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Loi Yadan, l’antisémitisme en question

On notera, avec la loi sur le travail le 1er mai, que le gouvernement Lecornu s’est fait une spécialité de la reculade .

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Loi Yadan, l’antisémitisme en question

Jeudi 16 avril 2026, les députés macronistes ont retiré la proposition de loi Yadan sur l’antisémitisme, très contestée, après l’engagement du gouvernement de présenter un nouveau texte « avant l’été ». Une loi sur l’antisémitisme pose deux séries de problèmes, la première étant d’être trop influencée par l’actualité, la seconde celui de la philosophie d’une loi.

Une loi de circonstances

Critiquée comme potentiellement liberticide, ses opposants craignent un amalgame entre critique d’Israël et antisémitisme. On les trouve aussi bien à droite qu’à gauche. Est-il légitime de critiquer un État pour sa politique ? Faut-il faire une loi contre la russophobie à proportion de ce que la guerre en Ukraine justifierait cette critique ? La loi Yadan comportait d’autres points litigieux, comme l’élargissement du délit d’apologie du terrorisme et une infraction d’appel à la destruction d’un État. À Rome, Caton l’Ancien, si cette loi avait existé, eût été condamné pour son Delenda Carthago. Bien entendu, réclamer la destruction d’Israël est condamnable moralement et historiquement difficile mais, a contrario, souhaiter un état pour les Palestiniens est-il antisémite ? Quant à l’apologie du terrorisme, la loi existe depuis le 15 novembre 2014. Le fait de provoquer directement à des actes de terrorisme ou de faire publiquement l’apologie de ces actes est puni de cinq ans d’emprisonnement et de 75 000 € d’amende.

Un problème de définitions

Ainsi les détracteurs de la proposition de loi Yadan dénoncent un texte qui fait l’amalgame entre antisémitisme et antisionisme, le problème étant la définition non pas du premier terme – l’histoire a rendu son jugement –, selon la définition de l’IHRA (Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste), mais du second. Peut-on être opposé à la politique de Benjamin Netanyahou ou à la politique d’occupation des territoires, notamment en Cisjordanie, illégale au regard du droit international et n’être pas antisémite ? Il est des citoyens israéliens opposés à cette politique, sont-ils antisémites ? Les auteurs de la proposition de loi ont bien perçu les limites du texte à telle enseigne que la punition de l’antisionisme a disparu de la mouture finale. Les opposants craignent la création d’un délit d’opinion. Cette proposition peut porter atteinte à la liberté d’expression et dépasse largement le cadre juridique. Pire encore, des élus reconnus coupables d’actes ou de propos antisémites et ou antisionistes auraient pu se trouver inéligibles, ce qui arrangerait bien la classe politique en place.

Il est heureux que la proposition Yadan ait été différée mais on peut tout craindre du nouveau texte gouvernemental, porté par Aurore Bergé : les lois de circonstance ne sont jamais bonnes et, redisons avec Montesquieu, « les lois inutiles affaiblissent les lois nécessaires. »

Banalisation de la haine ?

Selon Madame Bergé, « la République doit agir sans délai contre la banalisation de la haine. » Certes la haine quelle qu’elle soit est moralement condamnable, mais on a le droit de haïr le mauvais temps, les impôts et le chien du voisin. Mais qui est-elle donc pour se faire le petit chapelain des Français ? Le sentiment de haine est une affaire de for interne, ne voit-elle pas qu’elle se fait Big Brother en jupons ? Déjà, dans la loi Yadan, il y avait ce dépistage de l’implicite dans la lutte contre l’antisémitisme, qu’est-ce que l’implicite sinon le délit d’arrière-pensée, un délit d’intention qui est encore loin du passage à l’acte que, seul, la société et sa justice peuvent condamner.

Pascal écrit que :  « Deux lois suffisent pour régler toute la république chrétienne, mieux que toutes les lois politiques », mais le catéchisme républicain, lui, est sans cesse contraint d’empiler des lois : après le régalien, le social, et maintenant le sociétal, soit le comportemental, le seul domaine où il croit encore pouvoir agir mais qui traduit la réalité de son impuissance. Donc la dame Bergé se fourvoie dans un combat qui débouchera assurément sur une loi qui voudra saisir une réalité humaine qui lui échappe à elle comme aux politiciens. « Le premier précepte d’un roi, c’est de savoir supporter la haine », dit Sénèque ; ajoutons celle qu’on lui voue et celle qu’éprouvent les citoyens de tous temps et de tous pays, la haine étant constitutive de la nature humaine.

 


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