On observe chez nous trois réactions hostiles au soulèvement iranien : les islamistes, c’est normal pour des motifs religieux, les gauchistes, c’est normal pour leur républicanisme, et les antisionistes, que l’on trouve dans ces deux camps mais aussi à droite. A l’attention de cette catégorie particulière, il convient de préciser les choses.
Quoi que l’on puisse penser, en bien ou en mal, du sionisme, cette question est ici hors-sujet : il est naturel que l’Etat d’Israël soit favorable au soulèvement des Iraniens, dans la mesure même où les deux pays vivaient en bonne entente avant la Révolution de 1979. En effet, le premier objectif que la République islamique s’est fixé a été la destruction d’Israël, non parce qu’Israël menaçait l’Iran – comment le pouvait-il ? – mais parce que le nouvel Iran, celui des mollahs, transformait une lutte nationale israélo-arabe (à laquelle un régime persan laïc n’avait eu aucune raison de se mêler) en une lutte religieuse : l’islam contre le judaïsme. Il est donc compréhensible, surtout après la guerre de missiles à laquelle le monde a assisté il y a quelques mois, que l’Etat d’Israël trouve son intérêt dans la chute du régime islamique.
De surcroît, avant la Révolution islamique, l’amitié entre Israël et l’Iran avait été plurimillénaire. Elle avait commencé avec la prise de Babylone par Cyrus le Grand en 539 AC, quand le « Roi des rois » rendit leur liberté aux Juifs déportés dans cette ville depuis 597 par Nabuchodonosor, et les encouragea à reconstruire leur temple à Jérusalem. Cyrus avait été regardé comme un « messie », un envoyé de Dieu, d’ailleurs le prophète Isaïe avait beaucoup insisté sur le fait que leur vrai sauveur était Dieu, Cyrus ne devant rester que l’instrument de la Providence. Le prophète avait aussi mis en garde contre la tentation de céder à un relativisme religieux induit dans le libéralisme de Cyrus qui, en rendant à tous ses peuples la liberté d’adorer leurs dieux, présentait un risque de faire oublier aux Juifs qu’il n’y a qu’un seul Dieu. Depuis cet épisode fondateur de leur amitié, il n’y a jamais eu d’hostilité réciproque tout au long de l’histoire, jusqu’en 1979. Mais aujourd’hui que les deux tiers des mosquées du pays ont dû fermer faute de fidèles, que la mosquée de Téhéran, appelée « Rassoul » (« l’envoyé » d’Allah, c’est-à-dire Mahomet) a été incendiée dans la nuit du 9 au 10 janvier par la foule scandant le nom « Iran ! Iran ! » ; et demain que la monarchie restaurée sera non seulement laïque mais règnera sur des consciences largement sorties de l’islam, ou bien revenues au zoroastrisme, ou bien passées au christianisme, Israël a toutes les raisons d’agir en faveur du soulèvement pour que le danger d’une « guerre finale » soit écarté.
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