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Le père de Johanna

Macron n’en finit pas de mourir publiquement, entre son discours grotesque de Bornes-les-Mimosas et ses injonctions pitoyables de défendre son bilan, entre les biceps affichés à la Une de Paris Match et l’annonce émerveillée d’un parc d’attraction saoudien consacré à Dragon Ball.

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Le père de Johanna

Il ne lui suffit pas d’avoir ruiné la France, financièrement, diplomatiquement, moralement, il faut encore qu’il l’achève en l’assassinant lentement à coups répétés de phrases inspirées par un orgueil malade et de boules puantes à retardement. Enfiévrés par son bel exemple, ses anciens ministres prétendent tous, ou presque, à la mandature suprême avec la solide assurance de ceux qui se sont trompés dans les règles républicaines et peuvent compter qu’aucun journaliste républicain digne de ce nom ne leur rappellera leurs bilans respectifs – et républicains –, sur lesquels ils mentent, d’ailleurs, de manière assez républicaine. D’un côté, le président, qui se promène dans le pays et le monde comme un poivrot qui continue de faire bruyamment la fête tout seul en exaspérant les voisins, de l’autre Attal, Retailleau, Cazeneuve et Philippe, qui traînent avec eux, dans leurs déclarations fracassantes et ampoulées, comme l’odeur suffocante des décharges publiques surchauffées par la canicule et les incendies. D’un côté ça braille, de l’autre ça pue.

Commission nationale de contrôle de la campagne électorale en vue de l’élection présidentielle (CNCCEP – oui, ça existe)

Il y a bien sûr tous les autres candidats, proto-candidats, crypto-candidats et méta-candidats, de Villepin à Arthaud en passant par Royal, Bertrand ! et Francis Lalanne. J’attends avec impatience de lire leurs professions de foi officielles traduites en langage Facile A Lire et à Comprendre (FALC [le « A » et le « à » sont garantis d’origine]) bientôt mises en ligne par la Commission nationale de contrôle de la campagne électorale en vue de l’élection présidentielle (CNCCEP – oui, ça existe, et ça met en ligne les professions de foi politiques des candidats traduites en FALC), ça sera croquignolet. Mais comme chaque candidature n’est là que pour assurer aux petits producteurs politiques une part du marché légal, iront-ils jusqu’au recueil des signatures ? La plupart sont déjà en train de négocier pour un maroquin (Darmanin a été si bon qu’il serait dommage que Philippe s’en prive), un poste à la Cour des comptes, la direction d’une fondation, voire un poste d’ambassadeur thématique « pour la santé mondiale », « délégué aux investissements internationaux », « pour la co­opération internationale dans le domaine du patrimoine » ?… Macron a beau avoir placé tout ce qu’il a pu là où le PS n’avait pas encore réussi à recaser ses militants, il doit rester quelques dizaines de places, c’est la seule chose qui ne manque pas en France et l’assiette au beurre s’élargit proportionnellement aux assiettes fiscales.

Pourquoi autopsier un mort de la canicule dans un pays qui vient de voter l’euthanasie ?

Entre deux haut-le-cœur, on tâche de se réjouir : une astronaute française joue les plombiers-électriciens dans l’espace, l’Islande a envoyé paître l’Union européenne et les sapeurs-pompiers volontaires peuvent valider jusqu’à trois trimestres de retraite supplémentaires. Elle est pas belle, la vie ? Bon, à côté, la morgue de Garches est surchargée et les cadavres morts de la canicule attendent d’être autopsiés. « Non, l’autopsie de votre père n’est pas programmée. » répond depuis plusieurs semaines à Johanna, chaque jour, la standardiste de l’Institut médico-légal de Garches (Le Parisien). Pourquoi autopsier un mort de la canicule dans un pays qui vient de voter l’euthanasie sans qu’aucun proche puisse s’y opposer et sans double contrôle médical ? On ne sait pas. C’est la Loi. C’est le règlement. C’est comme ça. Il y a six ans, quand on mourait du Covid à l’hôpital, les corps partaient à l’incinération, avec tous leurs effets personnels, sans que leurs enfants aient eu le droit de leur dire au revoir. Aujourd’hui, ils s’entassent en attendant qu’un examen inutile vienne enfin les rendre à leur famille. La République se moque de leur douleur et préfère consacrer son argent à surveiller les sorties en jet-ski du président Macron (il avait fait construire une piscine au fort de Brégançon prétendument pour éviter les frais de surveillance puisque des vedettes accompagnent ses exploits). Ce n’est rien, ce n’est que le père de Johanna, ce n’est que la dépouille d’un Français dont Macron ne peut rien tirer contrairement à d’autres cadavres.

 


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