Tribunes
Des dangers de la sophistique, mère de la démagogie
En cheminant avec Platon jusqu’à Guy Debord.
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Le débat né de l’octroi de la nationalité française à George Clooney atteint un sommet de bêtise, avec le soupçon porté par des idiots que la couleur de sa peau aurait, à elle seule, accéléré le processus de sa naturalisation.
Il faut regarder ce petit théâtre pour ce qu’il est : non pas un débat, mais une manœuvre d’étiquetage. On ne discute plus des faits ni des idées ; on distribue des pigments symboliques. L’argument est remplacé par l’assignation, la pensée par la catégorie. Dès lors, le réel devient superflu et l’esprit se met en congé.
De là cette inflation de mots-fétiches, cette pseudo-anthropologie de tribune où l’on lance « blanchitude » comme on jetait jadis des anathèmes sociaux, persuadé qu’un terme suffit à tenir lieu de démonstration. La cible n’est pas atteinte : elle est inventée. Et pendant que l’on classe les hommes par couleur supposée, l’on s’exonère de penser — ce qui est précisément la fonction de ces rites : substituer la désignation à l’intelligence.
Le plus révélateur est l’appel à l’indignation, censée donner à la farce l’allure d’une gravité morale. Or certaines sottises sont si pauvres qu’elles s’annulent d’elles-mêmes. Elles réclament des procès ; elles ne méritent qu’un sourire. Le rire, ici, n’est pas une fuite : il est l’antiseptique naturel de l’imposture.
Les débats ridicules ourdis par les séides de La France insoumise contre la « blanchitude » de leurs adversaires ne méritent, hélas, que des moqueries.
Je vois çà et là de beaux esprits s’indigner de la manifestation d’un « racisme inversé », alors que la constatation seule de l’imbécillité des propagateurs de sottises raciales suffit à elle seule à déclencher le rire.
Pauvres esseulés, prisonniers de leur couleur, dont la réflexion s’abrutit et finit à sa seule évidence.
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