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SOUVENIR DE JULES

Nous étions en seconde, je crois.

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SOUVENIR DE JULES

Nous débarqua un nouveau prof, qui nous déclara illico presto : « L’an passé, j’étais à Bordeaux, on me lançait des porte-plume à la figure. Cette année, ça ne se passera pas comme ça, je ne laisserai rien passer, je serai inflexible. » Évidemment, il se fit illico prestissimo chahuter. D’abord, comme il avait commencé son cours en nous parlant de Jules César, nous le baptisâmes Jules César, réduit bientôt à Jules, ce que nous lui fîmes savoir en pleine figure. Puis, comme il venait au lycée juché sur un vélo antique, qui avait appartenu, selon un de nos condisciples plein de science, à Maurice Garin, vainqueur du tour de France 1903, et qu’en conséquence il portait un de ces casques en cuir qui protégeait son crâne précocement chauve (il n’avait que vingt-cinq ans, ce que nous apprîmes en lui chipant sa carte d’identité dans sa veste, qu’il avait laissée traîner sur le coin du bureau, un jour de grande chaleur d’octobre) et nous lui chipâmes aussi ce casque avec lequel nous jouâmes, dans la classe, au rugby. Il y eut des chœurs rivaux (les uns wagnériens, les autres adeptes de Lionel Hampton), à qui projetterait la plus grande intensité de son. Le surgé survenait, ramenait le calme, repartait en haussant les épaules et en riant dans sa moustache et son petit œil plissé, sachant bien que dès qu’il aurait le dos tourné, le vacarme reprendrait. Bref, Jules ignorait le b a ba du métier de professeur, à savoir que l’autorité ne doit surtout pas « s’autoproclamer », elle doit paraître évidente, aller de soi, être indiscutable.

Ce que les hommes politiques apparemment ne savent pas. L’un hurla qu’il allait « karchériser » les banlieues. Évidemment, il ne karchérisa rien et fut chahuté aux élections suivantes. Un autre, beaucoup plus récent, dit à qui veut l’entendre qu’il tient un « discours de fermeté ». Il sera chahuté.

 

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