Voilà, tel que dépeint par Michel Onfray, un Proudhon dont l’anarchie, sans le désordre, pourrait emporter… positivement notre adhésion.
Le personnage, rustre, atrabilaire, mégalomane et orgueilleux, ne fut pourtant pas des plus faciles à vivre. Il reste que son anarchisme, loin de celui, égotiste, régressif et nihiliste de Max Stirner, négatif et sanguinaire de Bakounine, violent et immoral de Ravachol, licencieux et pervers de Cohn-Bendit, eût pu vacciner durablement notre pays du marxisme s’il avait été moins brouillon, archipélagique, contradictoire, en un mot plus limpide et percutant. C’est que, comme le souligne son biographe à de nombreuses reprises, il a écrit « d’incroyables pavés qui intimident ou rebutent le lecteur le plus amical. […] La prose de cet anarchiste [autodidacte] se révèle, hélas, anarchique. » Le grand mot qui caractérise le Bisontin est celui de « JUSTICE » en majuscules. La part d’idéalisme qui l’habite n’y est guère négligeable et l’on comprend qu’au pays de Descartes le socialisme (prétendument) scientifique de Marx et de ses successeurs ait durablement supplanté les nuées romantiques de l’anarchiste Proudhon, bien que sa pensée ne manque pas de charme ni d’intérêt. Son fédéralisme mutuelliste, organique, décentralisé, communaliste, participatif, subsidiariste et antitotalitaire – parce qu’authentiquement libertaire – fait de l’anarchie une véritable révolution, soit le retour à un fameux régime réputé ancien. L’on ne sera pas étonné que les maurrassiens aient été séduits, Valois en tête, par l’auteur de Qu’est-ce que la propriété ? – lors même que le Cercle éponyme fera long feu. Quoi qu’il en soit, à l’heure où les sectateurs de Mélenchon semblent vouloir embraser le pays, la fréquentation du « philosophe-prolétaire » s’impose d’évidence.
Michel Onfray, L’anarchie positive. Du bon usage de Proudhon. Plon, 2026, 542 p., 22,90€

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