Recevez la lettre mensuelle de Politique Magazine

Fermer
Facebook Twitter Youtube

Article consultable sur https://politiquemagazine.fr

Le PS, l’autre larron de la décomposition

Dans l’interminable feuilleton du bloc central qui cherche à combler la majorité présidentielle disparue à la suite de la dissolution ratée, on avait oublié le parti socialiste, cet autre acteur, minoritaire, qui a réussi à faire la pluie et le beau temps. Un rôle politique inversement proportionnel à son poids réel dans la population.

Facebook Twitter Email Imprimer

Le PS, l’autre larron de la décomposition

On avait beaucoup parlé des interactions entre le bloc central et Les Républicains, ces derniers n’osant pas avouer leur appartenance à icelui. Mais le PS, cet autre survivant de l’ère bipolaire, qui a même donné plusieurs présidents à la Ve République, joue un rôle d’appoint dans le feuilleton des péripéties du Gouvernement Lecornu. Il a beau se dire à gauche, le PS est la pierre d’angle qui permet la survie du Gouvernement. Il n’y a pas de ministres socialistes – ou si : ce sont les macronistes venus de la gauche –, mais c’est tout comme. Car le Budget de la Sécurité sociale, puis le Budget qui a commencé à être à nouveau à l’Assemblée nationale portent les concessions faites au parti socialiste, à commencer par la réforme des retraites, le seul acquis du deuxième mandat de Macron avec l’inscription du recours à l’avortement dans la Constitution. Le PS, c’est un peu comme Salomé qui demande à Hérode la tête de saint Jean-Baptiste : pour obtenir ses faveurs, il faut lui sacrifier quelque chose de gros. Quitte à froisser LR, mais aussi les députés macronistes qui voient que le glissement à gauche rebute aussi les électeurs du bloc central et tous les modérés qui saisissent mal les subtilités de ce jeu. Bref, le PS a (ré)inventé le soutien sans participation qui peut encore rappeler le rôle des communistes au temps du Front populaire. Mais avec la dimension épique en moins et l’opportunisme en plus. Car le PS cache à peine ce qu’il est réellement : un petit parti de notables qui sait que le pathos de l’héritage révolutionnaire relève davantage du décor que d’une matrice sérieuse pour un programme opérationnel.

Lecornu reste à Matignon grâce au PS

Le problème est que tout cela marche : Lecornu survit plusieurs mois et ne s’offre pas le destin de Michel Barnier. Au tout début de l’ère Lecornu, le Premier ministre avait accepté de ne pas recourir à l’article 49, al. 3 pour adopter le Budget. Mais au bout de quelques semaines, l’Assemblée nationale avait dû refuser la partie recettes du projet de loi de finances, car il y avait trop de concessions à LFI et au RN. Le Sénat a repris la copie, ce qui a débouché sur un désaccord avec l’Assemblée nationale. Les Sénateurs de droite n’avaient pas envie de donner un quitus à un texte faisant quand même la part belle au PS. Ce refus du 49, al. 3 qui contraste avec les décisions des précédents Gouvernements a créé une dangereuse incertitude sur l’avenir du Budget. Puis le Gouvernement a ensuite bombé le torse face à ce comportement de désarmement préalable qu’il avait initialement adopté en acceptant de recourir au 49, al. 3 (enfin !). Mais sans essuyer les foudres du PS, car entretemps la ligne rouge du peu charismatique Olivier Faure a même fait jaser chez certaines figures socialistes comme Hollande ou Boris Vallaud, qui jugent irréaliste ce principe de non-recours d’un instrument qui a fait les joies de beaucoup de Gouvernements sous la Ve république. Cette fois-ci, toujours grâce au soutien du PS, Lecornu a réussi à faire voter par les députés la partie recettes, puis dépenses du Budget. À la différence du Gouvernement Barnier, les motions de censure n’ont pas abouti grâce à la bienveillance des socialistes. Les Insoumis et le RN n’ont pas été rejoints par le plus centriste des partis de gauche. Il est vrai qu’entretemps le PS a été régulièrement conspué par les Insoumis. On croyait Lecornu voué au sort de Michel Barnier : on découvre qu’il tient grâce aux rustines que lui apporte le groupe socialiste avec le risque de continuer à multiplier les concessions, dont certaines tiennent du symbole, tandis que d’autres non.

Le prix du soutien du PS aura un gros coût

Le Budget a été voté à l’Assemblée nationale mais avec la multiplication de mesures digne d’un catalogue à la Prévert. Une sorte de programme électoral du PS mais en version miniature : généralisation du repas à un euro pour les étudiants, maintien des bourses étudiantes, préservation des aides MaPrimeRénov’, création de 2000 postes à l’Éducation nationale, augmentation des moyens alloués au bailleurs sociaux… Si certaines de ces mesures relèvent du saupoudrage, il y aura d’inévitables retours de bâton. Retenons l’une d’elles : le repas à un euro qui s’appliquera à tous les restaurants gérés par les centres régionaux des œuvres universitaires et scolaires (CROUS). Cette mesure fait déjà fi du faible coût dû à la sous-tarification dont bénéficient ces repas. Outre un risque de baisse de la qualité des repas, un prix aussi dérisoire aura un coût pour les budgets des CROUS qui devront recourir à d’autres ressources ou demander à l’État des rallonges budgétaires. Au final, c’est le contribuable qui paiera la facture. Même les macronistes rejetaient le repas à un euro, mais Lecornu l’a fait avec la complicité de la droite LR et du PS. Le Budget a donc été adopté sur le fondement du 49, al. 3, mais avec des marqueurs PS dans la copie du texte financier. C’était bien le prix à payer.

Le PS, cette formation moribonde

Comme LR, le PS n’est plus un parti de masse : il ne survit que par son réseau de parlementaires, d’apparatchiks et d’élus locaux. Car si le PS fait 1,75% à la dernière présidentielle, il réussit à revenir sur le devant de la scène avec un groupe de 69 députés à l’Assemblée nationale et un nombre quasiment identique de sénateurs au Palais du Luxembourg. Comme la droite, le PS a perdu son ticket d’entrée au deuxième tour de la présidentielle, mais il continue de prospérer avec sa ration de survie que sont ses ancrages locaux, fruits de plusieurs décennies d’implantation, même si l’on craint la disparition de certaines mairies socialistes dont celle de Paris. C’est un peu le monde à l’envers : la configuration présidentielle ne met pas en avant les partis les plus localement implantés, mais plutôt ceux qui parlent le plus à l’opinion. Idéologiquement, c’est morne plaine : le PS doit vaguement se rabattre sur une « sociale-écologie » où le rose est ripoliné en vert. Mais jouer sur le terrain des écolos, ça ne fonctionne pas trop. Car les grandes villes de France sont notamment aux mains de maire crypto-écologistes (un autre nom donné à l’union de la gauche) depuis 2020 à l’exception de Paris ou de Lille. Le PS ne peut pas non plus se retrouver dans un discours trop radical, car les Insoumis ont préempté la posture, avec le risque de discréditer la gauche durablement dans une fuite en avant. L’enseignant qui vote socialiste a quand même besoin du vote de la loi de finances. Le soutien de Mélenchon se paye au prix fort avec un PS qui n’a pas envie de se transformer en supplétif d’un mouvement radical. Enfin, les électeurs de gauche classiques ont peur des discours radicaux qu’ils reprochent à la droite dite extrême. LFI inquiète réellement ce modéré qui ne veut pas dire son nom. L’électeur PS est aussi un électeur qui fuit les postures radicales. Bref, pour maintenir sa respectabilité, il faut accepter de frayer le chemin avec un Lecornu, qui a toujours su gérer des élus de gauche, y compris lorsqu’il était président du conseil départemental de l’Eure. Rien n’a changé, sauf que les tractations se font à une échelle plus élevée.

Un retour à la situation originelle ?

En arrière-fond, il faut se rappeler que le macronisme a aussi pour origine la décomposition du PS et l’échec du quinquennat Hollande qui, derrière la vitrine sociétale du mariage pour tous, avait réellement recentré la matrice socialiste, comme on a pu le voir avec la politique de l’offre, le report de l’âge légal du départ à la retraite voulu par Marisol Touraine ou la fameuse loi du 6 août 2015 pour la croissance, l’activité et l’égalité des chances économiques portée par… Emmanuel Macron. Le macronisme était bien en germe sous Hollande. Le problème est que la créature a échappé à son géniteur. Si le PS s’accommode du logiciel Lecornu, c’est au fond parce qu’il en est l’un des concepteurs originels, nonobstant le fait qu’il refuse de se soumettre au test de paternité. Mais le PS, c’est un peu comme les supernovas que l’on voit encore, alors même qu’elles ont disparu. Au final, les socialistes font plus figure de rustine que de roue de secours.

 

Illustration : Olivier Faure, une rustine inspirante.

 


Politique Magazine existe uniquement car il est payé intégralement par ses lecteurs, sans aucun financement public. Dans la situation financière de la France, alors que tous les prix explosent, face à la concurrence des titres subventionnés par l’État républicain (des millions et des millions à des titres comme Libération, Le Monde, Télérama…), Politique Magazine, comme tous les médias dissidents, ne peut continuer à publier que grâce aux abonnements et aux dons de ses lecteurs, si modestes soient-ils. La rédaction vous remercie par avance.

Facebook Twitter Email Imprimer

Abonnez-vous Abonnement Faire un don

Articles liés

Tribunes

Une bande d’habitudinaires

Une bande d’habitudinaires

Par Hilaire de Crémiers

La France n’a un budget qu’aux forceps. Fruit adultérin et, en vérité, incestueux, tant les liens de parenté sont évidents, de l’organe majeur du socialisme en action et de la macronie, plus que consentante, abandonnée tout entière à toutes les volontés de son partenaire de choix. Quelle union ! Consacrée, réitérée sous le regard approbateur de Marianne, qui y voit le principe de sa continuité et de sa stabilité.

France

La loi : nul n’est censé l’ignorer, mais la comprendre ?

La loi : nul n’est censé l’ignorer, mais la comprendre ?

Par François Schwerer

Monsieur Bayrou, après avoir annoncé que la situation était devenue intenable, a présenté un projet qui a conduit à la chute immédiate de son gouvernement. La potion était trop amère ; elle conduisait à amputer largement le pouvoir d’achat des Français et n’apportait aucune garantie pour le redressement économique du pays. Elle était insupportable pour des députés qui redoutaient par-dessus tout d’être renvoyés devant leurs électeurs.