Civilisation
Un antimoderne sidéral
Lovecraft, mort à Providence (sic), Rhode Island, en 1937, a imaginé Cthulhu, le Grand Ancien monstrueux, tapi au fond des océans au milieu des ruines cyclopéennes de la civilisation d’avant.
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Voir, comprendre et montrer : observer le monde, en rendre compte, qu’il s’agisse de dessiner la Coupe d’une tige fossile de fougère arborescente (Alfred Riocreux, v. 1872), vieille de 280 millions d’années, ou une Langouste admirable restituée dans tous ses détails en 2010, de photographier comme Nicolas Floc’h les fonds marins en Guadeloupe, en 2024 (avec des plantes qui sont peut-être des animaux) ou de sculpter comme Pompon un Ours blanc (1922) stylisé mais irréfutable.
L’exposition Artistes au Muséum revient sur tous ces trésors scientifiques et, mêlant planches naturalistes, peintures de genre et œuvres contemporaines (dont une ébouriffante collection de Portraits biologiques en grés porcelainique représentant l’action d’un champignon microscopique dégradant le plastique – Sarah Braeck, 2026), nous encourage à trouver la beauté artistique dans ce qui n’était qu’un document, et inversement à percevoir la part scientifique qui sous-tend l’œuvre d’art, au point de l’inspirer, comme le Douanier Rousseau imaginant des jungles à partir des animaux naturalisés du Muséum. Insistant un tantinet trop sur une réévaluation éthique de notre rapport au monde mais très riche en œuvres et en rapprochements intelligents, permettant de découvrir des œuvres méconnues et très rarement montrées, l’exposition réussit vraiment à croiser les approches et les regards sans jamais perdre de vue son objet : savoir rendre visible le vivant comme l’inanimé et révéler la beauté du vrai.
Artistes au Muséum. Muséum national d’Histoire naturelle, Paris, jusqu’au 7 mars 2027.
Illustration : Henri Coeylas, Au Muséum. Laboratoire de taxidermie. Reconstitution du « dronte ». 41904 MNHN (dépôt du CNAP)

Emile-Allain Séguy, Insectes, 1929. © MNHN.
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