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La politique de la vache

Il paraît que les analystes de la chose américaine ont une méthode infaillible pour déceler et évaluer les opérations militaires en cours : l’indice pizza.

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La politique de la vache

Dès que les États-Unis se préparent à exporter la démocratie américaine, voler les ressources nécessaires à l’industrie américaine ou massacrer les concurrents de la nation américaine ou de ses alliés du moment, les commandes de pizzas s’envolent autour du Pentagone, du siège de la CIA et de la Maison Blanche. Un compte X, Pentagon Pizza Report, publie les statistiques des commandes chez Papa Johns ou Pizzato Pizza. À l’heure où j’écris ces lignes, leur activité est au-dessus de la normale et, en revanche, « Freddies Beach Bar and Crystal City Sports Pub, are reporting below average traffic » : le 28 janvier, on ne s’enivre pas, à la CIA, mais on regarde la carte du monde avec un gros plan sur l’Iran et, qui sait ? le Groenland, Cuba, le Nigeria ou notre Guyane. Les pizzas refroidies dorment dans leurs cartons souillés par la graisse des fromages insipides et les chemises blanches des analystes portent la trace de leur engagement total au service du bizness et de la greatness. Dans leurs esprits, comme dit Bossuet, « où la raison a perdu l’empire, où les lois n’ont plus de vigueur, l’ambition, l’avarice, toutes les autres passions, troupe mutine et emportée, font retentir de toutes parts un cri séditieux, où l’on n’entend que ces mots : “apporte, apporte” ».

L’indice vache

Il me semble que nous pourrions mettre au point un indice pour évaluer les politiques publiques : l’indice vache. Combien de vaches dans un pays, rapportées au nombre d’habitants ? En France, nous avons perdu plus d’un million de vaches depuis l’élection de Macron. Évidemment, quand on perd des vaches, on perd des vachers. « De 175 000 en 1988 soit 4 ans après l’instauration des quotas [laitiers], il ne reste plus que 35 000 éleveurs laitiers en 2020 » indique le site des chambres d’agriculture françaises. Il y a plusieurs raisons à cette baisse : les éleveurs se suicident, par exemple. Parce que les prix d’achat des industriels du lait sont honteux, parce que l’administration les accable de contrôles, de normes et d’amendes, parce que la population française – installée en France, du moins – s’est prise de passion pour le poulet… Parce que l’État français et l’Union européenne encouragent la concentration des exploitations. Parce que la Cour des comptes considère que la France doit « définir et rendre publique une stratégie de réduction du cheptel bovin cohérente avec les objectifs climatiques » (rapport sur Les soutiens publics aux éleveurs de bovins publié le 22 mai 2023). On voit que cet indice vache est loin d’être anodin. L’indice vache des pays où la vache est installée depuis quelques millénaires décrit aussi bien la politique agricole que celle de l’aménagement du territoire, ou encore l’influence bénéfique des réglementations nationales et internationales, ou encore le rôle du marché national et international. On peut greffer à cet indice vache un indice bouse, qui mesurerait la valeur comparée du méthane et du lait (on se souvient que la méthanisation du fumier avait un temps apporté un revenu supérieur à celui du lait – mais les pets des vaches étant devenus un sujet démocratique majeur, cet indice bouse est un peu complexe), et un indice in vitro, pour la production de viande cultivée (sic) en laboratoire, hypothétique marché de masse qui permettrait, enfin, d’éliminer tous les élevages, et les éleveurs : adieu, veaux, vaches, Perrettes…

Des points de balance commerciale ne valent pas la ruine et la mort

Cet indice vache m’est apparu dans toute sa splendeur méthodologique en comparant les deux derniers traités de libre-échange signés, ou presque, par l’Union européenne, celui avec le Mercosur et celui avec l’Inde. Le traité avec le Mercosur ruinera assurément les éleveurs français, qu’ils vendent du lait ou de la viande. Le traité avec l’Inde préservera les éleveurs indiens. Pourquoi ? Parce que l’Inde considère que l’agriculture fait littéralement vivre le pays : 700 millions de personnes en dépendent. Pas question de les ruiner en laissant s’importer du lait, des poulets, des céréales, des fruits et des légumes, toutes denrées produites dans de minuscules exploitations et vendues dans de minuscules épiceries. Un nationaliste hindou comme Narendra Modi considère que des points de balance commerciale ne valent pas la ruine et la mort de son peuple. Un européiste comme Macron considère que les paysans français ne représentent plus qu’un vestige d’une France que lui et ses pareils se sont acharnés à faire disparaître ; qu’ils crèvent. Contemplons la vache, nous contemplerons l’État.

 


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