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Jean Castex, petit serviteur de la République

De manière régulière apparaît sur les écrans de télévision l’improbable silhouette d’un homme empêtré dans une veste de costume trop grande pour lui. Face aux caméras, dodelinant de la tête, il énonce alors en phrases hachées d’aberrantes formules : « éviter en tout état de cause les moments de convivialité » ; « le meilleur moyen de soulager l’hôpital est de ne pas tomber malade » ; « les choses sont très compliquées mais en même temps elles sont simples ». Cet homme, dont le visage est oublié aussitôt qu’aperçu, il nous faut du temps pour comprendre qu’il n’est pas un tâcheron lambda de la communication gouvernementale, mais le second Premier ministre que Jupiter a donné à la France.

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Jean Castex, petit serviteur de la République

Jean Castex, puisque c’est lui, promène sur le monde qui l’entoure, les épaules jetées en arrière comme un vieil oncle éméché à la fin d’un repas de communion, un œil pétillant d’inintelligence et un sourire de ravi de la crèche. On sent qu’il n’en revient pas de sa bonne fortune, et quand un huissier s’en vient vers lui il craint sans doute qu’on lui annonce qu’il s’agissait d’une erreur et qu’il va devoir quitter les ors de la République par la porte de service. 

Ah, la porte de service ! Nous aura-t-il assez évoqué ses origines, lui que voici aujourd’hui à ce poste inespéré qu’« on ne vous propose pas souvent, surtout à quelqu’un comme moi, le fils d’une institutrice du département du Gers ». 

Mais le « petit chose » que reste Jean Castex nous fait surtout toucher du doigt la fin de la méritocratie républicaine. Jusqu’à lui, de brillants jeunes gens venus de toute la France s’agrégeaient grâce à elle dans cette aristocratie voulue par notre constitution administrative, qui structure l’État en servant les grandes ambitions politiques, mais sait aussi en garder les clefs face aux inconséquences de certains pouvoirs. Avec lui, les grands serviteurs de l’État sont remplacés les petits. Aucune erreur de casting cependant : toute la politique administrative d’Emmanuel Macron pouvant se résumer à la lutte contre les grands corps, il allait de soi que le pouvoir suprême sur l’administration devait être un jour confié au fruit des amours illégitimes et contre-nature de Bouvard et Pécuchet. 

Petit fonctionnaire chimiquement pur

On se demande en le regardant combien il a fallu de générations de commis aux écritures pour produire ce petit fonctionnaire chimiquement pur, sans idées autres que celle de compter une nouvelle fois les gommes et les crayons, sans affects pour ceux auxquels il impose des règles écrites et décidés par d’autres, tout entier courbé au service de son supérieur hiérarchique. Un homme qui, après avoir passé des jours à serrer des mains sans masque lors des réceptions auxquelles il faraude, accuse ensuite sa propre fille de l’avoir contaminé pour mieux servir la doxa des services.

Jean Castex se rêve sans doute comme l’éléphant brisant les porcelaines désuètes de ces vieilles castes du pouvoir qu’il poursuit de sa haine envieuse ; il n’est que le phacochère imbécile qui en broute les soieries tandis que, gêné, on détourne le regard. Quand le ton rocailleux d’un Jean Lassalle traduit l’enracinement assumé et conquérant de la province, sa verdeur et sa force, le nasillement insane du Premier ministre reste celui d’un larbin « monté à Paris » dans les malles de son maître. Il est à l’accent d’un Sud-Ouest « viril mais correct » ce qu’est la cagole siliconée pour show de téléréalité à celui du Midi. Et c’est sans doute d’avoir ainsi tué un mythe qui reste ce qu’on lui reproche le plus tant, pour le reste il n’est jamais qu’un exécutant transparent. 

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