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Les cèdres du Liban en ont vu d’autres

Dans les gorges de la vallée sainte, l’antique Qadisha, le visiteur hume quelque chose du caractère maronite, pour qui nulle persécution n’est définitive, nulle épreuve n’est de trop.

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Les cèdres du Liban en ont vu d’autres

Et pourtant, le retour de la guerre sur le sol libanais, le 2 mars 2026, pourrait désespérer les fois les plus coriaces. Un million de déplacés, plus de deux mille morts, des dizaines d’enfants déchiquetés par les bombes, l’enfer a encore élu domicile dans la terre de saint Charbel.

Comme si souvent, c’est de l’extérieur qu’est venue la belligérance : de l’Iran, qui a commandé l’implication du Hezbollah dans ses affrontements avec Israël et les États-Unis, et de Tel Aviv, qui a mené une réplique disproportionnée chez son voisin. De là, des familles éplorées et des histoires sordides : collatérale ou non, une victime fait naître les mêmes larmes, la même détresse chez ses proches. Morts pour quoi ? Une antenne qu’on répare. Un virage qu’on prend trop près d’un poste de Tsahal. Une voisine qui reçoit un amant pisté par les renseignements.

Au temps de l’intelligence artificielle, rien ne change vraiment. C’est l’atroce absurdité de la violence déchainée qui étale son empire quand les armes parlent. Privilège de l’époque, les commentateurs piaffent sur ces mares de sang, incluant, excluant, découpant, braillant des stratégies lointaines et des commisérations évanescentes. Et les censeurs d’ajouter : n’évoquez pas ceux-là, ne parlez pas de ceux-ci, excusez les uns, effacez les autres, formez une petite vérité cosmétique qui ne froissera personne.

Il n’y a qu’une résistance qui vaille : celle des enfants de Dieu qui œuvrent à la gloire du Père et au Salut du monde

Les grésillements barbares des drones qui déciment des familles, au sud du Litani, en plein cœur de Beyrouth ou dans les kibboutz aux frontières, portent avec eux des orages de feu qu’on dit circonscrits. L’exigence médiatique veut les imiter : ciseler un témoignage en lévitation téléguidée. Nous n’en avons rien fait. Nous n’en ferons jamais rien. Nous dirons ce que les catholiques répètent depuis le fond des âges : la guerre est une horreur, et ceux qui la connaissent – comme nous en connaissons intimement les victimes – ne doivent avoir aucune pudeur à inventorier ses crimes. Nous ne pouvons cependant pas devenir des entomologistes des combats. Nos yeux sont là pour voir, nos bouches pour parler. Mais nos volontaires ont aussi des bras, un cœur, des jambes qui s’affairent partout, même quand les ponts sont détruits, pour faire éprouver aux Libanais la fermeté de notre engagement. SOS chrétiens d’Orient est avec eux. Parmi eux. Pour eux.

Dans le secret de leurs dortoirs, les bénévoles confient certainement leur journée à Dieu et à ses saints, à la Vierge et ses blessures, au Christ et sa passion. Il le faut bien : la nuit de l’acier serait trop désespérante si elle s’accolait à une fuite de l’Esprit. On aimerait nommer ce conflit : la guerre du Carême, tant le Liban possède quelque chose de la certitude pascale. Quoi qu’il advienne, la Qadisha, pieuse et irremplaçable, triomphera si les hommes se souviennent qu’elle est là, qui les protège parfois, qui les accompagne toujours, pour rappeler qu’il n’y a qu’une résistance qui vaille : celle des enfants de Dieu qui œuvrent à la gloire du Père et au Salut du monde. La vallée sainte vaut mieux que celle des larmes. Notre devoir est de péleriner avec les Libanais qui la devinent au lointain, avançant pas après pas, pour se purger de la guerre et de ses causes. Prions pour qu’ils y parviennent vite.

 

Illustration : La forêt des Cèdres de Dieu, vestige des cèdres qui couvraient le Mont-Liban.

 


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