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Untel, oratorio d’Henry Le Bal

Samedi 26 mars 2026, à l’occasion des 150 ans de l’église Notre-Dame-des-Champs, 91 boulevard du Montparnasse, Paris 6e, à 20h30, dans l’église, sera donné un oratorio intitulé Untel dont le livret a été écrit par Henry Le Bal et la musique composée par Rémi Gousseau. Le même oratorio sera redonné à la cathédrale Saint-Corentin de Quimper le vendredi 10 avril à 20h30 et le dimanche 12 avril à 16h.

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Untel, oratorio d’Henry Le Bal

Cher Henry, nous connaissons votre théâtre, vos romans, vos livres d’art, vos poésies et vos oratorios qui ont connu un grand succès. Pourquoi, après Ismaël, ce nouvel oratorio et pourquoi ce titre mystérieux Untel ?

C’est une lecture publique dans le cadre liturgique de l’Évangile de saint Matthieu, 26, 17-18, qui a frappé mon oreille. « Où veux-tu que nous te préparions de quoi manger la Pâque ? » Il répondit : « Allez à la ville, chez un tel, et dites-lui, le maître te fait dire, mon temps est proche, c’est chez toi que je vais faire la Pâque avec mes disciples ».
Le Verbe de Dieu, comme toujours, surprend. Il m’a surpris une fois de plus. J’ai entendu spécialement « un tel ». Qui est « Untel » ? Dans le grand poème du monde, orchestré par le Verbe, quel est ce point particulier qui s’appelle « Untel » ? Dans un monde de plus en plus prosaïque, dévitalisé et despiritualisé, la parole du Verbe de Dieu retentit avec une intensité singulière. Que cache cet anonymat radical ? Puisque le Maître s’adresse à lui en tant que tel, il s’agit donc de quelqu’un qui se nomme « Untel ». J’ai repris, j’ai médité dans mon île d’Ouessant. À cet Untel, le Maître dit, fait dire, « mon temps est proche ». Et il ajoute : « c’est chez toi que je vais faire la Pâque ». C’est dans le poème du monde le grand basculement de l’infiniment grand à l’infiniment petit. Chez toi, Untel, le Dieu vivant, le Verbe qui crée le monde, vient faire sa Pâque.

Certes, cette phrase nous indique que Notre Seigneur connaissait du monde dans la ville de Jérusalem et même des personnes ayant de belles et grandes habitations, comme il apparaît dans d’autres passages. Mais quel sens donnez-vous à cet « Untel » pour que cette appellation anonyme vous ait à ce point interrogé ?

C’est tout le sens qui se dégage de cette appellation anonyme. à la fois unique, unique dans l’Évangile, et cependant générale, totalement générale. Il faut traduire cette forme poétique à la manière de saint Jean de la Croix. Il faut trouver le cap du passage significatif et signifiant. De même, dans le passage des pèlerins d’Emmaüs de saint Luc, l’évangéliste nous donne le nom de Cléophas, mais nous ne savons pas le nom de l’autre. Il y a aussi le cas de Thomas, appelé Didyme, celui qui voulait mettre la main dans la chair ressuscitée et glorieuse. Quel est son jumeau, puisque Didyme veut dire jumeau ? Au cœur de l’immense mystère, qui constitue la vraie poésie du monde, il est ainsi un mystère spécifique et singulier qui concerne une personne, une seule personne. Eh bien, c’est moi. Oui, Untel, c’est tout simplement moi chez qui le Verbe veut faire sa Pâque, avec tout ce que ce mystère signifie. Et je suis pareillement le compagnon inconnu d’Emmaüs, le frère non nommé de Thomas, le douteur.

Et c’est donc cette méditation qui constitue le fond de votre oratorio.

Oui, j’en ai parlé avec l’abbé Camille Millour, curé de la paroisse de Montparnasse et aumônier de la mission bretonne de Paris. C’est ma conversation avec lui qui m’a engagé dans cette voie. C’est ainsi que pour le jubilé de Notre-Dame des Champs, une semaine avant les Rameaux, sera donné cet oratorio Untel.

Et c’est donc une leçon mystique au sens fort du terme.

Oui, est-ce que je suis prêt, moi, Untel, à entendre mon nom prononcé par le Verbe ? C’est d’une beauté surprenante et incomparable. La beauté est la dernière médiation qui nous reste comme le dernier maquis de la résistance spirituelle. Je tiens à souligner l’extrême générosité de tous les acteurs et participants de cet événement.

 

Untel. Poème, livret pour un oratorio, Henry Le Bal, Édition Paquetta, 15 €

 


Rémi Gousseau, chef d’orchestre, chef de chœur, est un musicien bien connu et un compositeur de musiques profanes et sacrées. Il a été le fondateur ainsi que le directeur artistique des fameuses Estivales en Puisaye-Forterre. Il compose régulièrement des œuvres tout à fait originales. appréciées des artistes et des plus grands noms de notre littérature comme de notre patrimoine intellectuel, Déon, Duteurtre… Il a reçu le prix du disque laser d’or en 1988.

Vous êtes un ami d’Henry Le Bal.

Oui, nous avons œuvré ensemble, notamment un oratorio créé à Beyrouth qui fut redonné en France à Saint-Roch, Les larmes de Pierre. Depuis, une affection réciproque nous lie, dans les mêmes goûts et le même souci artistique et français.

Que cherchez-vous dans votre propre composition ?

À transcrire le texte musicalement, comme dans les opéras que j’ai composés, Une jeune Parque dont le livret était de Michel Déon, ou Ulysse et Nausicaa, dont le livret était de Benoît Gousseau. J’essaye d’être dans la lignée de Lully à Duparc. Là, le texte m’a saisi. La musique doit exprimer le rythme intérieur et sacré que les voix portent. L’orgue soutient le tout. J’ai pensé à ajouter la harpe. Les solistes et le chœur donnent forme au mystère.

Propos recueillis par Hilaire de Crémiers.

 


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