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Valls va-t-il s’en sortir ? [PRIVE]

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Valls va-t-il s’en sortir ? [PRIVE]

Manuel Valls a obtenu la confiance de l’Assemblée nationale le 16 septembre. Une confiance a minima qui ne règlera pas les problèmes du pays et qui réduit les marges de manœuvre d’un gouvernement coincé entre l’opposition et les frondeurs. La question se pose désormais : quel peut être l’avenir du Premier ministre ?

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La tradition républicaine veut que le chef de l’état remette au Premier ministre qui a occupé la fonction pendant six mois, la grand–croix de l’Ordre national du Mérite. La cérémonie devrait avoir lieu courant octobre. Encore faudrait-il que Manuel Valls soit toujours en poste… L’actuel chef du gouvernement doit faire feu de tout bois alors que le bateau prend l’eau de toute part. Son nouveau gouvernement à peine nommé, il a été contraint de désamorcer le cas Thomas Thévenoud, accusé de n’avoir pas payé ses impôts et ses loyers depuis belle lurette et d’avoir commis d’autres indélicatesses qui ont donné une image désastreuse du gouvernement et, par ricochet, du chef de l’état et de la France. À défaut de constituer un gouvernement de forts en thèmes, il a réussi à en exclure les forts en gueule. Mais pas les bras cassés. Et pour conduire à bien sa politique, il ne peut pas de séparer du premier d’entre eux : François Hollande. Pour cause, c’est le chef de l’état.

« Nullité »

Le président de la République a bien l’intention de rester à son poste malgré les rumeurs qui bruissent sur une possible démission. Inamovible jusqu’en mai 2017, il le conservera coûte que coûte, quitte à mener le pays à sa perte. Se rend-il seulement compte que son discrédit est tel que la seule façon de sortir par le haut de cette situation serait qu’il démissionnât ? Non, il s’obstine à se forger une piètre dimension internationale, totalement inutile pour le vulgum pecus, mais, en plus, il ne semble rien voir de la crise institutionnelle qu’il est en train d’alimenter. Comment avec un président de cet acabit, d’une telle « nullité » pourrait-on dire en paraphrasant Clemenceau à propos du gouvernement Viviani le 26 août 1914, Manuel Valls peut-il réussir à mener une politique cohérente ? L’autorité du chef de l’état, ce principe fondateur de la la Ve République, part en capilotade. Le chef de l’état n’est plus le guide de la Nation comme le général de Gaulle l’avait voulu en réalisant la constitution de 1958.

Le Premier ministre va donc mener sa barque tout seul, en s’appuyant sur la fragile majorité de gauche de l’Assemblée nationale. Une majorité encore plus fragile depuis que Thomas Thévenoud, exclu du PS, s’en ait allé siéger sur les rangs des non-inscrits. Manuel Valls sait ne plus pouvoir compter que sur 288 voix sûres. De toute façon, le député Thévenoud était opportunément absent de l’hémicycle le 16 septembre pour le vote de confiance. Le Premier ministre a obtenu cette confiance de l’Assemblée nationale avec 269 voix contre 244. Non seulement, il n’obtient pas la majorité absolue (fixée à 289) mais, de plus, il perd 37 voix par rapport au vote du 8 avril dernier qui lui avait donné 306 voix. D’absolue, la majorité est devenue relative.

Lâcher du lest

Ce vote de confiance qui frise la défiance, tout symbolique soit-il, permet à Manuel Valls de refermer une séquence plutôt difficile : départs d’Arnaud Montebourg, de Benoit Hamon et d’Aurélie Filippetti du gouvernement, sortie du livre de Valérie Trierweiler qui écorne sérieusement l’image de la gauche, épisode Thomas Thévenoud, chiffres catastrophiques du chômage…

Toute la question est de savoir s’il va pouvoir gouverner et durer de cette manière jusqu’en 2017. Dans l’absolu oui, puisque l’écart de voix, à l’Assemblée nationale, est encore en sa faveur. Il peut, moyennant quelques concessions, compter sur ses alliés du parti radical de gauche pour soutenir sa politique. Les 17 voix du groupe Radical, républicain, démocrate et progressiste (RRDP) ont d’ailleurs pesé très lourd dans la balance lors du vote du 16 septembre. Sans elles, Manuel Valls aurait été mis en minorité pour deux petites voix et aurait dû présenter sa démission. C’est parce que Manuel Valls a lâché du lest sur les petites retraites que les députés du PRG ont voté pour lui…

En réalité, la marge de manœuvre du Premier ministre est plus fragile qu’il n’y paraît. S’il a des adversaires à droite, il doit en plus compter sur ceux de gauche. Les fameux « frondeurs » issus de son propre parti politique ! Lors du vote de confiance, 32 socialistes se sont abstenus. Un affront dont il devra tenir compte à l’avenir même s’ils étaient encore plus nombreux (41) à refuser le pacte de responsabilité.

Petites combinazione

Les prochains mois vont voir revenir les petites combinazione et les arrangements de couloir entre amis. Tout cela fleure bon la IVe république et son régime des partis. Ce sera le retour du « donnant-donnant ». C’est tout ce qu’il reste à Manuel Valls pour gouverner « le bateau-ivre » du pays. Comme l’ont souligné certains commentateurs, « la majorité accorde au gouvernement une confiance que plus personne ne ressent. La démocratie sombre dans le mensonge »… La tâche sera d’autant plus ardue pour le chef du gouvernement que le Sénat vient de basculer à droite, ce qui va ralentir le train des réformes qu’il entend mettre en place.

Loin d’avoir gagné la partie, Manuel Valls n’a fait que gagner un peu de temps. Finira-t-il par démissionner, par jeter l’éponge, éreinté, usé par les sempiternelles négociations auxquelles il ne pourra pas échapper ? Car il ne lui manque que la dernière marche à franchir pour atteindre le sommet. C’est pourquoi, il lui faut aussi se préserver. Il connaît la « malédiction de Matignon » qui pèse sur les chefs de gouvernement en exercice. Aucun d’entre eux n’a réussi le trajet direct Matignon-Élysée. Aussi est-il tout à fait envisageable que Manuel Valls se « mette en réserve de la République » après les élections régionales prévues à la fin de l’année 2015. Il pourrait alors peaufiner son programme et se lancer dans la course à la présidentielle contre un François Hollande dont on voit mal comment il trouverait de quoi rebondir dans les sondages. Objectif 2017 pour Manuel Valls ? Pour le moment, il résiste. Lui-même l’a martelé pendant sa déclaration de politique générale : « Gouverner, c’est résister ; gouverner c’est tenir ». Oui mais, jusqu’où, jusqu’à quand ?

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