L’Iran n’est pas juste une folle gageure trumpiste ou le dernier avatar de la volonté de puissance israélienne. Elle n’est pas non plus, pas seulement, la preuve d’un mondialisme commercial et financier désormais si bien structuré que le blocage d’un seul détroit suffit à bouleverser la vie des milliards de personnes dans le monde. Elle est surtout la preuve, ou plutôt le symptôme, d’une exaltation politique inédite où tous les messianismes, séculiers ou religieux, se conjuguent.
Débloquer Ormuz, c’est réaffirmer que le « doux commerce » vaut bien une guerre ou que la paix vaut bien toutes les « valeurs démocratiques », le premier comme les secondes ayant leurs prophètes farouches prêts à détruire les nations et à effondrer les civilisations.
Bombarder l’Iran, c’est affirmer qu’un État a tous les droits quand il s’agit de sa survie, théorie dont on sait à quelles guerres elle a mené mais qui retrouve ici, grâce à un Israël qui se venge préventivement et à des États-Unis ivres de puissance complaisante, une vigueur et une légitimité étonnante – et inquiétante car nombre de pays pensent que ce qui est permis à Israël ne devrait pas leur être interdit ; c’est d’ailleurs sans doute pour cela que l’Union européenne, l’Otan, le vieux continent et en fait tout le vieux monde ne suivent ni Trump ni Netanyahu.
Tous décèlent aussi, derrière les missiles, l’irruption du religieux, dont ils ne sont plus familiers ou dont ils savent trop bien à quoi il mène quand le politique le prend pour prétexte.
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