La Ve République offre le curieux spectacle d’une Marianne ivre de fatigue, titubante, à la démarche ébrieuse, menant le cortège des vieilles haridelles socialistes exténuées, des canassons républicains fourbus, des carnes centristes usées jusqu’à la moëlle et autres navrant bidets blanchis sous l’écharpe.
On est assez loin du tableau de Delacroix La Liberté guidant le peuple. La mamelle est moins fière, le drapeau est une guenille, les « représentants du peuple » ne brandissent aucune arme mais des rapports du déontologue de l’Assemblée nationale assurant qu’ils profitent de leurs avantages en respectant strictement les règles floues qui les gouvernent.
Côté gauche, on imagine repeindre le monde aux couleurs d’un marxisme arc-en-ciel ignorant tout des réalités économiques et diplomatiques, un programme à usage des Français comme si la France était une île – ou plutôt un inselberg planté au cœur de l’Union européenne, désirable belvédère des droits de l’homme ruisselant de bienveillance sur un peuple délicatement lavé de toute tentation identitaire et désormais à l’abri de toute haine.
Côté droite, le troupeau des gens raisonnables – ceux qui ont réussi à transformer la France en entreprise déficitaire aux stocks dévastés envahis de désœuvrés violents à l’affut de quelque aubaine – s’abîme en de savants calculs électoraux, pesant avec les trébuchets les plus précis les déclarations ambigües et dessinant avec une précision maniaque les chemins les plus tortueux pour conserver le pouvoir sans l’assentiment du peuple.
À leurs côtés, les syndicats – et tous les autres « corps intermédiaires » qui ont décidé eux aussi de ne représenter qu’eux-mêmes et non pas le peuple qu’ils invoquent en permanence – rêvent de conserver tous les avantages acquis et d’en augmenter sans cesse l’étendue et la profondeur, sans se soucier du bien commun ni même de la durabilité du modèle social dans lequel ils sont embastillés. La République est en lambeaux, les partis s’en déchirent les pièces.