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élections municipales : on dégage
Confiance politique : ça s’effondre
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Le premier résultat est la montée de l’abstention, qui ne peut être une surprise puisque tout a été fait pour. Quant à projeter ces municipales sur la présidentielle, on ne peut que constater le renforcement de LFI et du RN, avec deux stratégies d’alliance, la gauche préférant se renier pour ne pas perdre, et la droite se renier pour être défaite.
Le premier élément à prendre en compte pour traiter des élections municipales de 2026 est certainement l’évolution d’une abstention qui continue de progresser. Bien évidemment, il ne faut pas comparer la situation de 2026 avec celle de 2020, alors qu’il y avait la crise du Covid, mais avec celle de 2014. 57 % de participation en 2026, 62,1 % en 2014, les choses sont claires, et quand on nous serine que l’élection municipale est, avec la présidentielle, l’élection préférée des Français, on comprend qu’il y a un véritable problème.
Les explications sont multiples, et l’on peut évoquer d’abord une atonie démocratique généralisée, un désintérêt, non pas forcément pour la politique mais pour ceux qui en vivent. Mais il faut aussi poser la question de l’évolution du mode de scrutin. On a en effet imposé pour les communes de moins de 1 000 habitants des règles identiques aux autres, avec l’obligation de constituer des listes paritaires et l’interdiction du panachage. Le paritarisme était déjà un problème, car il rend plus difficile la composition des listes, et ce quand bien même le nombre de membres du conseil municipal est limité. On a donc accru le nombre de listes uniques, atteignant les deux tiers des communes – et dépassant les trois-quarts dans certains départements ; et par ailleurs interdit un panachage qui faisait partie de la tradition du scrutin municipal depuis 1884, interdit de rayer un nom, d’en ajouter un ou de modifier l’ordre de cette liste unique. Aller voter pour une liste unique intangible conduit encore à un taux de participation important avec certains régimes, mais comme le vote n’est pas encore obligatoire sous peine d’emprisonnement dans notre pays, il était assez logique de voir progresser le taux d’abstention.
En 2025, saisi de la question au sujet de la loi modifiant le mode de scrutin, le Conseil constitutionnel s’était empressé de dire, en substance, que l’objectif de parité devait primer sur les autres considérations. Dont acte. Ajoutons, pour clore ce sujet, que les transferts de compétences des communes vers les intercommunalités, toujours plus vastes, comme les fusions de communes poussées par certains préfets zélés ont conduit à écarter l’électeur de l’élu. Est-ce d’ailleurs un hasard ou une suite d’erreurs ? Tocqueville écrivait que lorsque l’on ôte les pouvoirs de la commune, on a des administrés mais plus de citoyens… ce qui peut séduire certains dirigeants.
Si l’on pense ensuite à voir où ces élections nous conduisent pour les prochaines échéances politiques, c’est-à-dire pour les présidentielle et législatives de 2027, il faut se montrer très prudent. Il convient en effet de rappeler que, dans l’immense majorité des communes françaises, les électeurs ont fait le choix entre des listes « sans étiquette » pour les petites communes, et des listes « divers droite », « divers gauche » – on rate de peu les « divers divers » – pour nombre d’autres. On serait donc bien en peine de trouver des liens clairs entre ces candidats et les formations politiques nationales qui vont jouer un rôle lors des prochaines élections. Ce n’est que dans les communes importantes que les partis nationaux ont choisi de faire courir des listes sous leurs couleurs, et il convient dès lors de se méfier de l’effet de loupe sur un type particulier d’électorat – certes démographiquement non négligeable, mais qui n’est pas, et loin de là, la totalité des électeurs français – qui en résulte.
Une fois posés ces éléments, que peut-on noter pour ces partis nationaux ? Commençons avec La France insoumise, sous le feu de violentes critiques avant le premier tour des élections municipales. D’aucuns ont pu considérer que les alliances que ce parti avait formées avec le groupe d’extrême gauche La Jeune Garde, responsable de la mort d’un jeune homme à Lyon, allaient le délégitimer, sinon le diaboliser. Force est de constater qu’il n’en a rien été : les listes LFI ont souvent fait des scores équivalents, sinon supérieurs, à ceux des élections précédentes. Et on aura remarqué sur ce point la réussite de l’appel de Jean-Luc Mélenchon au vote d’une « nouvelle France » présente dans les zones péri-urbaines des grandes localités et dont les choix sont ici autant « culturels » que politiques.
La question se posait ensuite de savoir comment le parti écologiste, l’un des grands vainqueurs des élections de 2020, aller se comporter six ans plus tard. L’échec est cette fois patent, et tient sans doute à la conjonction de deux éléments. D’une part, une fois au pouvoir, les doux défenseurs des fleurs et des petits oiseaux sont apparus comme des sectaires dogmatiques, promoteurs zélés de multiples interdictions en même temps qu’incapables de faire face aux défis de l’insécurité et du narcotrafic. D’autre part, si l’on regarde les programmes des autres formations politiques, on trouve maintenant presque toujours des préoccupations environnementales – modes de transports doux, végétalisation des murs ou des espaces publics ou autres. Et cette prise en compte plus large d’une dimension de protection environnementale, qui est effectivement un élément important dans notre triste monde moderne, conduit à rendre moins spécifique, et moins audible, le discours des partis dits écologistes.
Tournons enfin nos regards à gauche vers le parti socialiste – qui, dans un certain nombre de villes, s’était dès avant le premier tour allié à toute la gauche, écologiste ou communiste, moins LFI. Il pensait ainsi surfer sur son implantation historique et bénéficier de ces seuls renforts, mais s’est souvent rendu compte au soir du premier tour qu’il allait lui être bien difficile de prétendre se passer du soutien de l’extrême gauche. D’où deux choix délicats, qu’il convenait d’expliquer aux électeurs : d’un côté, en faisant des alliances, le PS leur a vendu le retour de la « véritable gauche » et l’amitié indéfectible envers un parti dont il restait solidaire malgré les erreurs de son lider maximo ; de l’autre, en les refusant, il se serait agi de garder la tête haute et les mains propres. L’examen des différents cas montre qu’il ne s’agit que de postures : la différence estimée entre, d’une part, l’apport potentiel de voix de LFI après une fusion non pas programmatique mais technique, autrement dit basée sur la seule crainte d’une victoire du camp adverse, et, d’autre part, la perte de voix due au rejet de l’alliance par des électeurs centristes qui pouvaient se rallier, et donc les écarts de voix au premier tour, expliquent ces choix bien plus que les discours ronflants.
À l’autre bout de l’échiquier politique, la droite radicale a connu des succès, pour Reconquête ! avec le score de Sarah Knafo à Paris et pour l’UDR avec la victoire d’Éric Ciotti à Nice. Et pour le RN ? Si le parti n’a pas réussi à gagner des villes majeures, comme Toulon ou Marseille, il a, d’abord, emporté un nombre respectable de villes moyennes. Il a ensuite été présent, y compris au second tour, avec des scores très honorables pour des élections municipales où il manque encore d’ancrage, dans de nombreuses autres villes moyenne, terminant au second tour de manière très régulière avec 20 à 30 % des suffrages exprimés. On peut donc parler d’une véritable implantation locale, à laquelle il faut ajouter sans doute nombre d’élus « sans étiquette » des zones rurales, ce que l’on verra peut-être lors des prochaines élections sénatoriales.
Reste… le reste, c’est-à-dire le « bloc central » ou le « socle commun », qui va des Républicains jusqu’à Renaissance. Un bloc central qui, loin d’être divisé, a été au contraire uni dès le premier tour dans un grand nombre de communes, ou qui s’est réuni entre les deux tours. Mais uni derrière quoi ? Derrière un programme bien peu politique, au motif affiché qu’il s’agissait d’élections municipales, mais surtout pour pouvoir jouer le rôle de parti « attrape-tout ». Dans ce cadre, Renaissance bénéficiait des implantations locales anciennes des LR et de quelques centristes, et, donnant un caractère résolument « modéré » sinon progressiste aux listes « de droite », favorisait le passage d’électeurs préoccupés par la sécurité (le thème central de ces élections) du centre-gauche au centre-droit. On notera d’ailleurs en passant qu’il y avait souvent peu de différences entre les programmes des listes du « bloc central » et ceux des listes du « bloc de gauche », les seuls items variant un petit peu correspondant au nombre de policiers municipaux, à l’action dans les crèches ou, parfois, au choix devant un projet – restauration du centre-ville, contournement routier – sur lequel la population s’était divisée. Ne s’agissait-il que ces conséquences d’élections avant tout locales, et aux proies problématiques ? L’avenir le dira.
Ce qui se dégage donc de ces élections municipales – rappelons-le, dans les villes où concourraient les formations politiques nationales –, c’est l’existence aux extrêmes de deux partis structurés, avec des programmes clairs, et, entre les deux, de deux alliances instables. À gauche, le PS, allié aux écologistes et aux communistes, reste écartelé entre une tendance sociale-démocrate, qui ne peut réellement progresser qu’en cas d’éclatement de Renaissance et de ralliement des anciens socialistes, et une tendance plus radicale qui n’oublie pas que le parti, au second tour des prochaines législatives, comme lors des scrutins de 2022 et de 2024, aura sans doute bien besoin de l’apport des voix de LFI. À droite, on trouve une alliance plus composite encore, dans laquelle des Républicains incapables d’assumer l’alliance avec la droite radicale espèrent surfer sur leur enracinement pour survivre, tout en reniant chaque jour un peu plus, dans une dérive centriste accentuée, ce qui reste de leur héritage gaulliste. Mais y avait-il encore quelque chose à renier ? Il y a belle lurette que le coq a chanté trois fois…
Illustration : Emmanuel Grégoire remplace Anne Hidalgo à Paris.
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