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Vers une nouvelle guerre des étoiles ?

Les superpuissances sont des territoires mais aussi une somme de finances et de technologies. La Chine et les États-Unis s’affrontent avec leurs investissements et leurs intelligences artificielles. Une course technologique alimentée par des dettes gigantesques : les marchés financiers seront-ils capables d’accompagner cette guerre ?

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Vers une nouvelle guerre des étoiles ?

En 1983, à l’initiative du président Reagan était mise en œuvre une « Initiative de défense stratégique », plus connue du grand public sous le nom de « Guerre des étoiles ». Officiellement, « pour contrer l’horrible menace des missiles soviétiques », le président américain lançait un ambitieux programme de « bouclier spatial ». Dans cette nouvelle course aux armements, s’appuyant sur la suprématie incontestée du dollar – qui permettait de supporter tous les déficits imaginables –, l’Amérique avait réussi à entraîner l’URSS dans une course ruineuse avec les conséquences que l’on connaît. Aujourd’hui, on peut se demander si les États-Unis ne cherchent pas à développer la même stratégie pour contrer l’horrible menace de l’intelligence artificielle chinoise.

Les objectifs de cette guerre économique

Vue de Washington, on peut résumer la situation en constatant que la Chine possède une avance considérable en matière d’extraction, traitement et exploitation des terres rares – largement présentes au Groenland – indispensables à la fabrication des puces électroniques nécessaires au fonctionnement des systèmes d’intelligence artificielle. De plus, grâce à une énergie abondante et peu regardante sur la production de CO2 et sur une main d’œuvre peu habituée à bénéficier d’avantages sociaux, la Chine produit des puces à moindre coût et pense aussi pouvoir compter en tant que de besoin sur la maîtrise technologique de Taïwan et de la Corée.

Dans ce combat de Titans, l’Amérique peut s’appuyer sur son extraordinaire puissance financière et sur l’extraterritorialité juridique et fiscale qu’elle a imposée au monde. Si la Chine a rejoint les BRICS c’est justement pour s’affranchir du dollar, objectif que poursuivaient aussi la Russie et l’Inde, pour ne citer que ces deux puissances mondiales. Le président Trump a bien compris que cette confrontation n’était plus simplement bilatérale, tellement les intérêts des pays qui refusent l’hégémonie américaine sont divergents. Ils ne sont unis que par le souci de ne plus être obligés de supporter le joug du dollar. Comme on peut le constater, dans cette lutte planétaire, l’Europe ne compte pas, probablement même moins que l’Afrique dont le sous-sol est plus riche en matières premières stratégiques.

Les stratégies déployées

Dans ce jeu mondial, l’Amérique joue la partition qu’elle connaît bien et s’appuie sur son arme principale : la fausse monnaie – pour reprendre la juste expression de Maurice Allais. Cette fausse monnaie, c’est le dollar dont la valeur ne repose plus sur rien, pas même sur la confiance de ses utilisateurs, sauf encore peut-être sur l’habitude – à moins que ce ne soit sur la contrainte. Pour combien de temps ? Mais, comme le dollar demeure encore l’arme principale des Américains, autant s’en servir à outrance, quitte à risquer de l’abimer un peu plus. Dans cette stratégie, le pouvoir politique américain sait devoir compter sur la puissance virtuelle des multinationales de l’informatique et sur le goût du risque des spéculateurs libres invétérés. Ainsi, le fabricant de puces Nvidia avait atteint une capitalisation boursière de 5 000 milliards de dollars fin octobre 2025… alors même que son résultat d’exploitation, très largement déficitaire, ne permettait pas d’envisager un retour sur investissement dans un avenir proche. La Banque mondiale a constaté que la valeur de Nvidia dépasse désormais le PIB de tous les pays du monde, à l’exception des États-Unis et de la Chine. Pour en arriver là, Nvidia a investi dans OpenAI, OpenAI a ensuite acheté de la puissance de calcul à Oracle et Oracle a acheté des puces à Nvidia. Un tel mécanisme fermé permet de mettre en place une véritable opération de « cavalerie » bancaire un peu sophistiquée puisque ces sociétés se détiennent mutuellement. Pour Etienne Henri, cette bulle relève du « pump et dump – technique boursière qui consiste à soutenir artificiellement des cours en échangeant des titres entre complices »1. Ce type de manipulation des marchés financiers est plus stable que tout système de Ponzi qui, lui, nécessite un nombre toujours croissant de participants. Mettant en jeu des sommes infiniment plus importantes, il est terriblement plus dangereux.

De son côté, la Chine semble avoir compris le danger. Thomas Gommart a ainsi constaté dans le Figaro du 17 janvier 2026 que, dans ses discours économiques et financiers, le président Xi Jin Ping fait de plus en plus fréquemment référence à une stratégie léniniste. « Or qu’est-ce que le léninisme, fondamentalement ? C’est l’idée selon laquelle la politique sert à détruire son adversaire ». Comme il est conscient de ne pouvoir attaquer les États-Unis sur le terrain monétaire, il a tout naturellement suivi une autre stratégie, « avec pour credo de développer une IA plus économe en investissement, en consommation d’énergie, et en puces, pour prendre le contre-pied des géants américains comme OpenAI ou Google »2. S’appuyant sur un modèle open source, « alors que les mastodontes américains brûlent des milliards de dollars dans la course à l’intelligence artificielle général (IAG), encouragés par la Maison Blanche, les groupes chinois adoptent une approche terre à terre, à l’injonction de Pékin. Leur priorité est la conquête des marchés de l’économie de demain, en mariant la force de frappe de l’usine du monde aux algorithmes » 3. Mais, pour l’un comme pour l’autre, l’objectif final est le contrôle des populations dans un système de crédit social.

Les étoiles européennes en voie d’extinction

Le risque final paraît aujourd’hui plus inquiétant pour l’ensemble des pays occidentaux devenus les vassaux de l’Amérique, même si certains se montrent parfois un peu récalcitrants, mais totalement impuissants. Pour eux le risque est double. D’abord une perte totale d’indépendance et de liberté dans une société entièrement contrôlée sous prétexte de sécurité (c’est en particulier l’un des objectifs de « l’entreprise patriotique » Palantir Technologies dont les algorithmes visent à indiquer aux autorités qui sont les « méchants » et comment les trouver). Ensuite, rien ne permet de dire que la bulle boursière générée par la stratégie américaine n’explosera pas avant que la « guerre des étoiles » ne soit gagnée. Philippe Béchade insiste régulièrement pour la chronique Agora sur la crainte d’« un futur krach boursier lié à l’IA, comparable à celui de la bulle Internet [qui] anéantirait 7 000 Md$ de patrimoine des ménages américains et 16 000 Md$ de capitalisation boursière aux États-Unis ». Autant dire qu’une telle déflagration aurait un effet dévastateur dans tout le monde libre. Il faut avouer que, devant une telle situation, les étoiles européennes paraissent avoir terriblement pâli.

 

Illustration : Jensen Huang, le président fondateur de Nvidia, prêche à Davos pour que soient investis « des milliers de milliards » pour alimenter en énergie une IA qui va, bien sûr, libérer les énergies créatives tout en automatisant les tâches humaines.

1. Chronique Agora, 28 octobre 2025.

2. Sébastien Falletti, Le Figaro-économie, 17 janvier 2026.

3. Sébastien Falletti, Le Figaro-économie, 17 janvier 2026.


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