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Faut-il encore lire Henri Bosco ?

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Faut-il encore lire Henri Bosco ?

Dans le panthéon littéraire des écrivains de terroir, Henri Bosco tient une place singulière. Il est de la génération de Jean Giono mais semble plus oublié que lui. Il nous renvoie à nos lectures scolaires : L’Enfant et la rivière, calé dans la bibliothèque enfantine entre Le Lion de Kessel et Le Vieil homme et la Mer. On lui décerne, à la fin des années 1980, trois pages dans le Lagarde & Michard. Depuis lors, son œuvre est impitoyablement disséquée par les colloques mais son nom s’efface peu à peu de notre mémoire d’adulte.

Dans Henri Bosco, du Lubéron aux sommets de l’Olympe, Benoit Neiss nous dit qu’Henri Bosco naît à Avignon en 1888. Qu’il a grandi dans les faubourgs d’Avignon, au Mas du Gage, élevé par une nourrice Julie Jouve. Qu’il fut professeur de lettres, dix ans à Naples, puis quinze ans à Rabat, au Maroc, où il eut une intense activité littéraire. Il y fonda la revue Aguedal qui accueille, à partir de mai 1936 en feuilleton, la première version de L’Ane Culotte. C’est l’époque où l’Alliance française avait un vrai rayonnement culturel au Maghreb et sur tout le pourtour méditerranéen.

De toute cette vie passée à l’étranger, il ne reste pas grand-chose dans ses écrits, tant il restera marqué par les souvenirs de son enfance. Dans une dédicace à Benoit Neiss il écrit : « Ce qu’on a aimé dans son enfance, il faut le ressusciter un jour ou l’autre. C’est un devoir de gratitude. » Et Bosco, d’origine italienne, est aussi un Provençal enraciné : « Je me sens Français en tant que Provençal », écrit-il. Une Provence qui va d’Avignon à l’arrière-pays niçois, en passant par Lourmarin où il établira son bastion littéraire.

Bosco est avant tout poète et cela imprime sa prose : « la poésie se dégage aussi bien d’un petit récit populaire que d’un chant mystérieux » nous dit-il. Il a laissé quelques poésies écrites en italien, aux accents parfois apocalyptiques :

Lampeggia il ciel, e crollano le case
il diluvio, mi pare, e cominciato.

[Le ciel est plein d’éclairs, les maisons s’écroulent,
Le déluge, semble-t-il, est commencé]

Il adopte une écriture simple de contemplation sans filtre de la nature, mais qui permet aussi de toucher au mystère. Il a un don inné de conteur (comme souvent les provençaux), et un autre don qui est d’effleurer le mystère des éléments : la terre, l’eau, le feu. À la Provence truculente de Pagnol ou Daudet, Bosco préfère une Provence tellurique et parfois inquiétante.

Aussi L’Enfant et la Rivière n’est-il pas un récit pour collégiens. Sa qualité d’écriture et sa dimension de mystère en font une belle lecture de la maturité. Récit d’apprentissage, la fugue de Pascalet rend l’enfant ivre de liberté et d’amitié. La découverte de la rivière résume toutes les aventures dangereuses qui s’offrent aux enfants : « sous le silence de ces lieux étranges, à force de se taire, on finissait par percevoir comme la vibration sourde d’une vie indéfinissable ». La lecture de ce récit est peut-être la meilleure façon d’entrer sur la pointe des pieds dans l’univers d’Henri Bosco, avant de se plonger dans les romans majeurs, Malicroix et Le Mas Théotime.

Esotérisme et paganisme d’Henri Bosco

Henri Bosco découvrit à Rabat l’œuvre de René Guénon qui lui aurait ouvert les arcanes de l’ésotérisme oriental et de la mystique soufie. Cette attirance pour l’ésotérisme explique la part d’ombre de son œuvre, ses romans Un rameau dans la Nuit et Une ombre, justement, qui mettent en jeu une lutte des personnages avec les ténèbres, toujours en quête d’absolu. Il y a chez Bosco, comme le révèle son roman Le Récif, un mélange de paganisme et de christianisme. Dans l’émouvante émission Une vie, une œuvre, Henri Bosco (Radio France 2016) on retrouve la voix de l’écrivain. Il dit : « Je sens en moi la fusion entre paganisme et christianisme. Je me rallie au christianisme plutôt qu’au paganisme. Mais en tant que provençal, je sens en moi la fusion des deux. » En substance, il explique que le pourtour méditerranéen nous invite à participer aux deux : le côté sémitique (avec le christianisme) et de l’autre le côté grec, purement rationaliste. Et c’est l’unité des deux qui selon lui peut nous sauver. Néanmoins, Willy-Paul Romain, qui l’a bien connu au château de Lourmarin, témoigne qu’il était foncièrement catholique.

Le livre de Benoit Neiss, très accessible, nous permet de découvrir toutes les facettes d’un écrivain profond que nos études scolaires avaient, en leur temps, boudé. Par ce lien tellurique avec la nature, la lecture estivale de Bosco sera un puissant remède contre les avatars de la modernité.

 

Benoit Neiss, Henri Bosco du Luberon au mont de l’Olympe, Via Romana, 2024, 216 p. , 20 €.

 


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