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LACTALIS. Pour en sortir, une seule voie : par le haut

Les prodigieux progrès de la médecine prolongent la vie dans des conditions souvent si dégradantes que l’on veut y voir une justification de l’euthanasie. Ils mènent aussi, on le sait, à éliminer les enfants à naître qui ne répondent pas aux critères requis. Aux deux bouts, la solution des problèmes est l’administration de la mort. Mutatis mutandis, la course à la croissance sans fin et au profit maximal conduit notre société à des impasses du même ordre. On n’en sortira que par le haut.

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LACTALIS. Pour en sortir, une seule voie : par le haut

On a longtemps cru qu’avec la mondialisation, l’efficacité des entreprises allait être de plus en plus liée à leur dimension. C’était le fameux big is beautiful : plus c’est gros, plus c’est beau… Consommation de masse et production de masse se sont alors prises par la main pour contraindre un nombre croissant d’entreprises, en contradiction avec leur vocation propre, à chercher à obtenir à tout prix des marchés de plus en plus larges dans un cadre de plus en plus international. La conquête de ces marchés est devenue une fin en soi, au détriment du souci de la qualité intrinsèque des produits.

CRITIQUE… DE LA « TAILLE CRITIQUE »

Elles se laissèrent obnubiler par la pseudo-nécessité de voir disparaître les droits de douane et les réglementations commerciales internationales. On sait comment la suppression progressive des protections douanières, si elle a eu des effets positifs sur le développement des échanges, a eu aussi des effets pervers : la destruction d’une part essentielle du tissu industriel français, avec les conséquences sociales que l’on connaît, en est l’illustration la plus parlante.

C’est ainsi qu’a finalement été affectée l’identité propre de nos entreprises : la loi du marché les poussant à rechercher à tout prix la « taille critique » censée maximiser leurs profits, elles ont ouvert leur capital à des intérêts financiers n’ayant plus rien à voir avec leur vocation, avec ce qui faisait leur âme.

Personne ne peut ignorer aujourd’hui les conséquences délétères pour le continent européen, et la France en particulier, de la financiarisation de l’économie mondiale. Que le pays qui en a été le plus violemment frappé soit celui de Platon, cette Grèce « où nous sommes nés » comme disait Thierry Maulnier, est un symbole qui a de quoi nous alarmer.

La fascination pour le libre-échange, qui prévaut encore dans les élites anglo-saxonnes et à l’Union européenne, relève de la croyance magique. Certes, sous la pression d’effets de retour au réel politique – dont l’élection de Donald Trump a été la plus caricaturale des manifestations –, la machine néo-libérale a dû lâcher du lest. Elle a dû notamment renoncer au fameux TAFTA, le projet de traité de libre-échange entre l’Union européenne et les États-Unis. On se rappelle le luxe de mesures de précaution quasi-militaires mises en œuvre pour protéger le secret des négociations. Rien n’y a fait : c’est l’évidente aberration du projet qui aura été l’instrument le plus efficace de son autodestruction.

LA MéTHODE ANESTHÉSIQUE

Le « système » a quand même réussi à se rattraper en faisant passer, en octobre 2016, le fameux CETA, ce traité libre-échangiste entre l’U.E. et le Canada. Dans la grande tradition du genre, il fait… 2344 pages ! Sa lecture est donc rendue pratiquement impossible à ceux-là même à qui il s’applique. Son objectif délibéré est de faire disparaître la quasi-totalité des barrières douanières entre les pays membres de l’U.E. et le Canada, et de permettre aux entreprises canadiennes de participer aux marchés publics européens et réciproquement. Dès que le projet fut connu, les critiques ont fusé. Les menaces qu’il faisait peser en particulier sur le secteur agro-alimentaire ont été vigoureusement dénoncées par de nombreux responsables politiques, écologistes en tête (en l’occurrence bien inspirés). Le risque le plus visible venait de la capacité donnée aux multinationales d’attaquer les États devant des instances arbitrales « indépendantes » : celles-ci auraient donc la capacité d’empêcher les États d’adopter des mesures législatives protectrices de leurs ressortissants. Devant le tollé, la machine technocratique a réagi en appliquant une de ses méthodes favorites pour faire passer les projets difficiles : l’enfumage. On noie le poisson dans une rhétorique lénifiante, systématiquement rassurante, faite de demi-concessions sur des points de détail, que l’on met en avant de manière à arrondir les pointes les plus saillantes. Et quand l’effet anesthésique est suffisant, c’est en douceur que le projet passe… en force. Ce qui fut le cas pour le CETA. C’est le moment de noter, au passage, une réalité inquiétante : à l’élection présidentielle de mai 2017, tous les candidats se sont élevés contre le CETA – sauf un qui, lui, l’a soutenu sans réserve : Emmanuel Macron.

Face à la vague néo-libérale qui a submergé la planète, on constate cependant – à l’encontre des convictions bien établies des élites politiques, économiques et financières – une résistance croissante des cultures d’entreprise nationales, particulièrement manifeste en Chine et dans toute l’Asie du sud-est. Ce qui ne manque pas d’ajouter un facteur de contradiction supplémentaire à un système déjà profondément déséquilibré.

Ce qui apparaît surtout, d’une manière concomitante, et là encore à l’étonnement désappointé de nos élites, c’est que le dépérissement attendu des États n’a pas eu lieu : ceux-ci apparaissent plus que jamais comme la seule planche de salut des naufragés du système.

RESPECTER LA SOUVERAINETé DES AUTRES – ET ASSUMER LA NôTRE

C’est ainsi que l’on prend peu à peu conscience que la seule possibilité de voir s’établir un ordre international stable passe par le respect de la souveraineté des États-nations. Il n’y a rien là d’une quelconque idéologie nationaliste. Il s’agit tout simplement de comprendre que dans le monde d’aujourd’hui, l’ordre du monde ne parviendra à s’établir d’une manière stable que s’il se fonde sur l’équilibre des nations. Or celui-ci implique le respect par tous les acteurs, publics ou privés, des souverainetés nationales. Que certains pays soient, plus que d’autres, portés à respecter les libertés et la dignité des personnes humaines est un fait. Il est légitime – c’est surtout vrai pour les chrétiens – de le regretter. Et même de le condamner. Mais surtout pas d’y voir une raison de remettre en cause la souveraineté de ces États.

Dans un monde où les cultures, en se rapprochant, ont révélé la profondeur de leurs différences, et où règne la plus grande divergence des valeurs et des intérêts respectifs, le droit international ne peut trouver d’autre fondement que le respect total de la souveraineté des États. Ce qui exclut la moindre tolérance à l’égard des multinationales qui, au nom de la maximisation de leurs profits, veulent s’affranchir, dans le champ international, de toute contrainte portant préjudice à leurs intérêts particuliers.

On voit bien la difficulté, pour des esprits totalement imprégnés de l’idéologie – non consciente car vécue comme une évidence – de l’uniformisation libérale mondiale, de sortir du cercle vicieux où ils se sont laissés enfermer. Sans doute leur est-ce pratiquement impossible tant qu’ils ne se seront pas heurtés de manière brutale au réel, tant que le politique ne se sera pas mis violemment en travers de leur route. Avec tout ce que cela pourra entraîner de peines, de souffrances et même, ce n’est que trop certain, de tragédies humaines.

Mais il n’y a pas de fatalité. Affirmons sans cesse l’impérieuse nécessité de sortir du cercle vicieux. On ne pourra en sortir que par le haut. Notre société ne peut plus tolérer le grand dérapage vers le vide qu’elle subit. Elle doit retrouver ses racines et ses finalités, reprendre son destin en main, redécouvrir la primauté du politique sur l’économique, et la priorité du politique dans l’action. Pour les Français, cela signifie redonner à l’État la volonté de vivre dans l’indépendance et la liberté d’action. C’est-à-dire refuser la soumission.

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