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Dans le regard de Valérie Pécresse

Ainsi donc c’est Pécresse. « C’est mon tour », déclare celle qui se définit comme « 2/3 Merkel 1/3 Thatcher », autrement dit comme 100% psychorigide, car bien malin qui saurait distinguer sur ce point entre Mutti et la Dame de fer.

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Dans le regard de Valérie Pécresse

Comme ses icônes, Valérie Pécresse est de ces gens dont le regard dément en permanence les mimiques. Qu’elle sourie, comme le lui impose la communication politique, ce n’est jamais que les lèvres pincées, et l’œil reste froid. Inquisiteur, son regard pèse et soupèse, comme si une sourde inquiétude la travaillait devant chaque nouvel interlocuteur. Pas seulement celle, toute politique, de savoir si ce dernier vient en ami et si elle pourra compter sur lui. Non, celle d’une personne qui cherche en permanence à savoir ce que l’autre pense d’elle : l’estime-t-il assez ? 

Car le seul moment où l’accord semble se faire entre le visage et les yeux, le seul où transparaît chez cette femme une sorte d’émotion, c’est quand elle parle d’elle. C’est quand sa fausse modestie la pousse à dire qu’elle n’a jamais été major de ses promotions ou de ses concours, pour mieux indiquer qu’elle en est toujours sortie dans la botte. Elle qui, présentant au lendemain de son investiture comme candidate à l’élection présidentielle ses photos de famille dans une presse amie, pour prétendre ainsi « briser l’armure », en profite seulement pour préciser qu’enfant prodige elle a sauté… une classe de maternelle ! 

Sonner crédible…

Face à la foule réunie l’écouter dans son premier meeting électoral, la présidente du conseil régional d’Île de France se comporte comme s’il s’agit de faire voter un addenda au budget de la collectivité. Ce n’est plus le regard qui la trahit cette fois, c’est la voix. Ses envolées, qui se voudraient motivantes, voire « inspirantes », comme on dit maintenant à Paris, tombent systématiquement à plat tant les tonalités du discours passent d’un neutre bien fade à un outré hors de propos, sans jamais « sonner » crédibles. On sent physiquement combien cette confrontation avec des gens qu’elle méprise n’est jamais pour elle qu’un exercice pénible, une figure imposée à laquelle elle ne peut se soustraire. Jacques Chirac, son mentor, pseudo-maquignon mais vrai politique, ou Emmanuel Macron, homme de théâtre, savaient faire croire aux gens qu’ils les appréciaient. Pas elle. Aucune chaleur, aucune empathie ici, seul ce visible ennui qui transparaît à chaque instant d’avoir à quémander un soutien pour exercer un pouvoir auquel elle estime avoir droit de toute éternité. « C’est mon tour »…

Certes, un homme politique se doit sans doute d’avoir une haute idée de lui-même et de son destin. Certes aussi, il se doit de garder ses distances d’avec ceux qui l’entourent pour conserver son indépendance, comme de maintenir la verticalité du pouvoir ou d’éviter l’émotionnel. Il peut même lui arriver d’avoir des termes durs pour ses contemporains. Mais c’est alors parce qu’il estime que ses derniers ne sont pas à la hauteur des projets qu’il porte pour la nation tout entière, et non parce qu’ils ne reconnaîtraient qu’insuffisamment ses éminentes qualités. 

« Quand je me regarde je m’inquiète, quand je me compare je me rassure », aurait dit Talleyrand. Valérie Pécresse, qui ne se regarde jamais, ne cesse de se comparer. Et à cause de cela ne sera sans doute jamais vraiment « Libre ! », pour reprendre le nom du parti qu’elle fonda. Un cri rageur ou désespéré, on ne sait.

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