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AMBITION

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AMBITION

Comme mon petit-fils prépare le concours d’entrée à Polytechnique, mon fils a sauté sur l’occasion et m’a dit : « Papa, fais comme lui, prépare ton concours d’entrée à l’EHPAD, 1ère année. Tu as beaucoup d’atouts pour réussir. » En effet, j’ai de l’arthrose, je monte lentement les escaliers, deux cents mètres de marche m’essoufflent, je tourne peu la tête à cause de mes vertèbres, je me suis cassé la canne à force de m’y appuyer. Je prends beaucoup de médicaments : un contre l’hypertension, un autre pour faciliter la digestion, un troisième pour faciliter le transfert des ingrédients non utilisés vers la fosse septique, un quatrième pour me permettre d’atterrir sans dommage dans les bras de Morphée. Bref, je suis un peu délabré. En plus de ça, je perds la boule : il m’est arrivé de croiser quelqu’un que je n’avais jamais vu et de ne pas le reconnaître et si je ne lui ai pas demandé son nom, c’était un début d’aphasie. Il m’arrive d’hésiter sur la date de la mort de François Hollande. J’entends mal : j’ai perçu « Néfertiti » pour « Va faire pipi ». Quand on fait l’addition de tout ça, mon dossier est bouclé, solide : je ne peux qu’être admis en EHPAD 1ère année avec les félicitations du jury. Maintenant, on sait que la 1ère année est plutôt ardue : la promiscuité, les rivalités sont éprouvantes ; les profs, appelés là-bas personnel soignant, ont des trucs, sans doute pour assurer la sélection et savoir où vous en êtes : par exemple, ils vous posent, à brûle-pourpoint, le grand sourire aux lèvres, des questions déstabilisantes du type : « Alors, on a bien fait caca, M. Alfred ? » Comme ils n’ont pas le temps, ils vous mettent des couches alors qu’on sait parfois se retenir, ils vous attachent pour que vous n’ayez pas l’idée de faire un tour, ils vous donnent quelques baffes si vous avez décroché votre bavoir avant d’avoir fini le pot de yaourt. La 1ère en EHPAD est plus difficile que la 1ère année de médecine ; très rares sont ceux qui arrivent en 2e année, les autres s’en vont avant.

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