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TU N’AURAS PAS MES ORANGES

Mon cousin Barnabé, qui est l’imprudence et le manque de discernement mêmes, a eu le malheur de proférer publiquement un de ces mots qu’il ne faut pas dire.

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TU N’AURAS PAS MES ORANGES

Les policiers présents, qui n’hésitent pas à employer, mais entre eux, des mots pareils, ont tardé à réagir. Mais il y avait là, dans cette assistance, un magistrat du bon syndicat. Son sang n’a fait qu’un tour, il a téléphoné au ministère de l’Éradication des Mots Inappropriés. L’offense était si grosse que ce ministère a réagi sur le champ. Ordre fut donné aux policiers d’arrêter le redoutable délinquant. Barnabé fut menotté, emmené à toute trombe dans l’assourdissement des sirènes déchaînées au Tribunal où il comparut en flagrant délit.

J’étais là, je me fis tout petit, je me faufilai, je passai à peu près inaperçu et je réussis à lui dire deux mots et même un peu plus. Je lui dis donc :

– Regrette ! Regrette ! Proclame que tu as honte ! Que ce mot t’a échappé, que tu n’avais pas conscience que tu l’employais. Ajoute que tu penses énormément aux victimes, que tu leur demandes pardon, que tu mets devant elles un genou en terre. Il serait même bon que tu chiales un petit coup.

– Ce serait mentir ! clama Barnabé, soudain tout raide.

– Mais mentir pour la bonne cause, c’est très bien. Regarde nos très chers Élus, ils mentent tranquillement. Ce sont des références, imite-les.

– Mon honneur ! clama de nouveau Barnabé, encore plus raide.

– Ton honneur ! fis-je, en laissant échapper un filet de salive dédaigneux. Tu crois encore à ces vieilleries !

Bref, Barnabé n’en démordit pas. Il maintint effrontément devant le Tribunal indigné le mot en question. Le délibéré fut très court : Barnabé écopa de quelques années au frais, où il aura le plaisir de se faire tabasser par quelques bons citoyens, fiers auteurs de cambriolages, de trafics et d’assassinats. Ah, le salaud, je ne lui apporterai pas d’oranges.

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