Quand il entra à l ’école primaire, son père lui offrit des crayons de couleur.
Quand il entra à l ’école primaire, son père lui offrit des crayons de couleur. C’était pour souligner les passages importants dans les polycopiés que distribuait le professeur des écoles. Les différentes couleurs permettaient de classer et de hiérarchiser. Quelques condisciples avaient aussi des crayons de couleur, mais ils s’en servaient pour faire des dessins, il les considéra comme des bambins sans cervelle. Au lycée, il apprit grâce à son professeur de seconde à faire des dissertations avec introduction et annonce de plan, thèse-antithèse-synthèse, conclusion avec ouverture et, à l’intérieur de tout ça, des citations de manuels autorisés avec un refus sublime de toute pensée personnelle. On ne pouvait pas lui refuser de bonnes notes. En première, il admira le prof de sciences-éco qui employait des mots qui rendaient son discours difficile, mais le prof de lettres qui usait d’un langage simplet lui parut un demeuré. Le professeur de mathématiques, quant à lui, lui apprit à jouer avec les exposants et à prolonger les courbes avec une assurance et une rigidité scientifiques. En Sciences Po, il apprit à parler le « patois d’État », selon l’expression malheureuse d’un polémiste outrecuidant ; il s’en gargarisa et en emplit ses conversations ; de rares auditeurs, comme un alcoolique farceur de comptoir, s’en amusèrent, mais il ne condescendit pas à les remettre à leur place. À l’ENA, il apprit à soupeser les dossiers, à les trouver importants s’ils étaient lourds, à les feuilleter méthodiquement en utilisant les crayons de couleur et en faire des synthèses qui procuraient aux rares lecteurs un éblouissement dû aux couleurs : ils ne voyaient plus rien.
Politique Magazine existe uniquement car il est payé intégralement par ses lecteurs, sans aucun financement public. Dans la situation financière de la France, alors que tous les prix explosent, face à la concurrence des titres subventionnés par l’État républicain (des millions et des millions à des titres comme Libération, Le Monde, Télérama…), Politique Magazine, comme tous les médias dissidents, ne peut continuer à publier que grâce aux abonnements et aux dons de ses lecteurs, si modestes soient-ils. La rédaction vous remercie par avance. 