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LORSQUE La finance SUPPLANTE l’économie

Effondrement de l’économie, envol de la finance. Augmentation à titre individuel de la masse financière. Exaltation des sensations immédiates. Libre et instantanée circulation des capitaux. États simples intermédiaires. Asservissement consécutif des peuples.

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LORSQUE La finance SUPPLANTE l’économie

Depuis le début du mois d’août 2026, alors que la sécheresse compromet les récoltes, que le commerce international tourne au ralenti à cause du blocage du détroit d’Ormouz, alors que les États-Unis augmentent les droits de douane, alors que les forêts françaises brûlent, l’indice phare de la Bourse, le CAC 40, atteint des sommets qu’il n’avait jamais approché auparavant. L’économie s’effondre, la finance s’envole ! Pourtant, dans l’inconscient collectif – et jusqu’à un passé assez récent dans l’enseignement des universités – il existe une liaison : la Bourse est un indicateur fiable de la santé économique nationale. Comment expliquer cette anomalie ?

La finance ou l’inversion des règles économiques

Pour bien comprendre ce qui se joue actuellement et comment nos sociétés en sont transformées, il faut revenir à une présentation synthétique chère à Karl Marx : dans un système économique la circulation des biens et services se déroule selon le schéma marchandise-argent-marchandise alors que dans un système financier le schéma est inversé, argent-marchandise-argent ; ainsi, cette modification de perspective conduit à considérer que, de moyen, l’argent est devenu la fin. Mais cela est insuffisant. Dans le système économique chacun cherche à produire un bien utile à tous – pour qu’il soit vendable et rentable – afin d’obtenir en échange le pouvoir d’achat qui lui sera nécessaire pour acquérir auprès des autres un bien qui lui sera immédiatement utile. Ce système sous-entend donc une certaine interdépendance, une certaine solidarité qui, à l’échelon de la société, conduit à la poursuite du bien commun. À l’inverse, dans un système essentiellement financier le but poursuivi est l’augmentation à titre individuel de la masse financière – réelle ou virtuelle – dont chacun est officiellement titulaire. Le produit, intermédiaire, n’est plus recherché pour son utilité sociale mais pour sa capacité à engendrer des plus-values. Il en résulte que si dans un système économique la valeur d’un bien ou d’un service dépend essentiellement de son usage (utilité objective), dans un système financier c’est la valeur d’échange (utilité subjective, soumise aux variations des opinions manipulables) qui importe. Or si la valeur d’usage dépend des besoins, ce qui la rend relativement stable, la valeur d’échange résulte essentiellement du désir qui, lui, est volatil. Subsidiairement, dans un système économique la connaissance des qualités d’un produit et sa capacité à répondre aux attentes du client sont primordiales alors que dans un système financier ce qui compte est le prix et l’apparence. Le premier système favorise la présentation technique, qui suscite la réflexion, le second excite les sensations immédiates et renforce donc le pouvoir des agences publicitaires et des médias.

L’internationalisation de la finance

La libre circulation des hommes, des biens et des services que l’on rencontre dans les systèmes économiques libéraux – sur laquelle il y aurait beaucoup à dire – a été dépassée dans les systèmes financiers par la libre circulation des capitaux. Cette libre circulation des capitaux est devenue un vecteur important de l’internationalisation des marchés et surtout de leur accélération. Alors que la libre circulation des biens – et celle des services à la personne – suppose un certain délai, ne serait-ce que de fabrication et de livraison même en utilisant les techniques le plus modernes, celle des capitaux est aujourd’hui instantanée grâce à leur dématérialisation. Alors qu’il faut plusieurs jours à un bateau pour apporter en Europe un composant électronique fabriqué en Chine, les opérations de change monétaire peuvent être exécutées en moins d’une milliseconde. De plus en plus, alors que dans un système économique la monnaie est créée et gérée par la puissance publique, dans un système financier la monnaie peut être créée et gérée par des personnes privées ; c’est à cela que servent aussi bien les offres publiques d’échange (OPE) ou la titrisation que les cryptomonnaies…. On comprend dès lors que si dans un système économique la monnaie participe au bien commun, dans un système financier elle peut être exclusivement mise au service d’intérêts privés. Enfin, dans un système économique les échanges ont surtout lieu au comptant entre un producteur et un consommateur alors que dans un système financier les échanges ont lieu à terme et entre une foule d’intermédiaires.1 Les États eux-mêmes sont devenus de simples intermédiaires ainsi que le montrait le journal Les Échos du 5 août 2026 en expliquant que la part des importations dans les exportations représentait près de 20 % en France, 25 % en Allemagne et près de 50 % en Irlande. Les États revendent ce qu’ils n’ont pas produit. Ils ont en fait perdu toute souveraineté économique.

Le grand public ne peut pas s’en soucier facilement puisque si dans un système économique une création monétaire trop importante génère l’inflation des prix (et salaires), dans un système financier une telle création monétaire provoque l’envolée de la valeur des « actifs » financiers ainsi que le détournement, et finalement la spoliation, de l’épargne des ménages ; d’autant plus qu’en augmentant artificiellement les besoins des États, elle pousse à la hausse des impôts et des taxes. Pour couronner l’ensemble, un système financier, en favorisant la spéculation, entraîne une inadaptation de la valeur des biens immobiliers aux capacités des ménages et fait échapper les décisions stratégiques des entreprises à la volonté de ses propriétaires réels. En effet, dans un système économique, une société par actions appartient à ses actionnaires qui prennent eux-mêmes (collectivement) les décisions stratégiques ; c’est le rôle des assemblées générales devant qui les gestionnaires doivent rendre compte. Dans un système financier, les « investisseurs » ne participent plus à ces décisions, étant coupés de la vie de l’entreprise par ces intermédiaires que sont les fonds de pension et autres organismes de placement collectif. Ce qui intéresse ces intermédiaires, ce n’est plus la qualité du produit fabriqué et vendu, ce n’est pas l’utilité de la production, ce n’est pas la localisation des emplois, mais uniquement la valeur d’échange de l’action et son potentiel de plus-value financière à court terme.

Le grand remplacement

Fin juillet, le Financial Times a rapporté que Trump Media entendait facturer jusqu’à 100 000 $ par mois aux banques et aux sociétés de trading pour leur permettre d’accéder plus rapidement aux posts de Donald Trump sur Truth Social, avec une milliseconde d’avance sur les agences de presse et le grand public. « Le président Trump ne vend pas un délit d’initié, mais simplement la possibilité de placer ses ordres dans le bon sens… avant 99,9 % des intervenants. Une milliseconde, pour les systèmes d’intelligence artificielle qui analysent les communiqués publiés sous forme numérique et pour les systèmes de trading à haute fréquence, c’est presque une éternité. Une milliseconde plus tard, ceux qui n’auront pas payé se retrouveront comme un parieur tentant désespérément de changer ses mises à la roulette alors que le croupier vient de crier : « Rien ne va plus ! » Arriver une milliseconde trop tard, c’est déjà être en retard de plusieurs milliards de dollars de gains potentiels dans le grand casino boursier ! » Et les grands gagnants le devront à une faille juridique : monnayer un minuscule temps d’avance auprès d’une certaine catégorie d’opérateurs, pour une même donnée à caractère public, n’est pas considéré comme un délit. La loi de Gresham, chère aux économistes, est vérifiée dans ce cas encore : les mauvais spéculateurs chassent les bons investisseurs !

Plus grave : en ayant ainsi détourné des flux monétaires de plus en plus importants de l’économie vers la finance, ceux qui en bénéficient ont mis en place des systèmes de dérivation qui leur permettent de devenir à la fois les premiers consommateurs et les premiers producteurs du monde. Ils sont devenus plus puissants que la plupart des États et peuvent ainsi imposer leurs désidératas à l’ensemble des gouvernements qui croient ou font croire qu’ils seraient encore souverains. Quant au fameux « ruissellement » cher au président Macron il existe bien mais il ne concerne pas les citoyens, simples agents économiques, il concerne exclusivement les opérateurs financiers internationaux. Nous verrons ultérieurement que ce système, naturellement porté à des « opérations de cavalerie » et à la multiplication des « pyramides de Ponzi », est un outil extrêmement puissant pour aboutir à l’asservissement des peuples.

1. Un intermédiaire a toujours tendance à vouloir se rendre indispensable et rendre ainsi captifs tous ses clients, dût-il pour cela s’associer avec un petit nombre de semblables sous forme d’oligopoles : la banque pour les paiements, les fonds de pension et autres OPCVM pour les transactions financières, la grande distribution dans le commerce de détail, les médias dans l’information politique, les grands laboratoires dans la santé… Les économies d’échelle mises en avant pour justifier les concentrations de ces intermédiaires ne sont bien souvent qu’un prétexte.

 


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