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Louis XV, le roi mal-aimé

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Si Louis XV, au terme d’un règne de cinquante-neuf ans, avait perdu une grande part de la faveur publique, il ne méritait pas de passer à la postérité caricaturé comme il le fut. Trois siècles après son accession au trône, tirer un plus juste bilan de son règne s’impose.

A vues humaines, le duc d’Anjou, né le 15 février 1710, troisième fils du duc de Bourgogne et de Marie-Adélaïde de Savoie, n’avait en principe aucune chance de régner et certes pas à brève échéance. Une extraordinaire série de désastres allait pourtant, en quelques mois, faire de cet enfant l’unique héritier de la plus puissante dynastie du monde.

Les dernières années de Louis XIV se trouvèrent endeuillées, en effet, par les décès successifs de toute sa descendance masculine légitime. Ce fut d’abord, le 14 avril 1711, son fils, le Grand Dauphin, emporté par la variole ; puis, le 11 février 1712, la petite duchesse de Bourgogne, qui réjouissait la vieillesse du Roi-Soleil, succomba à la scarlatine, maladie qu’elle transmit à son époux ; il la rejoignit dans la tombe une semaine plus tard. La contagion s’étendit à leurs enfants. Le petit duc de Bretagne, nouveau Dauphin, ne survécut pas aux soins des médecins, et le duc d’Anjou, son cadet, allait connaître le même sort quand la gouvernante des enfants royaux, madame de Ventadour, l’arracha à ces cuistres et lui sauva la vie. « Je n’ai donc plus que vous. » murmura Louis XIV, penché sur cet arrière-petit-fils.

C’était vrai, du strict point de vue du droit et des lois de l’Église. En acceptant la couronne d’Espagne, le duc d’Anjou, autre fils du Grand Dauphin, avait juré sur l’évangile qu’il renonçait à toute prétention dynastique sur la France, choix dont il se mordait les doigts mais que son aïeul, lui, ne songea pas à remettre en cause. Quant aux fils qui lui restaient, Maine et Toulouse, ils étaient nés de ses amours adultères avec madame de Montespan et, quoique légitimés, ne pouvaient prétendre à la Couronne. Dans la déréliction de cette période sombre, alors que l’on s’interrogeait sur les chances de survie d’un dauphin de vingt mois, le Roi y songea pourtant et, au scandale général, déclara dynastes ses bâtards. Tout valait mieux qu’une guerre si jamais Philippe V osait contester les dispositions du traité d’Utrecht. Au demeurant, la couronne de France n’était pas menacée de déshérence. Restaient les Maisons d’Orléans, Condé et Conti pour éviter une mainmise étrangère sur le royaume.

Anjou survécut et, le 1er septembre 1715, Louis XIV mort, devint Louis XV. Son cousin Philippe d’Orléans assuma, jusqu’à son décès en décembre 1721, la régence. Le prince de Bourbon lui succéderait avec moins de talent, en attendant la majorité royale, au treizième anniversaire de l’enfant.

Mariage avec Marie Leszczynska
Le 25 octobre 1722, Louis fut sacré à Reims. Maintenant, il fallait le marier et assurer l’avenir de la dynastie. En fait, le jeune roi était de longue date fiancé à sa cousine, l’infante d’Espagne, élevée en France, mais celle-ci n’était pas d’âge nubile et donner un dauphin au royaume relevait de l’urgence. En 1725, nonobstant la fureur de Philippe V, Bourbon lui renvoya sa fille et se mit en quête d’une princesse susceptible d’être rapidement mère : Marie Leszczynska, fille de l’éphémère roi Stanislas de Pologne ; elle était douce, effacée, pieuse, et de sept ans l’aînée de son mari… Louis XV ne lui pardonna jamais tout à fait cette mésalliance mais lui fit consciencieusement dix enfants. Sur les dix, il n’y eut que deux garçons, dont le cadet ne vécut pas. Le roi en voulut à sa femme, qui n’en pouvait mais…

Au vrai, jusqu’en 1743, Louis XV, bien qu’étant entré à dix ans au Conseil, il eût acquis une grande maîtrise des affaires en même temps qu’une excellente culture, se reposa, pour l’essentiel des dossiers, sur son principal ministre, le cardinal de Fleury, qui lui avait servi de père. La disparition de celui-ci, fort vieux, marqua sa véritable prise de pouvoir. Il trouva le royaume en excellent état. Fleury avait, après l’épisode malheureux de Law et du papier monnaie, rétabli la stabilité monétaire et, du même coup, la confiance. La pression fiscale était l’une des plus faibles d’Europe, ce qui n’empêchait pas les Français de se plaindre, en dépit d’un climat de prospérité généralisée. Tout allait : récoltes, élevage, commerce, sciences, lettres.

La vie plus facile, les famines oubliées firent croître la population de près de deux millions en vingt ans, ce qui était remarquable. Fleury avait aussi travaillé à donner à la France les infrastructures qui lui manquaient : routes, ponts, canaux, ports, etc. se multipliaient, tandis que des enquêtes sur les besoins et moyens du pays donnaient, pour la première fois, une vue d’ensemble du royaume. D’Aguesseau, en charge des Sceaux, réformait la justice et tentait de mettre de l’ordre dans l’effarant maquis des coutumes locales.

Seule tache au tableau, Fleury avait engagé la France dans la guerre de succession d’Autriche, se rangeant du côté de ceux qui contestaient les droits de l’impératrice Marie-Thérèse. La victoire de Fontenoy, le 11 mai 1745, où le Roi s’exposa, n’amena cependant point la paix et celle qui fut conclue, en 1747, négociée « en roi et non en marchand », fâcha l’opinion car elle avantageait le roi de Prusse et ne rendait pas justice aux efforts consentis. Le conflit ouvert avec l’Angleterre rebondirait dès 1756 et se solderait, cette fois, au terme de la guerre de Sept Ans, par le désastreux traité de Paris, en 1763, qui arracherait à la France ses possessions des Indes et le Canada dont Voltaire assurait que « ses arpents de neige ne valaient pas le sang d’un soldat français ».

L’ennemi parlementaire
Mais c’était sur le théâtre intérieur que le roi s’attirait des haines. Et d’abord celles des Parlements. Toujours portés à défendre leurs propres intérêts en prétendant défendre ceux du peuple, les magistrats bloquaient par système tout projet de réforme et poursuivaient, de génération en génération, leur bras de fer avec la monarchie. Par esprit frondeur, la majorité des parlementaires parisiens étaient devenus jansénistes quand le jansénisme s’était éloigné de Rome et avait commencé à prêcher une doctrine contraire à la foi et au pouvoir royal. Toutes les mesures prises afin de mettre au pas ces perpétuels contestataires ne servaient qu’à les hérisser davantage.

C’est de leurs rangs que partirent les attaques les plus féroces contre Louis XV et les pamphlets qui dénonçaient ses mœurs privées, autrement dit ses maîtresses, lesquelles se succédaient depuis que la reine, vieillissante et accablée par les maternités, ne le satisfaisait plus. En quoi ces trublions rejoignaient le parti des dévots, qui appelait de ses vœux le règne du Dauphin, parfait produit d’une éducation fénelonienne. Blâmer l’influence de madame de Pompadour, à laquelle on prêta plus de pouvoir qu’elle n’en eut, ou s’indigner des soirées du Parc-aux-Cerfs, qui ne ressemblaient en rien à l’image scabreuse passée à la postérité, permettait de peindre Louis XV sous les traits d’un fanfaron de vice, ce qu’il n’était pas, tandis que ses opposants incarnaient, bien entendu, la vertu. Comment s’étonner si, après cela, un déséquilibré, Damiens, ancien domestique chez un parlementaire parisien, tenta, le 4 janvier 1757, de poignarder le Roi ?

Curieusement, ces mêmes parlementaires, que l’on pouvait soupçonner de n’être pas étrangers à cet attentat, mirent un zèle suspect à faire écarteler le régicide manqué, malgré les protestations de Louis XV, à peine égratigné, qui voulait le gracier.

La mort du Dauphin, victime de la tuberculose, en 1765, amena le Roi à réfléchir à l’avenir. Le futur Louis XVI avait onze ans, son aïeul craignait de ne pas avoir le temps de le former. Le renvoi des Parlements, s’il fit scandale, fut certainement l’acte le plus fort du règne : il libérait le jeune homme de leur intolérable poids. Louis XV ne pouvait prévoir que son petit-fils commettrait l’erreur de les rappeler sitôt arrivé au pouvoir…

La variole, le 10 mai 1774, précipita une succession encore fragile, et la Révolution. L’on oublierait que le feu roi avait enrichi la France de la Corse, Toul, Metz et Verdun, lui avait donné une prospérité et une renommée inégalées, porté les lettres et les arts à leur sommet. Rare injustice…

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