France
Au pays des vaches sacrées, le 1er mai
Pendant que les feux de la guerre ravagent la planète, que le retour des empires met fin à l’ordre international, la France chipote sur le travail le jour du 1er mai.
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Il y a afflux de candidats déclarés ou presque déclarés à l’élection présidentielle de 2027. Un an avant. Déjà ! Pourtant l’état de la France ne cesse de se dégrader, les risques politiques s’aggravent, des crises s’annoncent, toutes plus terribles les unes que les autres, la financière singulièrement, la position même de chef de l’État, en tant que tel, peut valoir dans l’avenir des masses de difficultés et des torrents d’injures, sans compter des dangers certains tant les passions sont exaspérées, mais rien n’y fait. L’attrait est plus fort que tout.
Ah, le pouvoir ! Ils en sont tous grisés. Fous, littéralement fous ! Et les honneurs ! Même quand ils affectent de les mépriser parce qu’ils sont de gauche et ont des âmes de petits bourgeois. C’est si plaisant, les drapeaux qui s’inclinent devant vous, les généraux et les gendarmes qui vous saluent militairement, les huissiers qui vous ouvrent les portes, les motards qui vous précèdent, les gens qui se lèvent quand vous entrez, l’estafette qui attend derrière la porte, le repas qui vous est servi sans souci… et mille autres avantages, sans compter le plus intéressant : donner des ordres qui sont exécutés, eh oui, se croire important dans ses décisions, voir son avis considéré avec une respectueuse attention, nommer aux postes supérieurs et faire de chaque nomination une faveur, influencer ainsi les plus hautes sphères de l’État, bref, se sentir chef, le chef, le grand chef, et pas seulement de l’État, mais bien plutôt du clan qui s’est emparé de l’État, de la bande de voyous de la politique déguisés en hommes d’État qu’il convient d’appeler modestement «son » équipe, les ministrables de la prochaine fournée ! À la vérité, aujourd’hui, le pouvoir, ce n’est plus que ça.
Personne n’est plus admis dans le cursus honorum parce qu’il a servi. De manière désintéressée. L’État républicain a éliminé la notion même de service, depuis l’origine pour qui connaît l’histoire. Taine l’a montré admirablement. Il n’est jamais question de rendre service ou d’avoir servi les autres, gratuitement, ni d’un dévouement réel à une cause noble. La cause n’est plus jamais qu’un prétexte, l’écologie, le peuple entre autres, c’est si facile. Même l’exercice d’une charge ou d’une fonction n’est envisagé que pour le profil de carrière : vous n’y risquerez jamais votre vie, pour de vrai, vous la valoriserez pour un avenir avantageux. L’important est de trouver le bon et riche filon des copinages, ou la filière sûre. Ainsi ont fait, tout le monde le sait, les Mitterrand, les Fabius, les Jospin qui se voulait lambertiste dissimulé, mais aussi bien les Giscard, les Chirac, les Sarkozy, les Hollande et les Macron. Et tous leurs amis ou pseudo-amis. Prenez-les tous, du passé, du présent, du futur – faut-il ici encore donner des noms tant ils sont pléthore ? – tous pareils, tous au service de leurs « ego » : « stratèges d’eux-mêmes » pour reprendre l’expression consacrée en analyse comportementale, ce qui peut s’assimiler au pervers narcissique, dans la visée exclusive de leur destin, ou de ce qu’ils croient tel, et dont ils font l’absolu de leur histoire, dussent-ils causer mille ravages sur leur passage, et même la finalité de l’histoire. Donc de leur pays. Tels des dieux ! Tout le monde à leur botte, pour leur unique bénéfice. Leurs militants sont leurs esclaves qu’ils sont prêts à abandonner à la moindre anicroche.
Mettons qu’il y ait quelques exceptions ; elles ne sont pas nombreuses et se caractérisent, d’ailleurs, par l’échec assuré de leur entreprise. Ils le savent si bien qu’ils ne marchent que pour le témoignage, quoique toujours en arrière-fond les stimule l’illusion d’un « peut-être… » Être sincère, probe et exact, sans démagogie, vous perd dans cette course à l’honneur républicain qui est pour tout homme d’honneur et de conviction la course au déshonneur, au point qu’il y aurait de quoi en constituer une légion avec sa propre décoration, et jusqu’au déshonneur suprême qui suppose le plus généralement la trahison cachée, type Alstom, la corruption secrète, type Algérie – bien sûr pour Macron il faut être maboule pour mettre en cause en quoi que ce soit l’Algérie –, l’achat des consciences, type McKinsey, le trafic d’influence, type BlackRock, la prévarication à tous les niveaux, type les services d’État détournés au profit de l’étranger choisi et complice.
Ainsi reste encore à écrire – bien que beaucoup ait été su, dit et même écrit –, en une série de très gros volumes, l’histoire véritable de l’accession au pouvoir de tous ceux – oui, tous, même De Gaulle si habile en fourberies – qui ont dirigé la France dans ce cadre républicain, d’apparence si trompeuse et qui s’enrobe de formules vertueuses. La mécanique du régime est en elle-même une formidable hypocrisie, en quelque sorte constitutionnalisée. Oui, comme est constitutionnalisé le meurtre des petits enfants par centaines de milliers et bientôt des vieillards et des invalides.
Un exemple : connaissant bien son affaire, un Roland Dumas, gardait dans toutes les occasions sa sagesse de politicien averti. Il se trouvait au cœur des affaires de la gauche corrompue et corruptrice, entre autres, l’affaire Elf, où fut compromise sa pauvre maîtresse Christine Deviers-Joncour. Mitterrand qui s’y connaissait en hommes l’avait nommé à la présidence du Conseil constitutionnel. Mais oui, faut-il le répéter, c’est ça, la République ! Et, d’ailleurs, elle ne change pas aujourd’hui si vous voyez ce que ces mots veulent dire… Évidemment, vous voyez : non, ça ne changera jamais, ce genre de nomination ! Là, c’était en 1995. En octobre de cette même année, il couvre de l’autorité du Conseil constitutionnel tous les comptes de campagne de Chirac et de Balladur, malgré tous les dépassements, toutes les fausses factures. Pour le bon ordre républicain ; et il a convaincu tous les membres de la plus haute instance juridictionnelle française, celle sur qui repose dans ses principes et dans sa pratique l’ordre constitutionnel de la France, sa République, en quelque sorte, dans son essence. En 2015, avant de mourir, il avouera tout uniment que cette prévarication était bien voulue et actée – avec accord unanime – pour garantir la stabilité de la République. Magnifique, n’est-ce pas ? Que dire d’autre ? Le même Dumas s’arrangera pour assurer à son ami Mitterrand l’immunité présidentielle avec la gravité requise dans la plus sérieuse des décisions. Personne n’a ri, sauf quelques mauvais esprits. Que voulez-vous ? La République a ses exigences. Soyez sûrs qu’elle les a tout autant aujourd’hui. Ça se verra bientôt. Il y a des nominations qui se justifieront.
Mais les procès, direz-vous ? Oui, Fillon, Le Pen, ça va dans le même sens. Et Sarkozy n’y échappe pas, lui qui a usé de toutes les cordes de la République ; les juges vont l’écraser car il ment trop mal. Et avec trop d’assurance ! Quant aux procès de la gauche – quand il y a procès – ils arrivent toujours trop tard : qu’on se souvienne ! Et donc, ils n’ont jamais débordé au-delà du raisonnable. Le système se défend bien.
Les commissions parlementaires – même quand leur travail est remarquable – n’ont jamais abouti, alors qu’elles auraient dû se traduire par la mise en accusation, d’abord politique et ensuite incontestablement pénale au moment voulu et sans confusion des pouvoirs, des responsables politiques, des décideurs financiers et des complices des malversations qui obèrent les finances de l’État. Il faut dire tout simplement que, malgré leurs conclusions souvent sévères, elles ne donnent aucun résultat concret. Ceux qui sont visés se pavanent après comme avant, type Ségolène Royal, François Hollande et tant d’autres qui, du haut de leur suffisance et par politicaillerie, ont détruit sciemment l’appareil de la puissance nationale.
Superphénix, le nucléaire, EDF, les délocalisations, les prisons, les sectes, les affaires de santé publique, le djihadisme et le terrorisme, les ingérences étrangères, les fraudes aux prestations sociales, l’A69, les mineurs, le narcotrafic, entre autres. Et la dernière qui a fait beaucoup parler d’elle, sur l’audiovisuel public avec son courageux rapporteur Charles Alloncle. Certes, de justesse, le rapport de la dite commission est publié avec les pièces, notamment sur le questionnement financier, mais la haine soulevée est telle, en raison des mises en cause des avantages indus, des gabegies et de la partialité partisane avérée, qu’il est plus que probable que tout sera fait pour réduire à néant toute velléité de réforme.
D’autres missions d’intervention et d’information n’ont jamais, non plus, rien donné. Et pour cause. Notamment, ce qui tourne autour d’Emmanuel Macron, que ce soit avant et pendant sa présidence, ne débouche sur aucune divulgation publique. Cet homme est surprotégé. Ainsi l’affaire Benalla, l’affaire Alstom aux multiples ramifications. Le député Olivier Marleix qui avait colligé les listes des prébendiers de l’affaire et des donateurs de la campagne présidentielle, s’est suicidé opportunément. Les gens avertis connaissent menaces et risques. Le silence est obligé. Ô transparence républicaine !
Il n’y a plus à s’étonner tant ces pratiques sont structurelles. Le scandale des scandales tient dans le principe même des institutions, celui de la perversion et de l’inversion, où le faux devient le vrai, le mal le bien, l’ignoble le gage même de l’honorabilité. Heureusement, tous les jours ou presque arrive un livre qui dénonce l’imposture consubstantielle au régime. Par exemple, Florence Bergeaud-Blackler explique l’infiltration systématique du frérisme musulman dans toutes les structures sociales, en dépit des dénégations et des attaques dont elle est l’objet. De même, le dernier livre de Nicolas Pouvreau-Monti Immigration, mythes et réalités, paru chez Fayard, publie les données de l’Observatoire de l’immigration et de la démographie. L’analyse balaye toute la rhétorique actuelle qui vise à banaliser le phénomène et dresse le constat d’une France qui ne peut plus maîtriser son destin. Tous les domaines sont affectés par l’effondrement actuel : l’école, l’université, la santé, l’ordre public, la criminalité, l’esprit public. Rien n’échappe à une crise générale qui est, à l’origine, institutionnelle.
Eh bien, cela n’empêche. Ils sont tous là sur la ligne de départ, Edouard Philippe, Gabriel Attal, François Hollande qui y croit encore, Glucksmann, Ruffin, Marine Tondelier, Xavier Bertrand, Delphine Batho, peut-être Darmanin, Michel Barnier, Nathalie Artaud, Aurore Berger, Yaël Braun-Pivet, Bernard Cazeneuve, Boris Vallaud, Olivier Faure, Jean-Luc Mélenchon, Jérôme Guedj, Fabien Roussel, mais aussi Retailleau, David Lisnard, peut-être Mesnard, Zemmour ou Knafo, et bien sûr Marine Le Pen ou Jordan Bardella, sans compter Asselineau et Dupont-Aignan.
Tous, de droite, de gauche, du centre, s’imaginent qu’ils sont aptes à la tâche. Mieux : qu’ils sont façonnés et comme prédestinés pour la fonction, qu’une fois en place avec leur programme tous les problèmes se résoudront ou qu’ils se dissiperont par la simple logique de leur présence et de leur intervention. Leur discours annonce la bonne nouvelle d’une République enfin parfaite, celle qui est attendue depuis toujours, prophétisée par les Hugo, les Jaurès, les Mendès. À les entendre, ils sont faits pour la France comme la France est faite pour eux. Il leur appartient mystérieusement de la diriger, pour y régner. C’est ce qu’ils ont tous dans l’esprit. La présidence de la République serait comme un trône de substitution où ils se voient fort bien installés. Et c’est bien ça ! Depuis 1793, nous avons, sous toutes les formes possibles de République, soit terroriste, soit anarchique, soit consulaire, soit encore impériale ou parlementaire, soit enfin gaulliste, des rois de substitution qui pensent bien prendre la place de l’ancien roi dont la mort constitue leur propre principe de légitimité, ils en ont tous parfaitement conscience. Mais la réalité les rattrape : ils ne sont tous que des aventuriers de passage. Autrement dit : de faux rois. La République n’a jamais été qu’une succession de faux rois, en l’absence du vrai roi. Telle est sa constitution. Elle n’en changera jamais, demain pas plus qu’hier.
Illustration : Le co-prince d’Andorre, faux roi par excellence, entouré d’enfants alors qu’il ne veut qu’imposer l’avortement à cette principauté catholique qui le refuse.
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