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Monsieur Vincent ou la conscience du royaume [PM]

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Monsieur Vincent ou la conscience du royaume [PM]

Comment un petit prêtre gascon imposa-t-il aux plus hauts sommets de l’État son exigeante vision de la charité ? C’est à ce mystère de la vocation de Vincent de Paul que Marie-Joëlle Guillaume répond à travers une biographie faisant la part belle au contexte du « premier XVIIe siècle ».

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Depuis un siècle environ, la personnalité de Vincent exaspère, jusque dans les milieux catholiques : trop de ferveur, d’œuvres, de dévouement, d’exigences, d’héroïsme. Ses biographes modernes se sont acharnés à briser la statue. Tout cela procédait du grand mouvement de remise en cause qui précéda et suivit Vatican II mais qui, à force de contester à plaisir, jeta le trouble dans les âmes des fidèles, avec les résultats que l’on sait. Marie-Joëlle Guillaume, c’est l’un des mérites de son livre, n’entre pas dans ce jeu.

On ne naît pas saint, on le devient. Cette évidence consolante fut parfois oubliée par les hagiographes. Fils d’un « capcazalier », petit propriétaire rural touchant à la noblesse, Jean Depaul, et de Bertrande Demoras, d’une famille de robe, Vincent est né à Pouy, à une lieue de Dax, à Pâques 1581. Sa famille n’est pas riche mais, respectée, elle a des appuis, assez, notamment dans l’Église, pour que ses parents orientent Vincent, cadet, vers la prêtrise et ses bénéfices. Nulle vocation personnelle dans ce choix. Le garçon fait de belles études, brigue sans vergogne, est ordonné en septembre 1600, à dix-neuf ans, en violation du droit canon, se voit évêque. Rien d’édifiant dans ce parcours. Est-ce assez pour imaginer qu’il ait voulu, en inventant un roman, cacher un épisode inavouable de sa vie ? Certains s’y sont risqués, pas Marie-Joëlle Guillaume. À l’été 1607, Vincent, rentrant de Marseille où il réglait des affaires, emprunte la voie maritime. Le navire est pris par des Barbaresques, ses passagers conduits à Tunis et vendus au marché aux esclaves. L’abbé Depaul, qui a tu sa qualité de prêtre, échoie à un renégat chrétien ; celui-ci regagne la France en 1607, avec Vincent qui, ensuite, fera tout pour cacher cette période de sa vie, non qu’il l’ait inventée mais par honte de s’être dérobé à la possibilité du martyre, remords rendu plus cuisant, dans l’intervalle, en raison de l’implantation de ses œuvres en terres musulmanes et des risques pris par les Pères de la Mission …

La révélation

Cette mésaventure lui vaut un séjour romain, et une mission auprès d’Henri IV. Le jeune homme n’a pas renoncé à réussir. Une place d’aumônier de la reine Margot le persuade de toucher au but. Las, peu après, Vincent est accusé, à tort, d’avoir dérobé de l’argent à son logeur. Tel est le vrai tournant de sa vie. Innocent de ce vol, il renonce à se disculper et « souffre patiemment » les avanies qui s’ensuivent, jusqu’à ce que le vrai coupable, arrêté, finisse par avouer. Il sort de l’épreuve intimement purifié, délivré des ambitions, prêt à abandonner à Dieu la suite de sa carrière. Une nuit de la foi traversée ensuite, ultime obstacle entre lui et les desseins divins, ne vient pas à bout de sa confiance, que soutient sa rencontre avec Bérulle, fondateur de l’Oratoire auquel Vincent s’agrège sans jamais en faire réellement partie. Bérulle, en 1612, l’écarte des tentations de vaine gloire et lui obtient la cure de Clichy, avant de le faire nommer, six mois plus tard, précepteur des enfants Gondi. Vincent, qui accepte ce poste à rechigne-cœur, ignore que l’appui de l’amiral des galères et de sa femme changeront sa vie.

Marie-Joëlle Guillaume rend leur juste place à M. et Mme de Gondi. Si elle est dévorée de scrupules et s’accroche à Vincent comme à une bouée de sauvetage, s’il est prisonnier du code d’honneur de son monde, les Gondi sont d’abord de grands chrétiens désireux de se sauver et de sauver les autres. Quand Vincent les intéressera à ses projets, leur découvrira la misère matérielle, morale et spirituelle qui les entoure, ils ne se déroberont pas et l’aideront de tout leur pouvoir. Sans eux, Vincent n’aurait pas les moyens de ses premières œuvres, qu’il s’agisse de la fondation des Charités, mouvement paroissial d’aide aux pauvres, malades, vieillards, abandonnés, initié à Châtillon-les-Dombes en 1617, des débuts de la Mission pour évangéliser les campagnes abandonnées à un clergé ignorant, puis réformer ce clergé en offrant aux jeunes prêtres une véritable formation grâce à des retraites ou des séminaires, de la prise en charge des galériens, lie de la société privée de tout secours.

Tâche titanesque face à des besoins que la dureté des temps, les révoltes paysannes, les débuts de la Guerre de Trente ans multiplieront. S’y ajouteront l’assistance aux enfants trouvés, la plus emblématique des fondations vincentiennes, l’assistance aux populations sinistrées par les conflits armés, le secours aux captifs des musulmans, le soutien aux catholiques irlandais, écossais et anglais persécutés par Cromwell. Vincent ne saurait y suffire. Ce sera son génie de savoir, pour l’aider, réunir les bonnes volontés les plus nombreuses et les plus improbables.

Marie-Joëlle Guillaume lui attribue un charme irrésistible. Elle a raison si l’on en juge par le nombre et la qualité des amitiés qu’il nouera. François de Sales, Jeanne de Chantal, Louise de Marillac, cofondatrice des Filles de la Charité, Olier, Renty sont les plus connus ; il faut y ajouter des figures auxquelles la biographe rend leur vraie place : Mme d’Aiguillon, nièce de Richelieu, Isabelle de Faÿ, Mme Fouquet, mère de l’intendant des Finances, les Lamoignon mère et fille, pour n’en citer que quelques-unes mais aussi la plupart des grands évêques français de la Contre-Réforme, et Richelieu, et Mazarin qui appuieront l’œuvre de Vincent.

Louis XIII appellera Vincent à son lit de mort

Derrière les ministres, il y a le couple royal. Louis XIII appellera Vincent à son lit de mort, la reine Anne s’en souviendra qui fera entrer M. Depaul au Conseil de Conscience, où se décident toutes les questions religieuses du royaume, à commencer par les nominations épiscopales. Ce choix fera de lui l’une des chevilles ouvrières de la mise en application sur le terrain des consignes du concile de Trente. Monsieur Vincent tentera aussi de jouer un rôle d’apaisement dans les commencements de la crise janséniste. Cette influence n’est pas sans faire des jaloux ; les cabales ecclésiastiques ou parlementaires ne manqueront pas contre un homme soupçonné d’empiéter sur des prérogatives et des avantages dont il se moque, mais elle s’étendra à la fin bien au-delà des frontières françaises. Christine de France, sœur de Louis XIII, est l’une des premières à réclamer l’envoi des Missionnaires et des Filles de la Charité à Turin, imitée plus tard par Marie de Gonzague devenue reine de Pologne.

C’est un aspect remarquable de l’aventure de Vincent que la place tenue par les femmes. Marie-Joëlle Guillaume l’affirme : on n’ose imaginer ce qu’il fût advenu de l’entreprise sans elles. Le fondateur le savait. Lui qui se montrait, dans ses rapports avec le sexe faible, d’une prudence exemplaire, tenait cependant ses collaboratrices en très haute estime. Il leur accorda un rôle et des fonctions qu’il n’était pas d’usage alors de leur donner. Il le soulignait, rappelant que, depuis la suppression des diaconesses, l’Église laissait peu d’importance aux femmes. Dans son idée, les Dames de la Charité représentaient un premier essai de reconquête et il exigeait d’elles qu’elles fussent à la hauteur de l’enjeu.

Cela ne fait pas de lui un précurseur des dérives post-conciliaires. Car, Marie-Joëlle Guillaume le souligne, rien n’eût existé si Vincent et ceux qui l’entouraient n’avaient vécu d’abord et avant tout des sacrements, de la messe, de l’Eucharistie et de l’oraison. L’époque, il est vrai, s’y prêtait. On y péchait autant que de nos jours, on était capable de crimes inouïs. Cependant, les âmes conservaient, quand elles transgressaient les lois de Dieu, la certitude, devenue intolérable à nos contemporains, de mal faire et d’encourir la damnation. C’est pourquoi les pécheurs, s’ils décidaient de se repentir, se jetaient dans le bien et sur les voies de la sainteté avec la même fougue qu’ils avaient employée à se perdre. Le xviie siècle fut celui des grandes conversions. Vincent de Paul ne fait pas exception.

Lorsqu’il s’éteint en la maison mère de la Mission, à Saint-Lazare, le 19 septembre 1660, six mois après Louise de Marillac, Vincent est déjà regardé comme un saint. L’Église confirmera cette ferveur populaire en 1737. Elle ne s’est jamais démentie depuis, pas même aux heures les plus sombres de la Terreur, puisque les reliques de Monsieur Vincent échappèrent au saccage de sa dernière demeure, respectées par les sacrilèges eux-mêmes.

A lire : Vincent de Paul, un saint au Grand Siècle, de Marie-Joëlle Guillaume, Perrin, 488 p., 25 euros.

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