, que font les chefs, les dirigeants, les autorités dans tout ça ? Ne peuvent-ils vraiment peser sur le cours des choses ? Bien sûr, c’est même leur devoir et leur légitimité ! Mais la vérité oblige à dire que bien peu parmi ceux qui sont aujourd’hui aux commandes donnent l’impression de dominer quoi que ce soit : Trump lui-même ressemble de plus en plus à un épouvantail commentateur désordonné, malgré la puissance énorme qu’il détient : qu’en fait-il ? Xi Jinping, en revanche, impressionne ; mais comme il dirige un état totalitaire, n’est-il pas un agent du nihilisme ? Donnons encore la parole au vieux William : « la vie est une ombre qui passe, un pauvre acteur qui se pavane et s’agite durant son heure sur la scène et qu’ensuite on n’entend plus ». Cela vous rappelle-t-il quelqu’un ? Ou quelques-uns ? Et pourtant, voici le mois de mai, le mois qui chante la création : les yeux ouverts perçoivent le beau et le vrai, sources de joie plus encore que d’angoisse ; n’oublions pas la petite espérance !
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