Civilisation
Proudhon ou l’ordre libertaire
Voilà, tel que dépeint par Michel Onfray, un Proudhon dont l’anarchie, sans le désordre, pourrait emporter… positivement notre adhésion.
Article consultable sur https://politiquemagazine.fr
Les poursuites visant Michel Onfray après ses propos sur Bally Bagayoko relancent le débat sur l’antiracisme comme instrument de combat politique et sur ses racines intellectuelles françaises.
Une enquête a été ouverte par le parquet pour « injure publique » à caractère raciste, après que Michel Onfray a déclaré sur CNews, à propos de « l’allégeance » des agents municipaux invoquée par le nouveau maire de Saint-Denis, Bally Bagayoko : « On n’est pas dans une tribu primitive comme le décrit Darwin avec le mâle dominant qui décide. » L’intellectuel conteste l’accusation, au motif qu’il n’aurait « pas parlé de race » ni « de couleur de peau ». Le psychologue Jean Doridot et le philosophe Michel Onfray, sont donc mis en cause par le maire de Saint-Denis qui annonce porter plainte et souhaite un « grand rassemblement » pour lutter contre le racisme. On se souviendra cependant que l’arme de l’antiracisme fut d’abord utilisée par des blancs généralement socialistes comme arme politique pour casser la droite s’opposant à l’immigration et « inspirée » par Mitterrand. Julien Dray notamment, « inventeur » de SOS racisme et s’exprimant désormais sur CNews. Dans la foulée, plusieurs parlementaires annoncent saisir l’Arcom à la suite des propos tenus sur la chaine du groupe Bolloré. Bagayoko appelle quant à lui à la fermeture de CNews, on serait curieux de savoir ce qu’en pense le fondateur de SOS Racisme. L’antiracisme dégaine plus vite que son ombre et pourchasse le délit d’arrière-pensée, c’est une boîte de Pandore ouverte par la gauche, elle n’est pas près de se refermer.
Bounty, c’est-à-dire noir à l’extérieur, blanc à l’intérieur, soit un stéréotype visant des personnes noires et jugées par leurs pairs comme ayant adopté les comportements et les représentations considérés comme typiquement blancs. On peut penser que la stratégie critique d’Onfray n’est pas la bonne. En effet le personnage de Bagayoko est tout sauf sommaire, l’homme est intelligent et habile, totalement « acculturé français », il est plus proche de Franz Fanon et de Lénine que d’ Idi Amin Dada ou de Jean-Bedel Bokassa. Né le 31 juillet 1973 à Levallois-Perret, issu d’une famille malienne et cadre de la Régie autonome des transports parisiens de profession, il est adjoint des différents maires communistes de Saint-Denis de 2001 à 2020. Il est également conseiller général de la Seine-Saint-Denis ainsi que vice-président du département de 2008 à 2015.
Frantz Fanon est né le 20 juillet 1925 à Fort-de-France en Martinique. Son père est inspecteur des douanes et sa mère commerçante, issus de la petite-bourgeoisie métissée du territoire. En 1943, à 18 ans, Frantz rejoint les Forces françaises libres du général de Gaulle. Il écrit Peau noire, masques blancs, publié au Seuil en 1952.
L’influence indéniable de Frantz Fanon sur les courants de théorie et critique post-coloniale mondiale semble bien être l’inspiration du nouvel élu de Saint-Denis. Fanon s’appuie sur ses expériences d’étudiant et de médecin, ainsi que sur les témoignages littéraires contemporains (Senghor, Césaire) et les analyses de philosophes (Sartre, mais aussi Michel Leiris). Les Damnés de la terre est le dernier livre de Frantz Fanon, publié quelques jours avant sa mort aux Éditions Maspero en 1961. C’est en grande partie grâce à la préface rédigée par Jean-Paul Sartre que l’essai devint célèbre, car Sartre va plus loin que Fanon et justifie les attentats contre les civils, en Algérie. Écrit à un moment où les violences en Algérie sont le lot quotidien des populations locales, la justification du meurtre des Européens par Sartre sera par la suite abondamment reprise.
En 1967, après que Sartre a signé une pétition en faveur du droit d’Israël à se défendre (ce que dit aussi, 50 ans plus tard, Julien Dray) dans le cadre de la Guerre des Six Jours, la veuve de Frantz Fanon, Josie, qui est blanche et engagée en faveur du peuple palestinien, demande à François Maspero de retirer la préface des éditions futures du livre.
Mais Bagayoko, qu’on ne saurait réduire à sa négritude (Senghor dixit), a été cependant élu maire de Saint-Denis avec seulement 13 506 voix dans une ville de 149 000 habitants. Moins de 10 % des habitants. La participation est plus faible que la moyenne nationale (42, 84%). Surtout, à peine plus d’un tiers des habitants sont électeurs, ce qui est un signe du fort taux d’étrangers parmi les habitants. Lesquels sont encore dans l’indifférence aux scrutins démocratiques. Un communautarisme, « enkysté » dans une république fatiguée qui se met à ressembler à une Amérique dont plus d’une moitié de la population ne prend pas part au vote. Voilà « comment nous sommes devenus américains » (sous-titre de Civilisation, de Régis Debray, paru en 2017). Là est la question.
Politique Magazine existe uniquement car il est payé intégralement par ses lecteurs, sans aucun financement public. Dans la situation financière de la France, alors que tous les prix explosent, face à la concurrence des titres subventionnés par l’État républicain (des millions et des millions à des titres comme Libération, Le Monde, Télérama…), Politique Magazine, comme tous les médias dissidents, ne peut continuer à publier que grâce aux abonnements et aux dons de ses lecteurs, si modestes soient-ils. La rédaction vous remercie par avance.