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Mécénat culturel : l’appel au peuple

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Mécénat culturel : l’appel au peuple

La France s’est dotée en quelques années d’une législation extraordinairement favorable au mécénat. C’est très certainement l’une des plus performantes au monde.

Son pivot est, depuis 2003, la loi Aillagon sur le mécénat culturel. Entreprises et particuliers bénéficient de mécanismes d’incitation fiscale pour financer des restaurations, concourir à l’acquisition de « trésors nationaux », contribuer à la réalisation d’expositions. La culture coûte cher et les budgets publics ne peuvent, à l’évidence, y suffire. Et ce contexte favorable au mécénat n’est pas près de changer ; même à l’heure du « coup de rabot » sur les niches fiscales, prévu dans la prochaine loi de finances. Le mécénat culturel devrait, en dernière analyse, y échapper.

Veau gras et vaches sacrées

Loin de nous la tentation de critiquer cette excellence. A fortiori lorsque l’on constate, comme l’Admical (principal groupe de pression du secteur), que le mécénat culturel séduit sans doute moins que les actions philanthropiques au service de l’écologie ou du champ social. Pourtant, ce système n’est pas sans effet pervers. Il bénéficie principalement aux grandes institutions culturelles nationales, le Louvre, l’Opéra de Paris, la Bibliothèque nationale de France. Or, ces établissements publics pèsent déjà de façon forte sur le budget de l’état. Les sommes allouées à leur fonctionnement et à leurs projets sont à la mesure de leur gigantisme : BnF, 265 millions d’euros, Beaubourg, 126 millions d’euros, Louvre, 230 millions d’euros. Prisonniers de coûts de fonctionnements pharamineux et de budgets publics à la baisse, ils n’ont guère le choix. Afin de capter la manne en provenance du mécénat privé, nos grands établissements doivent se doter de structures de développement professionnalisées, par définition coûteuses. Le Louvre emploie à lui seul plusieurs dizaines de personnes à temps plein, profils jeunes, venus d’école de commerce et à la pointe du marketing.

L’appel au peuple

La dernière innovation en date consiste à faire appel au mécénat des particuliers de façon publique et très médiatisée afin de financer l’achat d’œuvres destinées à enrichir les collections nationales. Comme à l’habitude, c’est le Louvre qui s’est lancé le premier dans cette voie. Avec succès. C’est en 2010 l’achat par souscription publique des Trois Grâces de Lucas Cranach. Le grand Musée est parvenu en à peine un mois à mobiliser 7 200 donateurs particuliers et une dizaine d’entreprises, et à recueillir le million d’euros qui manquait pour financer l’acquisition. Depuis, les opérations de ce type tendent à se multiplier. La BNF recherche depuis cet été à financer l’achat d’un manuscrit enluminé pour un montant de 250 000 euros. Le titre de l’œuvre que la BNF souhaite aujourd’hui acquérir est, à lui seul, emblématique. Il s’agit du Livre d’Heure de Jeanne de France. Quiconque possède une once de fibre nationale ne peut rester insensible à l’idée que ce trésor puisse quitter la France.

La forme de ces appels patriotiques aux Français a de quoi surprendre. Il est bien rare dans un secteur culturel ouvert au relativisme, fortement mondialisé, de pincer la corde patriote, de faire vibrer l’orgueil national. Serait-ce, hypothèse gratuite, l’écho tout aussi lointain qu’inattendu du débat sur l’identité nationale ? Un aggiornamento dans la lignée du patriotisme économique ?

Que l’on se rassure, point de retour du refoulé nationaliste ou de coming out barrésien chez nos managers culturels.

Le patron d’un grand établissement culturel parisien, sollicité par une société d’amis pour l’achat d’une œuvre en mains privées, préconisait de recourir à l’appel au peuple. A son interlocuteur étonné du choix de cette méthode alors que des crédits d’acquisition étaient disponibles, il était répondu sans détour : « Cher ami, je n’ai pas besoin d’argent. J’ai besoin de publicité ».

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