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Le parfum de la colère

Tous les jours, c’était la même rengaine. Thibaut, le chef de mission de SOS chrétiens d’Orient attendait certainement ma relance impatiente, prêt à me répliquer avec une concentration résignée : « Je rappellerai demain ».

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Le parfum de la colère

Et comme tout arrive, surtout en étant opiniâtre, Thibaut est parvenu à livrer en urgence nos premières cargaisons d’aide de première urgence auprès de l’évêché de Tyr : 250 colis, répartis dans des camions ouverts, afin qu’ils ne soient pas confondus avec je ne sais quoi.

Il faut des trésors de diplomatie, de connaissance du terrain et de foi pour parvenir à acheminer l’aide des généreux donateurs de SOS chrétiens d’Orient jusqu’au sud du Liban. De nombreux ponts ont été détruits par l’armée israélienne et le voisinage inconscient d’une voiture désignée comme cible par Tsahal n’est jamais à exclure.

Pourtant, au quotidien, la rage au cœur, nos équipes incarnent la solidarité des Français pour un peuple libanais accablé par la guerre. Au moment où j’écris ces lignes, le 24 mars, plus d’un million de Libanais ont été jetés sur les routes, dans un pays déjà incapable de faire face à la masse des réfugiés syriens ou palestiniens, ou simplement de soigner sa population déjà épuisée par la guerre de 2024 et la crise économico-politique qui l’a précédée.

Déjà plus de mille personnes sont mortes après des attaques israéliennes dont plus d’une centaine d’enfants. Les ordres d’évacuation se multiplient, et les crimes de guerre avec eux, comme celui qui a conduit à la mort du curé maronite de Qlayaa, au Liban, le lundi 9 mars 2026, ou de trois jeunes habitants de la ville d’Ain Ebel, Chadi, George et Élie, le 12 mars. Dans les localités chrétiennes frontalières du Liban, ceux qui font le choix de rester sont héroïques : ils essayent de prévenir les manœuvres d’infiltration du Hezbollah, qui a jeté leur pays dans la guerre le 2 mars, ils ne laissent pas place libre à ceux qui rêvent d’occuper ou de coloniser leurs terres, ils acceptent les privations et les angoisses d’une région abandonnée aux opérations militaires.

Elles ne veulent pas partir, devenir une zone occupée, une terre colonisée

Ces chrétiens sont des témoins. Ils ne s’embarrassent pas des jérémiades occidentales, des spasmes éthiques qui font alterner les discours entre le droit à la sécurité d’Israël, le droit à la sécurité des Libanais, l’appel aux conventions internationales et le rejet des ingérences de la République islamique d’Iran. Ils veulent vivre et prospérer chez eux, sans qu’une milice étrangère ne les précipite dans des conflits qui ne sont pas les leurs et sans qu’une armée étrangère s’émancipe de toute règle pour assumer un empire chez son voisin. Chez eux. Les Libanais du sud du Litani, et tout singulièrement les chrétiens, sont chez eux. Avec tout ce que cela emporte d’attachement, de piété filiale, de zèle laborieux et de souvenirs éternels.

Pendant qu’on déblatère à Paris, dans une folie binaire qui frôle, des deux côtés, la soumission à des puissances étrangères, des femmes enlacent des maris, apaisent des petits, soignent des anciens. Elles regardent, la nuit, des pluies scintillantes d’aciers qui sèment la mort et guettent les résonances souterraines qui attestent la présence des tunnels du Hezbollah. Elles ne veulent pas partir. Devenir une zone occupée. Une terre colonisée.

C’est elles qu’il faut sauver. Et avec elles, ceux qu’elles veulent protéger de tout mal. De toute disparition. De toute éviction. Alors que les forces de Tel Aviv annoncent intensifier leur offensive terrestre, SOS chrétiens d’Orient, et tant d’autres, œuvrent à perpétuer notre promesse historique au Liban. Ce n’est pas de nos débats dont Beyrouth a besoin. C’est de notre charité.

 


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