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Le Paris perdu de Dati : une défaite inévitable ?

Si au cours de ces derniers mois, malgré un contexte international prégnant, la vie politique a française a été accaparée par le feuilleton des municipales, celui de Paris a pris une proportion significative. Dans une ville qui comprend plus de 800 000 électeurs, l’élection municipale est nécessairement une élection atypique. Avec la réforme du scrutin parisien validée par le Conseil constitutionnel, cette élection a pris la tournure d’un affrontement entre personnes. Retour sur cette singulière campagne qui marque l’échec supplémentaire de la droite dans la capitale de la France.

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Le Paris perdu de Dati : une défaite inévitable ?

Nous sommes en juillet 2025 : le camp de Rachida Dati engage son ultime bras de fer avec une partie de la droite parisienne qui ne veut pas changer les règles du jeu électoral parisien. Le système est relativement simple : au lieu d’une élection dans chaque arrondissement, il y aurait deux élections. Une élection continuerait à avoir lieu dans chaque arrondissement pour désigner le maire de l’arrondissement, mais pour les clés de l’Hôtel-de-Ville, les Parisiens sont invités à voter pour une liste parisienne. Le camp Dati avait médité quelques municipales infructueuses où malgré le fait d’obtenir plus de voix que la gauche sur tout Paris, la droite perdait. On se souvient de la mémorable défaite de Philippe Séguin de 2001 qui, sur fond de division avec le maire sortant Jean Tiberi, permit à la gauche de prendre la mairie de Paris. Une défaite dont la droite ne s’est jamais remise car, au fur et à mesure des échéances suivantes, elle fut toujours alignée sur le ring. Ni Panafieu en 2008, ni Kosciusko-Morizet en 2014, ni Dati en 2020 n’ont été en mesure d’obtenir la majorité au conseil de Paris. La difficulté résidait dans le fait que la droite n’était plus en mesure de prendre plusieurs arrondissements, les réservoirs en conseillers de Paris. Car comme dans toute élection, pour désigner un maire, il faut obtenir la majorité absolue dans l’assemblée locale. Le hic est que la gauche blinde les arrondissements qu’elle contrôle et qu’il est devenu impossible d’obtenir des victoires dans l’Est parisien, étant donné que certains arrondissements sont même devenus des terres de mission pour la droite à l’instar de ceux situés près du périphérique. Même le très bourgeois XIIe arrondissement, perdu de peu en 2001, affiche des écarts considérables entre la droite et la gauche. Au cours de ces années, l’idée germe à droite qu’il faut être en mesure de candidater sur tout Paris sans devoir essuyer le veto de l’arrondissement imprenable. C’est dans ce contexte qu’une proposition de loi, déposée et soutenue par des députés macronistes mais appuyée par Dati, est lancée. Le texte est alors adopté, avec les votes des Insoumis et du RN – qui rêve de prendre Marseille dans les mêmes conditions qu’à Paris : un vote sur toute la ville – mais non sans oppositions comme on l’a vu. Dati obtient donc ce qu’elle voulait. Une fenêtre de tir idéale ? Pas complètement. Car la politique, ce sont avant tout des règles du jeu pratiques qui changent quand le contexte général évolue. L’alignement des planètes s’est alors transformé en engrenage fatal où les atouts sont devenus des boulets.

La prise de la Culture : un atout trompeur ?

En janvier 2024, Rachida Dati accède au ministère de la Culture. À l’instar des élus de droite qui ont rejoint Macron en 2017 ou 2022, l’élue du VIIe arrondissement, ancienne révélation de Nicolas Sarkozy en 2007, ne veut pas seulement obtenir un maroquin ministériel : elle veut aussi sécuriser le terrain pour la prochaine municipale en obtenant d’Emmanuel Macron la neutralisation du « bloc central » à Paris. Dati s’engage à soutenir Macron mais, en échange, Macron garantira qu’il laissera à Dati les mains libres pour Paris. Autrement dit, il n’y aura pas de candidat Renaissance opposé à la droite et au centre dirigés par Rachida Dati. C’est le marché idéal car en ce moment, le Premier ministre s’appelle Gabriel Attal et le camp macroniste dispose encore d’une majorité simple à l’Assemblée nationale. Mais la défaite de Renaissance aux élections européennes du 9 juin 2024 change la donne. Dans la foulée, Macron dissout l’Assemblée nationale. Le geste soudain n’est pas compris. Non seulement le président de la République perd les élections, mais la composition de l’Assemblée nationale se retrouve plus éclatée que jamais. Les conséquences politiques sont désastreuses pour Emmanuel Macron qui subit désormais, au sein de son propre camp, de violentes critiques. Gabriel Attal, remplacé par Michel Barnier, a des mots durs et déclare ne plus comprendre le président qui l’avait pourtant nommé quelques mois plus tôt… Édouard Philippe, l’autre ancien Premier ministre brouillé, appelle même à la démission de celui qui l’avait également nommé ! Dans ce règlement de comptes, on comprend au moins une chose : il n’existe plus de camp présidentiel et le glissement vers des élus Républicains appelés à la rescousse cache mal le ravalement de façade : le « bloc central » remplace la défunte majorité présidentielle. Cela aurait pu davantage renforcer la droite, notamment à Paris. Il n’en fut rien, avec des résidus du parti présidentiel qui veulent n’en faire qu’à leur tête et surtout ne plus obéir à un président dont on prend un malin plaisir à se venger… Dans un sens, Rachida Dati aura été la victime collatérale de la dissolution ratée de juin 2024, car en politique, si tout est chaotique, tout est lié. Pour le meilleur et pour le pire.

Une fenêtre de tir gâchée ?

Revenons à août 2025 : Dati obtient une nouvelle loi électorale qui passe comme une lettre à la poste. Le Conseil constitutionnel n’a émis aucune objection et tous les griefs sont écartés. En effet, une partie de la droite parisienne avait peur de perdre des sièges à l’Hôtel-de-Ville puisque la composition de la liste devait désormais être déterminée par Rachida Dati. Les différents groupes de droite de l’Hôtel-de-Ville rejoignent le groupe « Changer Paris » de Rachida Dati, mais la réconciliation, trop tardive, est de façade. Les rancœurs étant remises sur le tapis, la dynamique ne prend pas. Sur son flanc gauche, Dati doit subir la concurrence de Pierre-Yves Bournazel, l’élu Horizons du XVIIIe arrondissement. Ancien député de 2017 à 2022, proche d’Édouard Philippe, il entend incarner un Paris « apaisé » en espérant récolter les voix de ceux qui ne veulent ni de la gauche ni d’une candidature clivante. Car en effet, si Dati passe sur les marchés, elle rebute aussi. Ses affaires lui sont renvoyées, tout comme ses liens avec l’Azerbaïdjan. Même dans les arrondissements de droite : les électeurs approuvent leur maire, mais Dati, il n’en est pas question. Bournazel s’offre le soutien d’Attal qui n’a qu’une envie : humilier Macron à Paris, les deux hommes étant brouillés depuis la dissolution. Pour autant, le candidat qui a l’étiquette Horizons et Renaissance ne prend pas en raison d’un manque flagrant de charisme. L’élu d’origine corrézienne n’enthousiasme pas les foules. Et surtout, il s’entoure des macronistes de gauche (Beaune, Schiappa) alors qu’il aurait été plus judicieux de s’appuyer sur l’aile droite de Renaissance, surtout à Paris, pour convaincre aussi les électeurs de droite. Enfin, cela révèle le talon d’Achille de Dati : la difficulté à rassembler toutes les forces politiques. Pourtant Dati mène campagne, même si ce n’est que tardivement qu’elle met en place un programme dont on ne retient rien. En faisant campagne sur sa personne, ce qu’encourage le nouveau mode de scrutin parisien, le risque est alors de susciter des attaques incendiaires. La loi des réseaux sociaux et la volonté de faire le buzz donnent à la campagne une tournure particulière où Dati devient un punching-ball. Mais à la fin de l’année 2025, une autre candidature inquiète le camp Dati : celle de Sarah Knafo qui veut secouer le cocotier avec une figure jeune et bien plus dynamique. Knafo a du bagout et rassemble même des électeurs de droite sans tomber dans les travers des mouvements de la droite dite nationale comme le déclinisme. Sa campagne est joyeuse, et même si certaines propositions sont discutables comme le retour de la voiture dans les voies sur berges, piétonisées depuis 2025, elles sont identifiables. Le camp Dati attaque tantôt Bournazel, tantôt Knafo, mais ne crée pas de dynamique. Le soir du 15 mars, Dati est bien derrière Emmanuel Grégoire, qui en réalité n’a pas eu à faire campagne. Une semaine après, elle est battue à plate couture.

 

Illustration : « Les gens sont méchants », a déclaré la candidate défaite.

 


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