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Vêtures républicaines

Du notable, solennel et constellé De Gaulle au fringant Macron appuyé sur sa table, les présidents passent et laissent, avec leurs habits officiels ou non, la trace d’une République qui s’avachit.

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Vêtures républicaines

Lorsqu’une veste ne convient pas, parce que décidément trop grande, deux solutions se présentent : la première, difficile et aléatoire, consiste à passer six mois à pratiquer la musculation pour la remplir ; la seconde, facile et sûre, à la faire retailler pour qu’elle s’ajuste à nos formes. À suivre nos présidents de la Ve République dans leurs choix vestimentaires on constate que le second choix a presque toujours été suivi. Au commencement était l’habit. Même s’il sut en effet ressortir en tant que de besoin de la naphtaline son uniforme de général, le héros de Moncornet choisit pour son portrait officiel, sans doute pour mieux montrer combien était civile la transition du pouvoir entre les IVe et Ve républiques, de poser en habit, comme ses prédécesseurs. Pour le reste, dans le quotidien, sa haute taille cyranesque sublimait des costumes suffisamment amples pour qu’il puisse lever les bras lors de ses discours, et sut même s’accommoder sur le tard d’un long manteau noir sur une plage irlandaise.

Son successeur reprit l’habit – peut-être pour mieux prouver qu’il était bien son successeur –, et s’il ne le porta pas avec l’arrogance du condottiere, l’homme de Montboudif ne le déshonora certes pas. Il ajouta simplement à son incarnation vestimentaire du politique ces photos privées en polo, mêlant la simplicité des cigarettes qui devaient l’emporter, à ses goûts chabroliens, de sa femme à sa Porsche. Puis vint Giscard, et le complet veston remplaça l’habit. On débattra longtemps encore de la question de savoir si le gilet se pouvait porter sous la veste, ou si ce choix du nouveau Président ne contribua pas, aussi, à le faire écarter d’un Jockey où le présumé descendant du Bien-Aimé pensait avoir droit d’entrée. Reste que sa longue silhouette de chasseur confirmé de gibiers divers ne se départît jamais d’une sorte de grâce souple qui lui conserva un style certain.

Le pantalon attaché sous les aisselles

Le Florentin lui, soucieux de faire peuple, préféra cacher sous de lourds imperméables ternes de moelleuses et luxueuses étoffes. Devenu ainsi encore plus anodin et neutre ce provincial réussissait à ressembler à l’un de ces personnages de Chardonne qu’il aimait tant. Ce n’est que sur le tard que, devenu « Tonton » et voyant approcher la fin, il crut bon de se faire ce qu’il pensait être la tête de Léon Blum, écharpe et chapeau compris, sans pour autant parvenir à ressembler à autre chose qu’à l’affiche de Bruant par Toulouse-Lautrec. Lorsque le playboy des meetings de Corrèze parvint à son tour au pouvoir élyséen en quittant sa mairie de Paris, il portait encore beau. Est-ce alors la lassitude ressentie au sommet d’un État de plus en plus impuissant, la surveillance toujours plus pesante de Madame, les diktats toujours plus aberrants de fifille ou le simple effet de son AVC ? Mais l’image finale restera celle d’un homme assis à la terrasse de Sénéquier, le pantalon attaché sous les aisselles, regardant passer la vie sans plus vraiment la comprendre et moins encore la pouvoir goûter.

De sa paire de Ray-Ban à sa casquette NYPD, son successeur se voulait américain, mais n’est pas John Wayne qui veut. Non content de ridiculiser le costume présidentiel par l’usage de ces talonnettes qui ne le grandirent jamais, il l’abaissa encore par la prétention de parvenu de ses Rolex – au grand dam de sa femme, riche bourgeoise cosmopolite de gauche fort sensible à de telles fautes de goût. Vint alors cet autre Corrézien qui, alternant selon ses petites amies du moment les phases de boulimie et d’anorexie, pouvait difficilement trouver costume à sa taille. Un sourire néanmoins extatique aux lèvres, il les porta donc systématiquement tirebouchonnés et chiffonnés, quand du moins ils n’étaient pas rendus rigides en se gorgeant de cette pluie qu’il semblait toujours attirer. D’une photo aussi il contribua à dissuader du port du casque les auteurs de rodéos urbains.

« Est-ce le châtiment cette fois, Dieu sévère ? » demandait la France. Pas encore. Restait à faire le pas ultime, franchi par le Prince actuel et toute sa cour : revêtir les politiques de l’uniforme du larbin de la banque d’affaires. De là ces silhouettes d’insectes malfaisants sur les perrons du pouvoir, ces jambes étriquées sous des vestes plus faites pour mettre en valeur les croupes cambrées sur lesquelles elles se posent que les torses sur lesquels elles ne peuvent se fermer. De là aussi cette nouvelle couleur, ce bleu aux reflets parfois électriques qui n’est pas sans rappeler le corset de ces diptères spécialisés dans les viandes avariées. Quand l’homme politique « habitait » une fonction qui le dépassait en en acceptant les codes vestimentaires, ces politiques, se voulant toujours plus communicants et séducteurs, ou simplement soucieux de se montrer, ne font que déconstruire un peu plus le mythe.

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