Lovecraft, mort à Providence (sic), Rhode Island, en 1937, a imaginé Cthulhu, le Grand Ancien monstrueux, tapi au fond des océans au milieu des ruines cyclopéennes de la civilisation d’avant.
Cthulhu, hideux, gigantesque, inhumain, plus froid que le vide sidéral, plus indifférent à l’humanité qu’une roche pétrifiée il y a des milliards d’années. La détestation si profonde pour ses contemporains qui animait Lovecraft l’a amené à imaginer une mythologie hallucinée qui, si elle ne lui a apporté ni fortune ni renommée, a engendré un genre culturel particulier (et en tout cas inventé une nouvelle manière de décrire l’horreur de l’ordinaire) dont l’une des réussites les plus marquantes est la série de comics Hellboy, de Mike Mignola. Aristide Leucate, dont on connaît la grande culture et la curiosité jamais lassée, consacre à Lovecraft un essai intelligent où il revient sur toutes les composantes philosophiques et politiques de cet univers fantastique : détestant le romantisme, indifférent aux autres, païen et même athée par esthétisme mais invinciblement protestant (il ne cesse d’évoquer à mots couverts des cultes impies qui défieraient la description, très sûr effet de style, puissamment suggestif), antidémocrate et misanthrope, Lovecraft a un côté antimoderne réjouissant, sans pour autant emporter l’adhésion tant son univers paraît moins le fruit d’une réflexion qu’un constant effort pour échapper à lui-même. Lire Leucate permet de le (re)découvrir et de mieux apprécier son originalité littéraire.
Aristide Leucate, Lovecraft. La modernité en horreur. La Nouvelle Librairie, 2026, 94 p., 10 €

Politique Magazine existe uniquement car il est payé intégralement par ses lecteurs, sans aucun financement public. Dans la situation financière de la France, alors que tous les prix explosent, face à la concurrence des titres subventionnés par l’État républicain (des millions et des millions à des titres comme Libération, Le Monde, Télérama…), Politique Magazine, comme tous les médias dissidents, ne peut continuer à publier que grâce aux abonnements et aux dons de ses lecteurs, si modestes soient-ils. La rédaction vous remercie par avance. 