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Il ira jusqu’au bout

Donald Trump entretient avec un art consommé le suspense. À l’américaine. C’est évidemment voulu. Le procédé fait partie de sa panoplie guerrière.

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Il ira jusqu’au bout

À l’heure où s’écrivent ces lignes, il laisse entendre qu’il a bien l’intention d’intervenir en Iran. Manu militari c’est le cas de le dire. Mais comment ? Bombardements de toutes les infrastructures, en particulier électriques et pétrolières ? Corps expéditionnaires de troupes d’élite sur l’île de Kharg au fond du golfe Persique où s’écoule la production pétrolière iranienne, ou sur quelque autre parcelle stratégique du territoire ? Rien à ce jour de fin mars n’est précisé et, bien sûr, la décision est gardée secrète, si décision il y a. Et il y a bien, sûrement, décision ! La menace imminente en a bien été spécifiée, avec accumulation considérable dans la région du matériel correspondant et concentration des troupes requises. Remarquables d’efficacité, et connues comme telles ! De quoi faire pression et même davantage, surtout auprès des populations justement terrifiées, sinon auprès d’un État qui brave tous les périls sans se soucier des conséquences et dont tous les membres officiels sont supprimés par dizaines, maintenant par centaines, à tour de rôle, au fur et à mesure qu’ils sont désignés. Sans jamais céder ou reconsidérer la situation ! Le Mossad et les services américains font preuve depuis le début des hostilités de performances stupéfiantes, tant en Iran que face au Hamas et au Hezbollah avec des techniques foudroyantes et un espionnage de haute volée. D’ailleurs il ne doit pas être bon de se faire prendre quand on en fait partie.

Le président des États-Unis a répété qu’il ne lésinerait pas sur les moyens et que rien ne l’arrêterait s’il n’obtenait pas satisfaction sur l’ensemble de ses exigences, à date fixée, soit à ce jour le 6 avril, c’est-à-dire avant même que ces lignes ne puissent être publiées. Exercice difficile, donc, de chercher à anticiper les événements. À l’heure où paraîtront ces pages, l’échéance sera passée ! Donald Trump a bien expliqué, publiquement, avoir posé ses conditions en toute clarté sous peine d’exécution des mesures annoncées et les avoir fait connaître à qui de droit lors de discussions qu’il affirme avoir entamées et poursuivies avec « les » ou « des » autorités iraniennes qui auraient été habilitées à traiter avec les États-Unis, malgré les dénégations jusqu’à ce jour des structures officielles. Mais qu’est-ce à dire ? Des autorités pakistanaises seraient dans la course, allez voir ! À la vérité, plus personne ne sait où se trouve le pouvoir supposé légitime en Iran, ni même le pouvoir tout court s’il en existe encore un. Il y aurait bien, à cette heure précise, un guide suprême, fils du précédent, Mojtaba Khamenei, mais il est invisible et, semble-t-il, sérieusement amoché ; de même un président, Massoud Pezeshkian, un homme intelligent et cultivé – il y en a beaucoup en Iran – dont il est plus que probable qu’il souhaiterait, lui, avec Mohammad-Reza Aref, vice-président, un accord de compromis, mais qui, malheureusement dans cette république totalitaire comme dans toute république de ce genre, est sans réel pouvoir face à un Gholamhossein Mohseni Ejei, chef du système judiciaire, toujours violemment idéologique et systématiquement répressif, et face au Conseil des gardiens de la Constitution, l’entité chargée du conformisme islamique et politique. Surtout face au Corps des gardiens de la révolution islamique qui tiennent le pays, l’économie iranienne et qui auraient tout à perdre dans un changement de régime. Or, l’Iran est multiple et divers. Les Perses sont environnés de tribus irréductibles et irrédentes qui ne s’enracinent pas dans l’histoire mythique de l’Empire : Baloutches, Kurdes, Gilakis, Arabes, Turcs, Turkmènes, etc.

Crise mondiale, crise du régime en France, et crise financière

L’Iran n’a qu’une unité de façade qui ne tient depuis le départ du Shah que par la radicalité de sa révolution islamique qui n’est elle-même qu’un immense abus de pouvoir politique. Ce qui est le cas, il faut le dire, d’à peu près toutes les révolutions de par le monde ! Et d’abord de la française qui est l’exemple-type de toutes les révolutions qui ont ravagé le monde depuis deux cents ans, avec leurs millions de morts et leurs innombrables saccages. Et le régime révolutionnaire islamique est tout autant un totalitarisme idéologique qu’un système d’accaparement de la puissance publique, d’enrichissement indû, de fraude et de corruption. Il est difficile de dire que, là aussi, nous ne connaissons pas et que nous n’avons pas connu les mécanismes de pareil système, ni semblable dérive politique. D’ailleurs, faut-il préciser que la France et son régime républicain sont loin d’être étrangers, même dans son origine – Neauphle-le-Château ! – au régime islamique iranien, tel qu’il s’est installé et a fonctionné. Peut-être même s’il est permis de juger dans notre bel aujourd’hui l’évolution de nos institutions et de nos mœurs politiques, ce sera bientôt le tour de la France de ressembler de plus en plus à l’Iran des Mollahs. Les signes précurseurs ne manquent pas depuis quelque temps. La république islamique, d’allure mélenchonienne, s’installe en Seine-Saint-Denis, où c’est, pour ainsi dire, déjà fait, dans le Nord pareillement, et dans nombre d’autres quartiers qui n’ont pas encore revendiqué leur droit à l’autonomie et à la sécession. Mais ça ne peut que venir. Avec les prochaines élections, sans aucun doute. Après tout, nos bourgeois républicains l’auront bien voulu ! Et même cherché. Tout dans leur esprit, plutôt qu’un retour à la tradition nationale ! Qui risquerait de leur faire perdre leurs prébendes. Ils sont déjà prêts, l’année prochaine, aux élections présidentielles, qui les rendent tous fous, à voter au deuxième pour le candidat de l’islamo-gauchisme, ou sinon celui que l’islamo-gauchisme ralliera. Un Édouard Philippe, par exemple, sait qu’il peut passer au second tour grâce au report des voix, non seulement de gauche, mais de ce qu’on appelle l’ultragauche. Il fait donc bien attention. Comme Macron en 2017 et en 2022. L’accord est tacite, mais certain. Et qu’on le veuille ou non, cet accord de fond, même non dit, scelle une politique. Les choix de Macron ne s’expliquent pas autrement. Ce sera pire dans l’avenir. Quant au Rassemblement national, lui, il est prêt à n’importe quoi pour toujours mieux et plus se républicaniser. S’il s’imagine qu’il réussira ainsi, il se trompe de stratégie. Complètement ! Sur le long terme, sans aucun doute. Et ça se verra bientôt de manière de plus en plus claire. Non, la France n’est pas sortie de l’auberge islamo-gaucho-républicaine ! Et tout simplement républicano-républicaine, la cause de tous ses malheurs. Loin de là ! Les Français le sentiront et l’éprouveront tristement et de plus en plus ! La vérité, c’est que Macron se fout, comme son Lecornu, de ce genre de considérations, comme tous les politiciens qui ne pensent qu’à leur place et à leur prétendu avenir ! Avec des candidats qui s’imaginent tous que la France est faite pour eux et qu’ils sont faits pour la France. Quel régime idiot et abject ! Les Français vont souffrir – et ça commence déjà – moralement, politiquement, économiquement, financièrement. La crise mondiale, doublée de la crise du régime en France, et triplée de la crise financière qui s’annonce terrible, en particulier pour notre pays si mal géré depuis des décennies et surendetté, va s’abattre sur la France sans aucune sauvegarde. Aujourd’hui, c’est trois francs six sous d’aide pour les malheureux qui travaillent avec essence et gazole. Dérisoire !

Des discours, des déplacements, du tralala pour rien, c’est tout Macron

Cette apparente digression sur l’état de la France s’inscrit dans l’actualité. Cependant, il s’avère que l’État français ne peut plus rien dans le cours des événements qui le dépassent complètement. Le porte-avions Charles de Gaulle, accompagné de quelques frégates, six à disposition pour l’opération – la marine en possède une dizaine, plus quelques autres plus légères – et deux porte-hélicoptères amphibies – il y en a trois – constituent avec nos quelques sous-marins d’attaque – six en tout et pour tout, cinq en réalité ! – notre maigre et insuffisante flotte d’aujourd’hui, vu notre espace maritime et l’état actuel du monde. Les quatre SNLE sont évidemment à part, même si Macron s’en fait un argument de propagande personnelle ! Et les Britanniques sont aussi mal lotis. Ce dispositif n’a en fait aucune marge de manœuvre dans les opérations en cours. Notre marine, notre aviation, nos troupes engagées au sol, aucune. Sauf à intercepter, ce qui explique l’incongruité d’un engagement dit défensif. Autrement dit, une grosse part d’esbroufe ! Tout le monde le sait, y compris les chefs militaires.

Quant au président de la République, il joue comme un gamin au chef des Armées. En revanche les risques sont là ; et par rapport à la mise en jeu, ils sont considérables. Il n’y a que Macron à faire le flambard et qui s’imagine être un personnage historique. Il n’a plus aucune influence au Moyen-Orient, aucune au Liban qui se fait dépecer et où il ne peut rien. Rien, ce qui s’appelle rien ! Il téléphone dans toutes les directions, comme un zozo inutile, et ça ne donne jamais rien, nulle part. Des discours, des déplacements, du tralala pour rien. C’est tout Macron, avec comme unique visée son avenir, sa place future, sa gloriole et, politiquement, une construction européenne où la France est le dindon de la farce, face à une Europe qui change, alors que l’Allemagne s’affirme et se cherche, et qu’il est prêt, lui, pour son ambition personnelle à tout livrer, même sans le dire, tout en le disant, même notre dissuasion nucléaire. C’est gravissime, bien sûr. L’esprit de trahison est installé au plus haut sommet de l’État. Depuis l’origine, constitutivement, et aggravé par un homme qui a livré des intérêts français majeurs à l’étranger, Amérique, Allemagne, Algérie, Angleterre, pour s’établir des réseaux d’influence et des financements.

L’hémisphère lui appartient, il l’a dit !

Trump, quant à lui, joue son jeu qui lui est propre. Il passe son temps à faire valoir son point de vue qu’il sait pouvoir transformer en acte définitif pour les États-Unis et même en principe fondamental de la politique américaine. Comme hier au Venezuela, dans une opération aussi prompte que parfaitement réussie ; comme, plus que probablement, demain à Cuba, avec pression dans la suite sur le Mexique et les autres narco-États d’Amérique du Sud. L’hémisphère lui appartient, il l’a dit !

Pour l’Iran, il ne cesse de répéter les points de sa tractation. Ses exigences portent sur le nucléaire militaire, sur l’armement balistique, sur l’état de guerre permanent entretenu dans la région par l’intermédiaire des groupes armés terroristes, Hamas, Hezbollah, Houthis, qui reprennent du service, tous points sur lesquels l’Iran doit s’engager à renoncer à toutes ses prétentions, dites et non-dites, et, enfin, la libération de toutes les routes commerciales et singulièrement du détroit d’Ormuz sans compensation aucune, ouvrant la liberté de navigation du golfe Persique au golfe d’Aden, d’Ormuz à Bab-el-Mandeb.

Il faut prévoir à ce jour que le président des États-Unis ne reportera plus l’échéance qu’il a lui-même fixée. J.D. Vance, le vice-président, et Marco Rubio, le secrétaire d’État, n’ont de cesse de rappeler la volonté de fermeté de Donald Trump. Comme John Ratcliffe, directeur de la CIA, et Kash Patel, directeur du FBI. Même si la directrice du renseignement national américain, Tulsi Gabbard, a refusé de confirmer en cette fin mars que l’Iran représentait une menace imminente, justifiant les frappes israélo-américaines, de même que Joseph Kent, du Centre national américain de lutte contre les terrorismes, qui a démissionné pour ne pas cautionner une politique qu’il juge trop influencée par Israël. Ce que pensent nombre d’Américains de droite et qui ont fait partie des équipes de Trump.

La chance d’avoir cette Charte où l’intérêt national américain est affirmé comme premier critère

De fait, Netanyahou mène sa politique à lui. Il considère que le Sud-Liban appartient à Israël sans souci aucun des populations victimes de sa guerre, écrasées sous les bombes jusqu’à Beyrouth et déplacées sans ménagement. De même les colons israéliens en profitent, comme au temps jadis et naguère, pour tirer de l’Arabe en Cisjordanie afin d’élargir leur champ d’occupation. Trump ne dit mot et c’est scandaleux.

Sa manière est toujours triomphale. Il ne voit jamais les aspects négatifs, voire sinistres de ses décisions. Peu lui importe. Il ressort de ses discours qu’il obtient toujours ce qu’il veut, l’objet précis de son exigence, le reste étant dérisoire et sans nulle importance. Dans son propre récit, il est constamment gagnant. Difficile donc de mettre en échec un tel homme. C’est l’astuce de la présentation au public de sa politique. Ainsi fit-il en politique intérieure lors de son premier mandat ; ainsi fait-il en politique extérieure essentiellement au cours de ce second mandat.

Il faut reconnaître que la « National Security Strategy 2025 », le fameux texte de « Stratégie de défense nationale » des États-Unis, a l’avantage de la clarté, de la précision, d’un réalisme politique et militaire d’une parfaite cohérence. Les principes énoncés et les constatations faites suffisent à définir les lignes d’une politique franchement nationale. Les États-Unis ont de la chance d’avoir cette sorte de Charte où l’intérêt national américain est affirmé comme premier critère non seulement de compréhension du monde mais aussi d’explication des choix stratégiques opérés dans une vision globale du présent et de l’avenir. Ni la France, ni l’Europe n’ont rien de comparable et, d’ailleurs, le document souligne les insuffisances et les erreurs de calcul des politiques européennes. Ainsi, tout y passe, la Chine, l’Afrique, l’Indo-Pacifique, l’Asie, aucune véritable appréciation sur la Russie et la guerre russo-ukrainienne.

Exercer une domination mondiale effective

Ainsi, si Trump par ses brusqueries a des comportements erratiques, la politique des États-Unis, elle, sait où elle va, et pourquoi. C’est capital. Le président des États-Unis est censé ne pas impliquer les Américains dans des aventures extérieures coûteuses, risquées et sans rapport direct avec un intérêt immédiat des USA. Il est certain que cet engagement qu’il a pris est difficile à tenir tant les affaires du monde entier et surtout celles du Moyen-Orient ont des répercussions sinon sur les intérêts directs, du moins sur l’image de la première puissance politique, économique, financière et, surtout, militaire du monde. La moindre anicroche au fond de l’Afrique, en Amérique du Sud, encore plus dans l’espace de ses plus récentes interventions ne peut apparaître que comme un défi, voire une offense ou, pire, un obstacle à sa prétention d’exercer une domination mondiale effective.

Quel que soit le sentiment de la population des États-Unis et des électeurs américains, interventionniste ou plutôt, maintenant, y compris et même surtout dans la base de l’électorat trumpien, non-interventionniste, il apparaît que le président des États-Unis et son administration, ne peuvent en aucun cas être indifférents à ce qui se passe dans le monde, d’abord dans l’aire de possession directe ou indirecte, revendiquée comme telle dans sa globalité, mais aussi bien dans tous les coins de la planète où l’influence des États-Unis est déterminante, mer de Chine, Europe à condition qu’elle se ressaisisse – c’est spécifié –, Afrique, Asie, singulièrement tous les pays musulmans qu’ils veulent pacifier et amadouer, ce qu’ils ont en partie réussi avec les accords dits d’Abraham, dans le but d’assurer dans cet esprit l’avenir d’Israël en dépit de l’opposition sunnites-chiites. C’est ce qui se joue aujourd’hui. Gageons que Trump y mettra toute sa force disponible, y compris militaire.

 

Illustration : Déterminé, mais trop lié à Netanyahou !

 


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