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Trois siècles d’explorations

De Bougainville à bord de la Boudeuse, rapportant un baliste américain, naturalisé à plat, au colonel Sophie Adenot, actuellement dans la station spatiale internationale, cela fait trois siècles que la France et ses militaires explorent la terre, les mers et les airs, du plus profond au plus haut.

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Trois siècles d’explorations

Arpenter la planète, au sens littéral, pour dresser inlassablement des cartes et supprimer les terrae incognitae (une carte générale de la Nouvelle Hollande [Australie], de 1808, par Freycinet, révèle les noms français des seules côtes, l’intérieur des terres ne comportant qu’une mention : « Tropique du Capricorne »), rapporter des spécimens des faunes et des flores, rencontrer des peuples, parfois les soumettre, rêver de traverser le Sahara en chemin de fer (Mission du transafricain, janvier-novembre 1912, Capitaine Nieger), cartographier toute la région du lac Tchad (mission Tilho, Capitaine d’Infanterie coloniale, 1907-1908) et en rapporter une carte listant la végétation au nord du lac (« hyphènes, jujubiers, mimosas, hedjilidjs »), indiquant le « Terrain de parcours des Toubous soumis » jusqu’à Mao et précisant que « De Moll à Haddadé Monfaroua [la] végétation arborescente [est] assez dense dans le fond des oueds (talhas, sarahs, sakkoums, m’bourkat, serirs, siwaks) » ; ou encore, accompagnant La Pérouse, 100 000 échantillons de faune, plantes et minéraux et la description 2500 espèces décrites pour la première fois, Lesueur dessinant à l’aquarelle, sur des vélins, des émeux et un échidné. Louis-Anselme Longa peint Ghroufa, Ouerda et sa fille, Mauresques d’Alger, et Edmond Payen photographie en 1882, lors de la Mission scientifique du Cap Horn, Lajéif, Samakanika Kipa et Ouçilouchkoua, Fuégiennes quasi nues. Les listes de matériel des expéditions détaillent le nombre de « coupe-coupes Peugeot » (200, pour cent kilos) et les 300 mètres « d’étoffes pour drapeaux français ». On se croirait en plein Jules Verne, surtout avec le plan en coupe du bathyscaphe FNRS-3 (1954), d’autant plus que la dernière carte est la Carte de navigation astronomique de la mission franco-soviétique Premier Vol Habité (1982), myriade de points blancs sur fond noir qui servait (!) aux astronautes à se repérer pour photographier l’espace.

Une immense soif de découverte

On navigue aussi dans des histoires bien plus saumâtres, colonnes de pillards et d’assassins n’hésitant pas à s’entredéchirer entre Français (missions Voulet-Chanoine et Joalland-Meynier, Afrique, fin XIXe) ou mercantilisme un peu trop appuyé au XIXe. L’exposition insiste plus ou moins discrètement sur la rapacité européenne, questionne un peu lourdement les mentalités de l’époque en les confrontant à celles d’aujourd’hui (il manque sans doute, mais ce serait une autre exposition, de raconter la stupéfaction des Français (re)découvrant l’esclavage en Orient et en Afrique), mais ces points de vue contemporains ont eux aussi un mérite scientifique : considérer autrement les moissons documentaires rapportées, qu’il s’agisse des coléoptères algériens d’Hypolite Lucas (1839-1841), du Boubou attribué à Rabah, sultan du Bornou, « collecté selon des modalités inconnues par le capitaine Reibell suite au combat de Koussiéri du 22 avril 1900 », d’un couteau de jet de l’Oubangui-Chari (République centrafricaine, et dont on nous précise aussi que « les circonstances précises d’acquisition de ce couteau sont inconnues » : voir page 27 l’article d’O. d’Escombeau) ou du cercopithèque de Brazza, rapporté par Svorgnan de Brazza de sa mission dans l’Ouest-africain (1883-1885) : prêté par le Muséum d’Histoire Naturelle grâce à la ténacité des commissaires, c’est lui qui fonde la description de l’espèce.

L’exposition ne raconte, au bout du compte, que l’immense soif de découverte qui depuis trois siècles anime militaires et civils, les premiers moins sensibles que les seconds à l’appât du gain et utilisés pour leurs qualités d’organisateurs, leur dévouement, leur abnégation, même, leur volonté de servir leur pays. Les cartes, les mémoires, les maquettes, les animaux naturalisés, les armes, les uniformes, les gravures et même les conserves d’aubergines au parmesan de Ducasse (pour le CNES) ne disent qu’une chose : le monde est vaste et surprenant. Partez main dans la main avec ceux qui l’ont rendu familier sans cesser qu’il soit merveilleux.

 

Explorations : une affaire d’État ? Musée de l’Armée, jusqu’au 16 août 2026

Robert Gessain, Le Pourquoi Pas ? dans la baie de Tasiusak, 1934-1935, musée national de la Marine

 

 


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